Ce blog est pour le lecteur qui apprécie l'ironie, l'humour, qui est à l'affût de pensées faciles, d'idées saugrenues, d'inventions bidon, de conseils bizarres et qui n'est pas horrifié par le sarcasme, l'irrespect. Il est à éviter pour les conformistes, les dominants, les dominés.


samedi 5 septembre 2026

ORGANES EN MAJUSCULES

Merci, merci, encore merci, soudain un éclair de lucidité m'est tombé dessus alors que l'orage grondait et j'ai pris subitement conscience de tout ce que je devais à mes amis les plus fidèles, inséparables, toujours présents, discrets la plupart du temps, ne se plaignant que pour mon bien, infatigables. Je leur devais cet hommage solennel depuis longtemps et je m'accuse de négligence, d'indifférence, d'égoïsme, de constipation des sentiments et surtout d'injustice. Comment qualifier des décennies de silence à profiter de leur présence, de leur expertise, de leur constance dans le travail, des heures supplémentaires gratuites, le tout sans la moindre manifestation de reconnaissance. Honte à Dancharr, ce profiteur sans vergogne ni scrupule. Gloire

- à mes dents qui, après un presque siècles de mastication, sont toujours là, bien rangées, au complet, seulement un peu burinées,

- à ma langue, solidement accrochée. Bien pendue, alerte, aiguisée, elle s'agite encore mieux que dans son jeune temps,

- à mes yeux plus aigus que jamais. Leur vue perçante ne laisse rien ni personne dans l'ombre.

- à mon indestructible  cœur. Il est d'origine et n'a jamais été aussi admirable. Il a survécu à toutes les peines que je lui ai fait subir. Il a pour moi un amour fusionnel et je sais qu'il m'accompagnera jusque dans ma tombe. S'il n'en reste qu'un, il sera celui-là.

- à mes deux poumons: jamais une bronchite, un pneumonie. Ils m'ont récompensé au centuple des quelques soins que je daignais leur concéder: pas une seule cigarette ne les a encrassés  et je les ai remplis que d'air pur en les faisant vivre loin des villes polluées: un grand merci pour chacun.

- à mon système digestif avec sa poche gastrique, sa tuyauterie, ses complexes hépatique et pancréatique. C'est un monstre d'ingéniérie à l'efficacité sans pareil. Il accepte avec résignation mes incartades gastronomiques avec des excès qui, parfois, dépassent ses capacités. Il m'en punit par une indigestion avec crise de foie. Sans rancune, nous nous pardonnons: lui son insuffisance, moi ma goinfrerie et nous repartons pour une nouvelle virée chez les grands ducs, copains comme cochons, si vous voyez ce que je veux dire,

- à mes deux stations d'épuration qui assurent un équilible acido-basique  auquel je dois l'excellence de mon caractère. J'ai l'élégance de ne pas leur imputer la responsabilité des quelques sautes d'humeur qui viennent parfois perturbrer ma stabilité émotionnelle. 

Je terminerais cette célébration tardive par une tournée générale et la remise du Grand Cordon de la Légion d'Honneur à titre honorifique en complément des palmes académiques, de la grande médaille d'or du travail et en soulignant que je dois au talent exceptionnel de mes organes, à leur résistance, à leur résilience, à leur qualité quasi-surnaturelle la poursuite d'une existence qui reste digne d'être vécue.

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