Cette énergie fait fonctionner nos bras, nos mains, nos jambes. Elle nous permet de cuisiner, jouer au tennis, à la belote ou du piano, marcher, courir, danser. Notre usine fonctionne sans relâche grâce à une multitude d’organes spécialisés.
Mais son extraordinaire particularité est de produire et d’évacuer ses déchets sur place. Nous expirons le gaz carbonique, nos reins éliminent l’urée, notre côlon évacue les résidus. Fabriquer, transformer, utiliser, évacuer : tout se fait en continu.
Et puis il existe une seconde usine : l’esprit. Lui aussi produit sans cesse : pensées, images, souvenirs, hypothèses, rêves, obsessions, idées. Et ces productions cherchent naturellement une sortie : la parole, l’écriture, la peinture, la sculpture, la musique…Sans ces conduits d’évacuation, nous risquerions la diarrhée spirituelle : un trop-plein de pensées qui finirait par nous submerger.
Mais ce qui sort de notre usine n’est jamais neutre. Le langage peut être précis, éloquent ou poétique — ou, au contraire, nauséabond. Un tableau peut être une œuvre d’art ou une croûte ; une musique, un enchantement ou une épreuve auditive.
Mieux qu’un couteau suisse, qu’une usine Tesla ou qu’une centrale atomique, nous sommes une usine mobile, autonome et perpétuellement en activité, capable de transformer ce qu’elle ingère en matière, en énergie et en pensée.
Nous absorbons, transformons, produisons, consommons et évacuons. Et, parfois, nous parvenons même à transformer nos productions immatérielles en œuvres.
Jamais l’expression « tout-en-un » n’aura trouvé meilleure illustration que dans le corps humain.
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