La vie est un combat permanent entre le bonheur et le malheur, la santé et la maladie, le bien et le mal, le repos et la fatigue, le travail et la paresse avec, en plus, celui que nous menons contre les uns et les autres.
Deux camps s’opposent et nous avons à choisir entre deux stratégies: l’offensive et la défensive.
C’est le même dilemme que doivent résoudre les états-majors avant de livrer bataille. Faut-il privilégier la méthode allemande, fondée sur une attaque dynamique, rapide, avec ses panzers et son aviation, ou la méthode passive française, qui compte sur la ligne Maginot, rempart défensif rappelant la Grande Muraille de Chine .
En réalité, ce choix est moins conscient qu’il n’y paraît. C’est notre personnalité qui décide pour nous et nous lui obéissons puisque nous ne faisons qu’un avec elle.
Ceux qui choisissent l’offensive se font remarquer très tôt. Ce sont parfois des prématurés : ils n’attendent pas les neuf mois réglementaires et sont pressés de débarquer, déjà agressifs. Ils martyrisent les seins de leur nourrice, se font remarquer, dès la maternelle, par un dynamisme épuisant. Ils sont catalogués, à l’école primaire, d'hyperactifs. Au collège et au lycée, ils s’agitent beaucoup, veulent être les premiers de la classe, des leaders ou, au contraire, les derniers, histoire de mieux s’opposer. Contestataires, ils veulent tout réformer. Ils divorcent rapidement dl'Université, la trouvant incapable de comprendre ce qu’ils sont en train de bricoler dans le garage familial. Cinq ans plus tard, cette invention fera d’eux des milliardaires, s’ils habitent en Californie.
Mais les Américains ne sont pas les seuls à être offensifs. Ils sont partout autour de nous. Ils font de la politique, prononcent des discours, deviennent maires, députés ou présidents. Ils sont dans les églises, montent en chaire, font des sermons et peuvent finir évêques, cardinaux, voire pape s’ils appartiennent à la race des vainqueurs. Dans le sport, ils visent la première place. Ils gagnent parce qu’ils sont les plus forts ou, parfois, parce qu’ils savent, mieux que les autres, tricher.
L’offensif veut avancer, conquérir, transformer. Il ne supporte pas l’immobilité et considère l’obstacle comme une invitation à redoubler d’efforts.
Ceux qui jouent la défensive sont discrets. Ils se cachent derrière un poteau, un pilier, un plus grand qu’eux, dans le noir, au milieu de la foule ou sur une île déserte. Ils demandent conseil avant de se décider, hésitent avant de choisir une filière, un métier, un créneau, fuient les postes de responsabilité, préférant obéir que commander. Ils suivent le mode d’emploi, respectent la prescription médicale à la pilule près. Ils pratiquent des jeux d’observation, comme les échecs, plutôt que des sports de combat au corps à corps tels que la lutte gréco-romaine ou le rugby. Ils opposent une formidable force d’inertie à tout ce qui pourrait bouleverser leur train-train quotidien. Ils restent chez eux, installés dans un fauteuil, plutôt que d'aller crapahuter au Népal. Ce sont les spécialistes de la résistance passive. Ils mènent une guerre souterraine contre ceux qui troublent l’ordre établi. Ils défendent leurs habitudes, leurs acquis, leur tranquillité.
Le défensif n'est pas faible. Il sait attendre, encaisser, résister. Là où l’offensif brûle ses forces dans l’attaque, le défensif peut gagner simplement en tenant bon, stoïque.
Mais l’offensive comme la défensive ont leurs faiblesses. Un mouvement offensif peut dégénérer, s’enliser dans une guerre de tranchées et ne plus progresser. L’entrepreneur conquérant, le fier-à-bras, le battant, peut, lui aussi, se planter devant un adversaire imprévu.
C’est là que commence la véritable bataille : celle que nous livrons contre nos propres excès. Car l’offensif doit apprendre à s’arrêter, à écouter, à négocier, parfois même à reculer et le défensif doit se méfier de la tentation de transformer la prudence en peur, la patience en immobilisme et la résistance en refus du changement.
De cette confrontation, on tirera une leçon: la sagesse consiste à savoir changer de stratégie. Attaquer quand il le faut, défendre quand c’est nécessaire, battre en retraite quand la bataille est perdue et savoir reconnaître quand il n’y a aucune bataille à livrer. Dans la guerre qu’est la vie, le vainqueur est celui qui alterne l'attaque et la défense.