Dans ma typologie des métiers que vous retrouverez sur le blog, en avril 2013 ou dans "À REBROUSSE-POIL", je les classais de façon rigoureuse et méthodique en trois catégories: les utiles, les beaux et les dangereux. J'en faisais une description objective, impartiale, précise, pratique, sans fioritures ni langue de bois et qui rendit service aux enfants qui, arrivés à l'âge de raison, réfléchissaient à leur avenir professionnel et avaient compris qu'ils ne fallait pas suivre l'exemple de papa et maman qui passaient leur temps, à la maison, se plaindre du boulot.
Ce n'était qu'une liste. Il lui manquait une morale. Le choix du métier est une affaire sérieuse qui engage une part conséquente de notre temps, de l'activité de notre cerveau, de nos forces physiques. Il détermine aussi la place que nous tiendrons dans la hiérarchie sociale: dominé ou dominant, donneur d'ordre ou exécutant, maître de soi ou serviteur des autres???
Si on ne veut pas se positionner sur ce rapport des forces, on peut se baser sur d'autres critères qui, eux, ont le mérite d'être subjectifs car ils font appel au goût pour le bon, au sens du beau, et à l'attirance pour le bien. Il faut cependant être sensible à ces trois valeurs et leur accorder de l'importance.
Je continue pour ceux qui leur en donnent et veulent que le travail ne soit pas un entracte déplaisant, un moment contraint. Le métier doit donc continuer une recherche positive, occuper le temps agréablement, enrichir l'âme, l'esprit en plus de nourrir le corps.
Celui qui place le bon au sommet peut, s'il est logique, lui consacrer sa vie. Le dictionnaire en fait un adjectif et le met à toutes les sauces. Il y a un métier qui en fait la synthèse parce qu'il est utile, nécessaire, honorable et fait du succulent, de l'agréable, de l'utile, du nécessaire, du délicieux, du succulent: celui de la bouche avec les métiers de cuisinier et de pâtissier. En plus de ces qualités qui mobilisent tous les sens qui doivent être développés, il faut avoir une âme généreuse, un esprit de partage, le goût des autres, de la force, du courage, de la volonté.
Dispenser le bien par principe est difficile mais possible si on croit les hagiographies et que l'on n'est pas sceptique. Les métiers qui viennent au secours, qui apportent de l'aide, qui sont au service des autres le font sans s'en vanter et rentrent pleinement dans cette classe. Ils construisent, soignent, réparent, servent. Le travail peut être ingrat, pénible, dangereux. Il a sa récompense par la satisfaction de le faire dans les règles de l'art. Elle atteint le bonheur quand il est partagé. Tous les artisans le savent, tous les offices de service de l'éboueur au laveur de carreaux, du policier, au pompiste, du médecin à l'infirmière l'ont en partage.
Tous les métiers sont beaux quand ils sont bien faits et une pièce bien montée n'est pas seulement délicieuse avec ses choux fourrés mais elle est élégante et fait du bien à la vue, au palais, à l'estomac et ce pâtissier est un bienfaiteur tant il a apporté au repas de la noce un final qui cumule le bon, le bon et augmente le bien-être ambiant. Mais la beauté peut aussi être le moteur exclusif du choix. Elle est une attirance naturelle plus ou moins affirmée. Chez certains, elle impose, ordonne telle une vocation et tu seras chanteur, sculpteur, peintre, architecte, musicien, styliste. Ce créneau exige des dons physiques exceptionnels, un moral d'acier et de la chance.
Beaucoup laissent à la société le soin de décider du métier par obéissance, paresse, inertie, absence de volonté, de courage, d'imagination. Ils auront une vie terne à la hauteur de leurs envies et seront des serviteurs. Ceux qui ont conscience que la vie est brève, qu'elle est une opportunité pour réaliser ses rêves, pour satisfaire la curiosité, pour découvrir de quoi on est capable, qui ne veulent pas être un mouton du troupeau, suivent leur chemin privé, poussés par la faim de connaître, la gourmandise des bonnes choses, le plaisir de l'harmonie. Face à l'existence, ils sont debout.