L'Inde, le pays le plus peuplé du monde et les USA, le plus riche diffèrent en tout et ont un point commun : leur communauté est divisée en castes.
En Inde, le phénomène daterait de trois millénaires. Les raisons en sont politiques, économiques, culturelles et la religion, comme toujours, s'est mise à son service. De haut en bas on a les prêtres, les guerriers, les marchands et les agriculteurs, les serviteurs et les artisans. Hors classe, il y a les intouchables qui s'occupent du nettoyage, des déchets, des cadavres, du cuir. Conçu pour imposer le pouvoir des conquérants, éviter les mélanges, stabiliser la société, le système a perduré et encore aujourd'hui, malgré la modernité, imprègne l'âme indienne et les comportements. Dès la naissance, on est d'une caste et l'avenir est tracé: métier, mariage, place, relations. Un fils de brahmane n'épousera pas une fille d'intouchable, il ne la voit pas, ne veut pas croiser son ombre. Deux conséquences: les centaines de millions d'indiens vivant dans la pauvreté absolue ne contestent pas la richesse des millions de riches et aucune révolution du genre de celle de 1789 ne se prépare. La violence est dirigée vers ceux qui n'ont pas la même religion, en enfreignent les codes, maltraitent une vache.
Aux États-Unis, je laisserai à d'autres plus qualifiés le soin d'en faire l'historique car seule m'importe la réalité actuelle avec ce constat: la société est aussi hiérarchisée avec une caste de très riches et une classe de précaires qui n'ont pas assez pour vivre normalement ou survivent misérablement. Cette stratification ne provient pas d'une entité étrangère, ne résulte pas d'une volonté religieuse, n'obéit pas à une décision politique, mais résulte d'une sociologie de l'Homo americanus. Elle lui dit qu'il est le souverain de lui-même et qu'aucun pouvoir ne peut disposer de sa vie, de son corps, de son travail, de ses biens, sans son consentement. En conséquence, tout dépend de soi, l'échec comme le succès, la réussite est glorifiée, l'argent l'objet d'un culte. La solidarité n'est pas une obligation. La pauvreté devient une sanction. Ce socle culturel très partagé, porté à son extrême par les libertariens n'a pas créé une nation homogène car si les hommes naissent égaux, la réalité se charge de les partager en fonction de leurs qualités et défauts, race, hérédité. Elles subordonnent la réussite économique et c'est elle qui se charge de diviser la société en deux: l'une englobe ceux qui ont beaucoup d'argent et l'autre regroupe ceux qui en ont assez, peu et pas du tout. Le clan des gens riches a, lui-même, des sous-divisions qui dépendent du nombre de milliards ou de millions de dollars. Mais, globalement, ils se distinguent par une stabilité familiale, l'accès aux grandes universités, aux réseaux dominants, à la sécurité médicale, chirurgicale, sociétale. L'endogamie n'est pas rare. La deuxième caste en est exclue structurellement même si, théoriquement, rien ne lui est interdit. Les chiffres montrent cependant que l'ascenseur de la mobilité sociale est en panne.
Comme en Inde, la rue montre la réalité avec des cohortes vivant dans la rue, dans des voitures, dans des tentes, parce qu'ils n'ont pas d'emploi, qu'ils ont été expulsés de leur maison achetée à crédit et dont ils ne peuvent plus payer les mensualités, qu'ils sont drogués, malades et ne peuvent ou ont renoncé à se soigner. Là aussi, ils sont côtoyés par des indifférents qui pensent qu'ils ont ce qu'ils méritent, les uns parce qu'ils ont eu la malchance de tomber dans une mauvaise caste et que, s'ils font des efforts, ils renaîtront dans une meilleure, les autres parce qu'ils ont ce qu'ils méritent par paresse, bêtise, mauvais choix, manque de courage, de volonté, d'imagination, de chance. Mais l'avenir leur appartient, la roue tournera et s'ils en ont l'occasion, ils sauteront sur elle et deviendront riches. Les pauvres n'accusent pas non plus les riches d'être responsables de leur pauvreté. Ils ne veulent pas changer le système. Il leur convient. Ils s'en réclament. Là encore, pas de révolution à l'horizon.
Au final, on a l'Inde verticale, religieuse, hermétique et l'Amérique horizontale, ouverte en théorie, fondée sur la liberté individuelle. Toutes deux ont produit une société de castes stabilisée par l'espérance d'une réincarnation ou d'une opportunité. Leurs pauvres vivent dans une promesse qui éteint la révolte et rend acceptable l'inégalité.
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