L'homme essaie depuis toujours de se faciliter la vie. Il a longtemps gardé le contrôle de ses créations obligées d'obéir sous peine de punition ou d'arrêt. Il avait commencé par faire du feu, inventer la roue, la brouette, domestiquer des animaux plus forts que lui pour porter ses bagages, tirer les chariots. Quelques siècles plus tard, l'imprimerie fit disparaître les copistes, les machines à tisser remplacèrent les métiers à main, la machine à vapeur décupla la force de travail, l'électricité apporta la lumière dans les chambrées, l'électro-ménager dans les foyers, l'électroportatif dans les ateliers. L'homme commandait, la machine exécutait.
En 1963, la DAO montra le chemin. Avec l'ordinateur à la place de la planche à dessin, le pouvoir commença à changer de maître. Ce premier pas porta une idée plus radicale : non seulement de se passer de la main mais aussi de la tête en supprimant toute intervention humaine dans la chaîne du travail depuis la conception jusqu'à la production.
Nous passions de l'ère post-industrielle à l'ère post-intellectuelle. La pensée - et son sous produit la culture - devint générée par un ordinateur super-intelligent doté d'une mémoire absolue, travaillant à une vitesse reflexe, capables de solutionner plusieurs problèmes à la fois, sans erreur. Ayant réponse à tout, utilisée par des robots sortant par millions d'usines automatisées, cette entité, sans fatigue, sans famille, sans désir, sans besoin de repos sinon d'électricité va prendre toute les places du marché de l'emploi puisqu'elle ne se met pas en grève, fait les trois huit en continu, s'autorépare. Ayant fait son temps, elle partira au recyclage, sans pot de départ.
En 2026, le tocsin sonne dans les universités, les lycées, les collèges et même les maternelles, les écoles de commerce, les studios de cinéma, d'animation, de radio et de télévision, les banques, les notables en général et, plus particulièrement, les professeurs, les docteurs en ceci, en cela, les comptables, les notaires, les avocats, les chercheurs.
Ce bouleversement ne remplace pas seulement les corps mais aussi la tête. Il double le grand remplacement en cours. Nous ne sommes pas dans une transition mais dans une rupture. On est entrés dans la sphère du grand chambardement.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire