Ce blog est pour le lecteur qui apprécie l'ironie, l'humour, qui est à l'affût de pensées faciles, d'idées saugrenues, d'inventions bidon, de conseils bizarres et qui n'est pas horrifié par le sarcasme, l'irrespect. Il est à éviter pour les conformistes, les dominants, les dominés.


jeudi 9 juillet 2026

Les gens qui passent sans voir ce qu'ils regardent n'entendent pas ce qu'ils écoutent et ne s'intéressent pas à la réalité. En plus, ils ne croient pas la vérité. 
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Pour concrétiser le projet, passer du rêve à la réalité, finir ce qui est commencé, arrêter de parler pour agir, il faut au velléitaire du courage, de la volonté, du temps et un esprit de contradiction qui va transformer sa procrastination en avant-première.
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Tenir le cap sans dévier, lutter sans se défiler, garder l'équilibre sur un fil sans vaciller suppose des qualités que celui qui décide sans hésiter  n'a pas.
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Si la France était gouvernée par des hommes et des femmes de la trempe de ceux qui dirigent l'équipe nationale de foot et celle du PSG, elle serait loin devant les américains et les chinois.
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Pour avoir de bonnes pensées, il faut trouver les  mots qui vont avec. Pour chasser les sales idées qui sont aussi mauvaises qui aiment s'infiltrer, il faut s'interdire d'utiliser les noms propres.
Ceux qui vont commencent par partir et ceux qui viennent vont arriver. Dans ce va et vient, ils se croisent sans se rencontrer, trop occupés à leur projet et pressés pour ne pas être pris dans un black-out, de se heurter à une porte fermée, à un pont levé, trouver les abonnés absents. Il n'y a que les sans domicile fixe ni adresse qui circulent libres, sans objectif. Attachés à rien, ils vont où le vent les emporte, livrés à son  plaisir, un mal plaisant quand il est bon.

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Deux problèmes insolubles: comment partager des idées avec ceux qui n'en n'ont pas? Comment peuvent dialoguer deux esprits saturés de certitudes et qui n'ont plus d'espace de réflexion pour accueillir une pensée divergente?

REBELOTTE

Le 6 mai 2014, parce que la France, à son habitude, n'allait pas fort, j'avais imaginé et posté un conte drôlatique. Un lecteur l'a déniché et, en le relisant, je me suis aperçu qu'il parlait encore de la situation actuelle et que mon  traitement radical devrait être appliqué rapidement pour que ma rêverie nous sorte du cauchemar.

Le 28 janvier dernier, j’annonçai qu’un groupe de scientifiques, dégoûtés de la médiocrité politicienne de l’énarchie qui a kidnappé le pouvoir en France depuis des décennies, avait accepté ma proposition de régénérer Henri IV qui, aidé de Sully avait, à un moment où la France se débattait dans les guerres civile, religieuse, sociale et était acculée à la ruine, à la faillite, redressé le pays et rétabli l’ordre et la concorde.

Le 24 mars, j’annonçais que la croissance accélérée d’Henri IV et de Sully suivait son cours. Tout se passait dans les meilleures conditions.

J’ai appris la terrible nouvelle ce matin. Le miracle n’aura pas lieu. Henri IV a été encore assassiné. Ils ne voulaient pas qu’un homme providentiel sauve la France une nouvelle fois. Ils ne voulaient pas être chassés de leurs palais, de leurs ministères. Ils ne voulaient pas abandonner leurs privilèges, leurs prébendes, leurs passe-droits. Ils ne voulaient pas que les finances soient assainies, que la dette soit remboursée. Ils ne voulaient pas que la paix sociale et la justice soient restaurées. Ils ne voulaient pas que le pays soit respecté.

Voici comment Ils ont perpétré leur crime. La délivrance d’Henri IV et de Sully devait symboliquement avoir lieu le 8 mai, anniversaire de la Victoire. Le 6 mai, c’est-à-dire ce matin, à 5 heures, un commando de 2 hommes et de 2 femmes a pénétré, après avoir neutralisé les 3 gardiens, dans le laboratoire de génétique appliquée où les corps d’Henri VI et de Sully achevaient leur maturation. Ils ont maîtrisé, par la force, l’équipe médicale qui surveillait les paramètres biologiques et physiologiques des deux héros du passé. Ils ont coupé le courant qui alimentait la machinerie et, dans la minute, ils cessèrent de vivre, tués dans leur cocon placentaire artificiel. L’horrible quatuor quitta aussitôt les lieux et disparut dans la nuit.

Le forfait n’est pas signé, mais tout le monde connaît les auteurs du double crime.

« Honte à l’énarchie. Elle veut conserver le pouvoir qu’elle asservit depuis plus de 60 ans. Elle l’a conquis par le copinage, le mensonge, la ruse. Elle veut continuer son travail délétère dans tous les rouages de l’État, à tous les étages du gouvernement.

Qu’ils ne triomphent pas. Notre vengeance sera terrible : ils ne voulaient pas d’Henri IV le sage, le débonnaire, l’arbitre, nous allons en réveiller d’autres, des terribles et, demain, ils auront Louis XIV à la tête de l’État, Richelieu sera son premier ministre. Il mettra Bonaparte aux armées, Talleyrand au Quai d’Orsay, Sully réinventera les finances, Clemenceau, le Tigre, reviendra à l’intérieur et sera à nouveau le premier flic de France. Cette équipe nettoiera les écuries d’Augias de l’énarchie dévoyée . »

Voici le communiqué qui vient de tomber des téléscripteurs.

mercredi 8 juillet 2026

Soyez indulgent pour les gens ayant un mauvais caractère. Ils sont les premiers à en souffrir et, être obligé de le supporter 24 heures sur 24, fait peur. Il s'accompagne d'un mauvais fonctionnement du foie qui s'extériorise par une hypochondrie chronique d'origine clairement bilieuse. Un dysfonctionnement colique  ajoute une  irritabilité nerveuse qui rend leur commerce redoutable. L'aigreur de leur propos, l'acidité de leurs commentaires ne sont malheureusement que la traduction orale d'hyperchlorydrie gastrique, source de brûlures, d'ulcères et de douleurs qui sont bien obligés de s'évacuer. 

Cette riche symptomatologie d'origine somatique a un retentissement psychologique sur le cerveau qui doit gérer cette accumulation de sensations. Il répond à sa façon habituelle structurelle par la formation de sentiments divers qui influent directement le caractère selon une logique cartésienne: des mauvaises sensations induisent de mauvais sentiments. Le caractère de ces gens-là sera sous ces influences délétères et ils seront irritables, énervés, instables, endoloris, plaintifs, à la recherche du traitement miracle qui leur donnera un foie modèle, un côlon amical, un estomac charmant. Cette vaine quête d'un impossible état est  épuisante et, toujours déçue, apporte une raison de plus à une insatisfaction permanente.

Comment ne pas plaindre cette pauvre engeance d'un sort si cruel? Prions pour eux et pour qu'ils connaissent le plaisir d'avoir une santé morale, psychique, psychologique à la hauteur de leur espérance...

PS: ce résumé du processus qui relie l'organique à la psyché est un classique de la médecine psychosomatique. Une autre école de pensée fait l'inverse et estime que c'est la psyché qui conditionne la santé bonne ou mauvaise du foie, de l'estomac, du côlon. Ce renversement des perspectives est intéressant puisqu'il ouvre des voies thérapeutiques qui mériteraient d'être explorés. Elles se heurtent à des oppositions internes difficiles à maîtriser.

LE CERVEAU

Le cerveau sait lire, voir, entendre, calculer, déduire, analyser, synthétiser, imaginer, croire, prier, consoler, cela parce qu'il pense et réfléchit. Sa faiblesse est que, parce qu'il se trouve omniscient, il se croit omnipotent et il devient dangeureux.
Ne plus être tributaire du regard des autres libère d'une dépendence et  procure un vrai bonheur que ne connaîtra pas celui qui rêve d'Académie. Mais écouter leur jugement, apprécier la critique montre la capacité à prerndre du  recul, de la hauteur et rend fier d'appartenir à la race de ceux qui n'ont pas besoin des autres pour avoir une opinion.

mardi 7 juillet 2026

UNE HORREUR AMBULANTE

Avec l'arrivée des longues, belles et douces journées estivales, la nature nous émerveille de son harmonie sauvage, de la splendeur  des feuilles, des fleurs, de la finesse des toiles d'araignée et du reste qui est à l'unisson. Une exception dans ce tableau qui serait, sans lui, idyllique, une monstruosité campée sur deux pieds profite de la clémence du temps pour agresser les spectateurs en dévoilant l'horreur de son corps. Il se déshabille à moitié dans la rue, complètement sur le sable  et exhibe une  peau  blafarde, couperosée, vergeturée, verruqueuse, luisante, des jambes variqueuses. Cauchemar vivant, il est  la honte de la faune domestique. Vivement l'hiver  qu'il se rhabille.

QUI L'EUT CRU?

Le flux d'énergie qui me fait bondir de ma couche le matin, vers les dix, onze heures et le reflux qui me pousse à me coucher vers la une ou deux après minuit me rappelle le mouvement des marées qui fait monter la mer en hauteur et six heures plus tard la réduit à lécher le bas de la plage. La similitude va plus loin puisque c'est à marée haute que les vagues sont les plus puissantes et rugissantes, partantes à la conquête de la dune, rien ne paraît pouvoir leur résister et les phares tremblent d'effroi. Nous, au petit matin blême, on est prêt à partir à la conquête du monde (moi, je me contente du potager mais je sais que les limaces et les doryphores n'en mènent pas large). Le soir, changement de décor, c'est le calme plat, la mer est d'huile et moi, je suis à ramasser avec  une épuisette.

On en conclut que la lune est la responsable non seulement des horaires et du coéfficient des marées mais des hauts et bas de notre moral, des variations de la tension artérielle et des fluctuations des  indices boursiers.

LES DIVISIONS DU TEMPS

Nous sommes toujours dans l'ère quatrernaire et au début de la période qui s'appelera l'anthropocène. Elle marquera l'empreinte humaine sur la terre avec pollution, destruction de la nature, disparition accélérée des espèces  et prolifération des algues vertes, de l'homo erectus et des virus. L'épisode actuel est extraordinaire pour celui qui la vit au quotidien et ordinaire pour un obsevateur posté sur le dernier barreau de la grande échelle des pompiers de Paris. Plus précisément, on est au début d'un  stade qui va durer le temps que s'installe une intelligence supérieure dont l'origine quoique humaine dépasse son créateur. Il nous fait vivre, en direct, le mythe de Frankenstein où la créature dépasse son créateur.  Il accélère le cours  choses qui bougent plus vite. Certaines disparaissent. Beaucoup ne savent pas qu'elles vivent leurs derniers instants, qu'elles sont en agonie, que les comptables, les médecins, les avocats, les banquiers, les politiciens, les militaires, les notaires vont disparaître. Les plus malins, les plus habiles, ceux qui ont de l'imagination, voient ce que les autres ne voient pas, prospéreront. 

Un peu de patience et, après demain, comme d'habitude, tout va ralentir, se calmer, dans un équilibre instable mais habituel, dans l'attente de la prochaine révolution industrielle, spirituelle, intellectuelle, polititique, philosophique qui engendrera les mêmes inquiétudes, espoirs que les précédentes qui furent la fission, la fusion, la prise électique, l'usine à gaz, la machine à vapeur, l'imprimerie, la poudre, la roue, le feu. 

En dehors de ces poussées de fièvre dans le grand corps malade de l'humanité et dont on se protège difficilement avec du stoiscisme mâtiné d'épicurisme et du souvenir de Protagoras, la vie s'écoule ponctuée de crises d'urticaire, d'asthme, de foie, de goutte, de l'adolescence, de la quarantaine, de la soixantaie, existentielles. Jamais le calme ne dure, les instants de victoire préparent la prochaines guerres et la revanche du vaincu. Les moments de grâce et de paix qui saluent la  victoire de l'un et la défaite de l'autre ne sont que des instants de répit, le temps de séchage de l'encre du traité de paix qui annonce la lontaine et certaine déclaration de guerre du vaincu qui ne vivra que pour la deuxième mi-temps. 

La présence du futur n'est encore que le titre d'une collection de livres d'anticipation. Personne n'y attache de l'importance. Elle prépare cependant les esprits qui lisent les signes à l'évènement qui arrivera tôt ou tard et nous confrontera à l'existence des habitants d'une autre planète venu nous rendre une visite amicale ou coloniale. Le scénario sera-t-il celui d'un film-catastophe du genre "Les derniers jours de Pompéi" ou une aimable comédie  nous rappelant "Devine qui vient diner ce soir?"

Les surprises prévisibles sont inscrites dans le calendrier et l'étonnement est artificiel. C'est la façon humaine et hypocrite de prétendre les découvrir et s'excuser de ne pas les avoir éventées. Les vraies sont celles que l'imagination peine à concevoir, du genre de celle qui vient de tomber sur notre tête. Elle prouve cependant que l'impossible est possible. L'avertissement mérite de ne pas être oublié. À bon entendeur, salut...!

FATALITAS

C'est son absence de solution de rechange qui donne à la fatalité ce caractère inexorable si particulier qui aggrave la détestation que l'on aime lui manifester pour lui montrer qu'il lui suffirait d'améliorer son état d'esprit, de prendre les choses avec du recul, de relativiser la gravité des faits et d'envisager la possibilité d'un renversement du paradigme dans un sens plus positif, dans un esprit constructif, tourné vers un avenir radieux où rien ne serait décidé à notre insu, nous retiendrait prisonniers, où nous serions libres de profiter de la chance, cadeau du hasard.

lundi 6 juillet 2026

UN NÉOLOGISME TRÈS ATTENDU

Le mal de ventre n'a pas la noble réputation du mal de tête. Il suscite même une moue de dégoût vite réprimée devant le malheureux qui se tord dans la douleur. On suspecte derrière la vulgarité des gargouillis, les bruits malsonnants et malodorants des intentions peu catholiques. Sa position inférieure sous-ombilicale explique cet ostracisme au relent nauséabond. À l'occasion d'un épisode récent, mon cerveau intestinal a pris conscience du problème de son voisin mitoyen et a proposé un néologisme : ventralgie, non connoté, non jargonnant, il localise et décrit simplement. Il ne fait pas de doute que le mot aura le succès qu'il mérite, qu'il permettra accessoirement au mal de ventre, en  n'étant plus un pestiféré d'être mieux traité.

ATTENTION

Avec la chaleur, les ongles des orteils, dans leur étuve, poussent plus vite. Pitié pour les chaussettes, pensez à aller chez le pédicure  si vous avez du mal à atteindre ces salopiots, voyez mal ou manquez de matériel.

PS: les va-nu-pieds ne sont pas concernés par ce message qui ne fera rire que ceux qui n'aiment pas pleurer.
La bêtise est le terreau d'où la publicité, la politique, la religion tirent l'essentiel de leurs revenus et où prospère leur  influence. Sans elle, cette satanique trinité serait livrée à la raison, à la logique, à l'intelligence et n'aurait pas infesté le genre humain de ses mensonges, ne l'aurait pas perverti par des fausses promesses et converti à des illusions. Mais pourquoi devraient-elles se priver d'un pactole qui leur permet de s'enrichir, de gouverner, de briller, vous demandez-vous interrogatif ? Par honnêteté, par décence, par prudence, dit l'écho qui plagie ma réponse.

UNE PROPOSITION CONSTRUCTIVE

J'ai proposé à la Fédération françise de natation un petit truc qui pourrait faire gagner quelques millièmes de seconde à un nageur de 1500. Il lui suffira de laisser pousser ses ongles des orteils et des doigts et de se garder de les couper. Il gagnera de la sorte quelques centimètres carrés de surface d'opposition à l'eau qui augmenteront sa force propulsive.

PS: ce genre de petit détail peut faire la différence dans un sport où le podium se joue au centième de tierce.
Seuls les analphabètes ne vanteront pas l'avantage qu'à le rentier comme Proust ou d'un retraité comme Dancharr d'écrire pour le seul  plaisir sur les feuilletonnistes comme Dumas père, Balzac et les journalistes  qui le font pour manger et sont payés à la ligne. Ne dépendre que de soi et non des lecteurs, d'un éditeur, d'un rédacteur en chef qui est aux ordres du propriétaire du média - qui doit satisfaire le pouvoir qui garantit sa fortune - fait une différence qui a la dimension de la distance qui sépare la terre de MoM-z14, la galaxie la plus éloignée d'elle à 33 milliards d'années-lumière donne une liberté totale et n'a  à composer qu'avec sa conscience tandis que les autres doivent plaire aux milliers d'abonnés du journal d'envergure nationale ou de la médiatèque municipale et qui ne brillent pas tous par leur intelligence. Pour captiver leur attention, ils doivent donc s'adresser à des fonctions que la décence m'interdit d'évoquer.

DES VÉRITÉS PAS BONNES À LIRE

L'indifférence avec laquelle va être accueillie l'annonce, un jout ou l'autre, de votre mort devrait atténuer votre regret de mourir et relativiser l'intérêt que vous vous portez.
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L'absence de sympathie que certaines personnes ont pour vous est pour beaucoup dans l'antipathie qu'elles vous inspirent.

dimanche 5 juillet 2026

LA PHILOSOPHIE SPORTIVE DU CYNIQUE

Avec le temps et l'expérience, je suis arrivé à une conclusion qui, quoique désolante, me rassure sur mes impossibilités. Elle me dit que je n'étais pas le meilleur et n'aurais jamais été un champion. Je suis ravi de le savoir enfin. Cela va me permettre d'arrêter d'essayer de chercher à briller, de continuer à me fatiguer sans résultat, de faire honte à mon ego. 

Ce constat désabusé récompense ma patience, punit mon impatience responsable de déceptions à répétition, d'éliminations infamantes, d'arrivées tardives, après le départ du juge à l'arrivée. Ma satisfaction est doublée car je libère la place si convoitée du dernier, entre dans la communauté si méritante des perdants magnifiques qui, charitables, se sacrifient pour faire plaisir aux vainqueurs, ces pauvres individus ivres de gloire, avides de médailles, de podiums et dont la ligne d'horizon se réduit à celle d'une arrivée. Nous, seul le départ importe. C'est lui qui nous apporte l'ivresse...

LE CONSEIL DU CYNIQUE POUR LE DERNIER VOYAGE

Soyez rassuré, quittez l'esprit tranquille la surface de la terre, votre disparition ne provoquera aucun séisme. Les quelques personnes qui s'apercevront que vous n'appartenez plus au paysage seront la factrice, la caissière du super-market et la pharmacienne. Vos proches, eux, avaient fait la belle depuis longtemps, vous abandonnant à leur futur posthume.

Je me permets quelques conseils pour que vous laissiez aucun souvenir facheux qui ternirait une réputation que vous aviez mis si longtemps à peaufiner.

Votre principal souci sera de laisser la place propre et même si possible dans un meilleur état que celui que vous aviez trouvé en arrivant.

Débarrassez la maison de tous les souvenirs personnels qui n'intéressent personne et pourraient être comprommettants : lettres, photos, diplomes, contraventions, décisions de justice etc.. Un grand feu à l'abri des regards fera l'affaire. 

Pour ne pas déranger un lointain héritier, le soustraire aux frais de notaire et aux taxes d'État qui l'empoisonneraient aprés avoir été obligé de faire une recherche généalogique pour le retrouver en Australie, vendez en viager votre château en Sologne, votre villa à saint Barth, votre dupleix à Neuilly avec les meubles, les bibliothèques, la literie.

Videz la cave de ses seules très bonnes bouteilles et convertissez vos comptes en banque en euros et en dollars.

Un petit matin ou après la sieste, vous prendrez votre baluchon et l'esprit tranquille, d'un pas léger, vous prendez un billet pour ailleurs.

PS:  prenez  le temps de vous retourner. Vous le  mettrez à profit pour apurer vos dettes et effacer les traces qui pourraient endeuiller votre mémoire.

LA BOUCHE

La bouche a trois fonctions. 

La première est décorative: une fente au-dessus du menton, ourlée de lèvres qui font mitoiter les dents blanches. Elles sont pulpeuses et appétissantes chez une beauté aux formes parfaites. Elles sont lippues et répugnantes chez un vieux cochon libidineux.

La deuxième est masticatoire et inaugure la digestion.

La troisième est élocutoire: elle a la mission de parler pour converser, discuter, bavarder, discourir, sermoner, commander, chanter.

Les deux dernières sont fatigantes, mais pas au même degré. 

La masticatoire est une épreuve musculaire de haut niveau qui mobilise les muscles masticateurs: masseter, temporal, ptérigoidiens médial et latéral. Ils contribuent aussi au modelé du visage. Le coup de fourchette façonne  à la physionomie et le bon vivant, familier de repas de gala à rarement les joues creuses de Torquemada.

L'atmosphère du lieu est amazonnienne avec un taux d'humidité de 100% en raison du déversement continu des petites glandes salivaires et discontinu lors du repas des grosses: les parotides (celles des oreillons), les sous-maxillaires et sublinguales qui vont par deux.

Les dents broient, déchiquètent, déchirent. La langue s'active et complète le travail en triturant, nettoyant, elle finit par rassembler sur son dos le bol prèt à l'envoi, se plaque contre le palais et propulse le tout vers le pharynx. La bouche libérée peut enfourner une nouvelle bouchée.

L'élocution active les mêmes muscles. La langue a le rôle principal. Elle occupe le milieu de la cavité et bouge beaucoup. Les savants disent qu'elle est un hydrostat musculaire comme la trompe de l'éléphant. Solidement attachée, pleine de muscles qui lui permettent d'aller dans tous les sens, de s'allonger. Sans elle, on ne peut siffler.

Les lévres ne sont plus là pour le décorum mais leur orbiculaire est sollicité en permanence et elles ne se reposent que si l'on se tait. Tous les muscles  travaillent en finesse, en délicatesse, modulent et leur intensité peut varier du pianissimo à la puissance d'un alto qui fait friser l'apoplexie à la diva. La bouche est aussi une caisse de résonance et le timbre, la tessiture, la prosodie lui doivent tout et font que deux voix ne se ressemblent pas parce que deux bouches ne sont jamais identiques.

Parler fatigue moins que manger et l'on a entendu Fidel Castro parler pendant 7 heures 10 minutes à l'ONU le 29 septembre 1960, loin du record de Ananta Ram KC à Katmandou en 2018. Un banquet qui dure 6 heures traîne en longueur et les convives le quittent repus mais tiennent à peine sur leurs jambes, la mastication continue les a épuisés. 

On ne doit pas parler la bouche pleine car le spectacle est peu ragoûtant et on ne peut pas parler en mastiquant car les mêmes muscles ne savent pas faire deux mouvements différents en même temps.