Comment faire pour tirer du bien du mal afin de le rentabiliser. Cette question vous préoccupe, m'a-t-on dit, aussi m'y suis-je attelé.
Posons les limites de ce problème réputé insoluble depuis la haute antiquité et laissons son origine à ses sources. Elles sont connuzs, documentées, détaillées. Nous les citons pour mémoire, constatons qu'elles échappent à notre pouvoir de coercition et devons nous en accommoder.
- Satan et ses envoyés terrestres: dictateurs, génocidaires, violeurs, assassins. Leurs noms et maléfices salissent les livres d'histoire et remplissent les annales de la justice .
- Les catastrophes naturelles bien que ne sachant pas ce qu'elles font ne peuvent être exonérées des méfaits qu'elles commettent en toute innocence, poussées par des forces qu'elles ne contrôlent pas. Éruptions meurtrières, tremblements de terre, glissements de terrain, incendies, inondations, cyclones, typhons, vagues scélérates, chutes de météores etc. rivalisent pour semer la désolation, la peur et la mort, but ultime du mal.
Ces maux sont primaires. Ils échappent à notre volonté. Ils appartiennent à un fatum qui nous dépasse. Le mal qui m'intéresse est celui que nous subissons, provoquons et dont nous sommes les victimes plus ou moins complices.
Le mal de vivre est le plus pénible. Présent au quotidien, il poursuit le dépressif de sa malfaisance, transforme ses jours qui auraient pu être des rêves éveillés en cauchemars. Il crée un sentiment oppressant qui peut devenir insupportable.
Le mal d'être est la forme mineur du précédent. Fréquent lors des crises de l'adolescence, de la trentaine, de la quarantaine, de la cinquantaine, de la soixantaine. Il a disparu chez les très âgés qui ont survécu, il est remplacé par sa forme féminine: la maladie.
Le mal de mer frappe les marins d'eau douce quand ils mettent les pieds sur le pont roulant et tanguant d'un bateau de haute mer navigant dans le golfe de Gascogne. On l'évite facilement en restant à terre ou en prenant ce qu'il faut.
Le mal du pays est l'exclusivité des aventuriers qui se sont expatriés en terre étrangère pour échapper au froid, au fisc, à la vie chère, à la chienlit, à la famille, à la justice, à la routine, trouver une jeune concubine sublime désintéressée. Il survient au bout de quelques mois quand les illusions se sont envolées, que les mensonges des agences et des expats piégés ont été éventés et qu'il faut affronter le désert culturel, la pollution, le climat qui est tout sauf tempéré, la solitude, la pauvreté des natifs, la politique, la nourriture, les escrocs, l'envol des rêves d'amour éternel. Il se manifeste par une nostalgie du pain du boulanger, des quatre saisons, des restos sympas, du film du samedi soir, de la partie de cartes, de pétanque, des discussions du café du Commerce, des soldes au Carrefour, de la sécurité sociale, du défilé du 14 juillet, de la pagaille, des grèves, du plaisir de dire du mal de tout sans en faire.
Le mal peut être secondaire et provenir d'un tiers qui nous empoisonne par l'intermédiaire de la trinité satanique qui réunit l'idéologie, la politique, la religion (ipr). Ces trois entités ne sont pas antagonistes mais solidaires: elles usent des mêmes mots, tiennent les mêmes discours et poursuivent les mêmes prétentions: l'asservissement de l'esprit, la dépendance du corps. Toutes prétendent vouloir notre bien, nous ouvrir les yeux, que les sacrifices à faire préfigurant les délices à venir. En réalité, ils veulent le pouvoir pour assouvir leur rêve de puissance, satisfaire une ambition démesurée, asservir pour dominer. Le bien qu'ils invoquent est à la mesure du mal qu'ils se donnent et de celui qu'ils répandent.
Cet état des lieux fait percevoir que si le bien est l'étendard de l'ipr, le mal est son lieu commun. Le savoir permet de découvrir la faille entre le discours, la posture et la réalité et d'échapper à la servitude. Il n'y a pas de plus grand plaisir que de voir le piège, de découvrir la vérité, un trésor. Confondre le coupable est la seule joie possible et l'unique bien que peut offrir le mal.