Soyez avare de vos qualités. C'est votre bien le plus précieux. Ne les gaspillez pas. N'inondez pas votre entourage-amis-famille de générosité et de bienveillance. Ce sera difficile, vous devrez apprendre à abandonnez l'habitude de donner des cadeaux au moindre prétexte: anniversaire, communion, Noël, premier de l'an, fêtes variées, etc... Vous en inventez, arrivez avec des fleurs, un livre que vous avez aimé, des chocolats, une phrase troussée pour faire plaisir. Personne n'est épargnée. Je dis STOP, on arrête de jouer au tonton de l'Amérique de nos rêves. On devient raisonnable. On reprend le contrôle.
Les raisons sont nombreuses, vous les connaissez et passez outre. La première est l'orgueil: rester fidèle à sa réputation, asseyez-vous dessus. Les suivantes sont mesquines: offrir vous fait plaisir (plaisir futile), vous fait passer pour riche, vous ne l'êtes pas. Enfin ces dons embarrassent: les fleurs encombrent, il ne lit que des livres de géographie, le chocolat est interdit, l'humour leur échappe.
Tous ces gens sont sympathiques malgré leurs défauts, vous les appréciez pour ce qu'ils ne sont pas. Ils ne sont pas en cause. Mais vous en faites trop. Mon conseil du jour va plus loin: ne faites rien. Voici pourquoi.
Ils font partie de la société et elle n'est qu'un monstre anonyme. Pour elle, vous êtes un numéro, un consommateur, un locataire, un propriétaire, un ancien combattant, un chômeur en fin de droits, un retraité, un invalide première catégorie, etc.. Pire, elle s'acharne, exige des permis de chasse, de circulation, multiplie les interdits, les obligations de déclarations en tout genre, vérifie du berceau à la tombe vos connaissances, votre état de santé.
Pour les amis, vous êtes un sujet de curiosité, une distraction, un souvenir du passé, une façon de voir les ravages du temps, un figurant invité pour compléter le tour de table.
Ce préambule amène au cœur du conseil: la richesse de la personnalité ne doit rien à l'argent mais tout aux qualités: intégrité, persévérance, courage, générosité, amabilité, modestie, respect, honnêteté, etc... Vous ne jetez pas votre argent par la fenêtre pare que vous ne l'avez pas en quantité illimitée vos qualités sont pareilles. Vous devez restreindre leur usage à la consommation personnelle. C'est une mesure de sagesse économique. Ce n'est de plus pas une preuve d'égoïsme car l'aura que vous répandrez a des vertus bienfaisantes contagieuses du plus bel effet.
La méthode, révolutionnaire, sera rejetée par le conservatisme, la coutume, l'habitude, la peur de changement. Elle s'adresse à ceux qui se moquent des usages dépassés, des rites archaïques et pensent comme Darwin( 1 seconde de silence, merci).
Ne pas faire commerce des qualités a de vertus sociales que je ne peux passer sous silence. Cette décision mettra au chômage tous ceux qui en font étalage, vivent à leurs crochets et vendent, en produits d'appel, leurs vraies ou fausses vertus. Ce bon temps ne sera regretté que par les ayant-droits obligés de les nourrir et les héberger. On a:
- les politiciens que nous élisons car ils se proclament altruistes, généreux, courageux, honnêtes.
- nos religieux qui étalent leur humilité, leur ascétisme, leur frugalité, leur charité, leur amour des autres. Ils sont censés passer leur vie à prier pour le salut de l'âme de leurs prochains pour la protéger de l'enfer (un lieu créé pour faire peur) et les envoyer au ciel (un lieu paradisiaque qui sert d'appât).
- tous les autres industriels, commerçants, bateleurs qui, parce que bons, serviables, généreux, honnêtes produisent de la qualité, vendent parce qu'honnêtes au juste prix des produits utiles, nous disent la vérité parce qu'ils sont intègres, honnêtes, désintéressé et surtout menteurs.
Ces gens-là sont les plus caricaturaux, mais pas les seuls. On est tous atteints du même syndrome pour sauver la face en montrant notre côté flatteur. La différence tient au degré qui va au zéro chez les quelques qui sont comme vous et moi. Elle tend vers l'infini chez beaucoup d'autres.
Consommez sans modération vos qualités. Elles vous rendront encore meilleurs, le plaisir sera augmenté, votre bonheur plus assuré.
Arrêtez de montrer votre générosité, vous n'en serez pas récompensé, les bonnes et belles choses que vous vous offrirez, à la place, seront en de meilleures mains.
Gardez votre courage peut vous sauver la vie, ne soyez pas victime de l'imprudence d'autrui. Cet égoïsme bien placé vous maintiendra longtemps en vie. Cette mesure de sauvegarde vous dissuadera d'aller sur un champ de bataille sauver un pays étranger.
La gourmandise, qualité prodigieuse, apporte un bonheur certes passager mais reproductible à la demande, elle sera jalousement préservée. La tentation est grande de diviser le gâteau à la façon de saint Martin déchirant son manteau pour satisfaire un trop plein de générosité. Résistez à cette impulsion malsaine, rappelez-vous que vous n'êtes pas un gourmet, un de ces prétentieux qui disent se contenter de peu si c'est bon. La vertu de gourmandise exige la plénitude, la satiété, la bouche doit ne plus en pouvoir davantage.
L'empathie est une qualité terriblement difficile à maitriser. C'est un élan puissant qui pousse à trouver le monde gentil, les gens aimables, à ouvrir la porte à l'inconnu. Votre courage contenu est heureusement là pour dire "halte " et le renvoyer dans les ténèbres extérieurs.
On peut de la sorte traiter toutes les qualités et gonfler la capacité d'accéder au bonheur.
La raison, la sagesse le bon sens nous enjoignent de consommer sans modération nos nombreuses qualités. Elles nous sauvent des vices du monde. On y gagne en plaisir, en longévité, en lucidité, elles ouvrent la porte du bonheur. Que les autres continuent leur commerce.
PS: Ce constat est le fruit de l'expérience et de la réflexion d'un diplômé de l'université, spécialisé dans la psychologie spéculative.