Ce blog est pour le lecteur qui apprécie l'ironie, l'humour, qui est à l'affût de pensées faciles, d'idées saugrenues, d'inventions bidon, de conseils bizarres et qui n'est pas horrifié par le sarcasme, l'irrespect. Il est à éviter pour les conformistes, les dominants, les dominés.


dimanche 10 mars 2013

ANNONCE MÉTÉO

À monsieur le responsable météo :
 
Dans vos prévisions à 8 jours, vous avez prévu l’arrivée d’une tempête sur le Nord Finistère pour Samedi prochain. Je dois marier ma fille cadette, Marie-Noëlle ce même jour et en grande pompe. Compte-tenu de son état d’avancement, la cérémonie ne peut être remise à plus tard. Les vents de force 7 à 8 que vous annoncez risquent de mettre à mal le chapiteau prévu pour le repas de noce et de déranger la robe de la mariée.
Pourriez-vous, pour faciliter nos choses, décaler de 8 jours le coup de vent et le remettre à quinzaine ?
Avec mes remerciements par avance, je vous en serai moi, sa belle-mère, Marie Noëlle et les invités, reconnaissant.

TYPOLOGIE DES MÉTIERS

Compte tenu de la montée du chômage, du nombre des étudiants en psychologie, sociologie, géographie, archéologie, histoire comparée des arts et des lettres, des intermittents du spectacle qui, presque tous, ne trouveront pas de travail, je crois utile, pour éclairer les conseillers en orientation qui ont perdu le Nord, de proposer une typologie des métiers. Dès que j’aurai fini d’y réfléchir pour mieux en parler, je dirai tout ce qu’il faut en savoir.

PENSÉES PROFUSES DU 10/3/13


  • L’argent n’est rien pour qui en a beaucoup, tout pour qui n’en a pas. Au premier, il sert à tenir son rang, au deuxième à tenir debout. C’est la valeur relative absolue.
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  • « Je veux rien, je vaux rien, je veux rien, je dirai rien, je ferai rien, etc.…. » Rien est un mot négatif exclusif définitif, comme nul, zéro, non. Il en dit moins que « ne pas » et  beaucoup
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  • Sa décadence a commencé depuis longtemps et sa décrépitude est si avancée que la maladie est incurable. Sous calmants, il ne sent rien et sa mort annoncée ne l’étonnera même pas.
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samedi 9 mars 2013

ET LA POÉSIE FUT

Au commencement, la sensation qui donna le sentiment de chaleur et de froid créa une impression de confort. Elle variait selon qu’on allait du glacé au brûlant. La notion de température ainsi établie donna une échelle de valeurs qui permit à l’idée de s’implanter dans le cerveau qu’on pouvait varier le plaisir d’être couvert ou découvert en s’habillant plus ou moins.
Leur enchaînement s’ordonna dans une pensée qui, s’habituant à se développer finit par se coordonner avec d’autres perceptions du senti, du goûté, du palpé, du vu et de l’entendu.
À la fin, à force de se brûler, de se geler, d’écouter, de voir et de tout mélanger on arriva à se rappeler, à apprendre, à lire, à écrire… la poésie fut.

PENSÉES PROFUSES DU 9/3/13

  • Tous les historiens sont d’accord : dans le passé, l’amélioration des connaissances et le progrès des techniques contribuèrent, pour une large part, au recul de l’obscurantisme. Tout laisse croire que les générations à venir, bénéficieront, elles, des nouvelles découvertes des futurs prix Nobel.
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  • En vieillissant, il se sentait de plus en plus étranger à sa propre vie.
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  • C’est difficile de vivre au présent : quand on est jeune, on rêve à ce qu’on fera, vieux, à ce qu’on n’a pas fait (pensée non soumise au copyright, je l’espère).

vendredi 8 mars 2013

BIENHEUREUX LES ...



Bienheureux sont les hommes dont les femmes aiment avoir les mains dans la farine.

Je viens de découvrir une cuisinière blogueuse. Elle a eu la succulente idée de vouloir partager ses recettes (http://www.enzaencuisine.blogspot.fr/)

Elle dit les avoir empruntées au gré des repas d’amis - causer de la croûte qu’on casse ensemble, quel beau sujet de conversation - et de les avoir revisitées à sa façon. Je vais demander à la mienne (épouse) de s’y essayer. En commençant par ses carottes en cake qui me paraissent meilleures que râpées. J’attendrai la saison des asperges pour en faire des petits pois. 

PENSÉES PROFUSES DU 8/3/13


  • Le Soleil tourne rond, la Lune tourne rond, la Terre, la roue tournent rond. Il n’y a qu’ici que tout va de travers.
  • Il était si present, si pressant, si prenant que ses héritiers sont contents.
  • L’amour de soi c’est l’amour propre. L’amour des autres, c’est sale ?

UNE VIE DE VAURIEN


Faute de famille il était seul.  
Faute d’apprendre il savait pas.
Faute de travail il gagnait rien.
Faute d’argent il mangeait peu.
Faute de force il allait mal.
Faute de santé il succomba.  

GRANDE ANNONCE CLASSIEUSE

À saisir : maison situation exceptionnelle. Façade Est à l’orée du village, façade Nord à l’orée de la forêt, façade Sud en lisière de la prairie fleurie du voisin le plus proche, façade Ouest, vue imprenable sur le Mont Saint-Michel.

jeudi 7 mars 2013

PENSÉES PROFUSES DU 7/3/13

 
-    L’argent est un média entre l’être et l’avoir. En avoir ou pas, voilà la question. Elle ne se pose plus quand on est mort car l’or ne fait pas une belle jambe à un tas d’os mais, quand on est vif, mieux vaut en avoir, si on veut le rester.
 
-    Il a laissé une telle tache, que deux mandats ne suffiront pas à l’effacer.
 
-    N’oubliez pas, disait Buffalo Bill aux scouts autour du bivouac, la source est au bout du contre-courant.
 

LA DERNIÈRE NOUVELLE DE L’HOMME


Le mystère s’épaissit. Carrel a encore plus raison aujourd’hui qu’hier : l’homme est un inconnu encore plus inconnu. Sa genèse recule un peu plus dans la nuit. Sa filiation supposée était usurpée. L’homme ne descend pas du singe. C’est le singe qui descend de l’homme.

Je viens d’avoir la confirmation de cette révélation grâce à une indiscrétion parvenue à la rédaction du blog à Dancharr. Pour des raisons prétendument éthiques, les autorités théologiques, philosophiques et politiques du pays avaient réduit au silence par leurs méthodes éprouvées (chantage, menaces, argent, exil, défenestration, noyades) l’équipe de primatologues du zoo de Vincennes qui, au siècle dernier, avait découvert l’origine de l’espèce simiesque. Incapables comme à leur habitude de faire face au moindre problème, toutes nos autorités constituées préférèrent effacer les indices, faire disparaître les gêneurs plutôt que d’affronter la réalité et les conséquences médiatiques, scientifiques et humaines de cette découverte gigantesque.

Sans attendre les livres que messieurs Attali, Gallo, BHL, Onfray vont sortir à la fin de la semaine prochaine, je vous livrerai aujourd’hui l’essentiel des bouleversements que cette annonce renversante va apporter à l’ethnologie, l’éthologie, la religion, l’écologie, l’anthropologie, la médecine quantique, la psychiatrie animale, la généalogie, etc. J’ai eu, en effet, un entretien exclusif avec le porte-parole de la division gorille du parc de Beauval, institut remarquable pour la qualité de son accueil pour cette population déplacée et parquée, le plus souvent, dans des lieux attentatoires à sa dignité, nous le savons désormais, post-humaine.

-      « Merci de m’accueillir dans votre enclos. C’est la première fois, je crois, que vous avez le droit de vous exprimer ».
(La traduction simultanée a été assurée par Jean-Pierre, diplômé de l’école des langues non verbales)

-      « En effet, nous avons été capturés il y a maintenant 40 ans dans la forêt primaire d’Afrique où nous vaquions, moi et les miens, à la cueillette de notre repas de midi. Brutalement, une horde d‘individus nous ont assaillis, anesthésiés, mis en cage et déportés, sans sommation, sans mise en demeure ni préavis. Ce fut notre premier contact avec votre civilisation… ».

Parfait d’urbanisme, de contrôle, de sang froid mon interlocuteur s’exprima longuement, librement avec une sobriété et une dignité de qualité socratique. Vous serez surpris et certains auront du mal à comprendre. Le texte complet viendra en son temps. Ici, je résumerai l’essentiel de son message :

En plus de 30 ans derrière les barreaux, j’ai observé le genre humain tout à loisir, n’ayant que ça à faire. Je le juge sévèrement, condamne tristement ses distractions et ses dissipations sanglantes. Je n’ai pas compris l’évolution régressive qu’il a subie lorsqu’une mutation imprévue a donné naissance à un petit singe au lieu du bébé humain habituel. Les divergences entre les cousins ont été immédiates et n’ont cessé de croître. Les uns se croyant supérieures, perdent leur temps à palabrer, à prier, à s’entretuer. Ce fut le début de notre la fin. Sans aucun respect pour leurs ancêtres, les hommes nous chassèrent, jaloux de notre force, de notre agilité, de notre sagesse, de notre sérénité. Maintenant ils œuvrent à l’extinction de la race premium. Certains encore plus inconscients, ignorants, amnésiques, orgueilleux se sont même pris pour des créatures de Dieu, eux qui ont enfanté des singes. Vous comprendrez leur fureur à venir.

Ayant quelque crédit dans la gente
animale, nous les avons fait mettre au ban de notre société (chez nous, le terme « bestial », très connoté, leur est réservé). Seules quelques espèces bâtardes ont accepté d’être domestiquées. Leur proximité est mal récompensée et ils souffrent et meurent eux aussi victimes de sa cruauté. Son instinct génésique dévoyé l’incite à proliférer. Il est stimulé par une clique d’impuissants délirants qui, ne rêvant que de paradis, se moque de l’enfer sur terre. Ce faisant ils courent au suicide, tout contents. Personne ne les pleurera. La suite viendra cet après-midi, sauf empêchement.

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mercredi 6 mars 2013

COURRIER DES LECTEURS


Réponse à la question plaintive du jour.

Une lectrice bourguignonne nous fait savoir : « je vous lis dans le peu de temps que j’ai à perdre et je n’aime pas le peu que je comprends ».

-« Votre temps perdu pourrait être mieux employé, par exemple, à le retrouver. Mais éclairer les lanternes est un petit métier que j’ai remis à l’honneur Je vous inclus dans ma tournée. Rassurez-vous, ne pas comprendre est donné à beaucoup. Moi-même j’en souffre trop pour ne pas compatir. Bien des domaines de la connaissance me sont aussi obscurs que la physique quantique, la règle de 5, l’alphabet chinois, l’avant-dernier Godard, la politique française, italienne, américaine, etc. Ayant un peu plus de temps que vous, j’ai pourtant essayé mais ils sont plus forts que moi. Don’t worry, soyez comme moi, happy. Même si vous le dites avec diplomatie, vous me reprochez de ne pas être de votre avis et de vous obliger ainsi à ne pas aimer ce que je dis. Je vous fais violence et c’est une souffrance que, douillette, vous n’aimez pas. Le peu que vous comprenez est de trop comme la lucidité qui va avec.

Il ne faut pas culpabiliser, votre réaction est normale. Quand on est cartésien, aimant les raisonnements avisés, les autorités constituées, il est normal d’exécrer la dérision, la déraison.

Encore une fois, je suis comme vous. Je partage vos sentiments. Je suis obligé de supporter les idées de ceux qui pensent de travers, croient à l’incroyable, aux miracles, écoutent les beaux sermons. Il faut faire comme moi, les raisonner, leur demander de regarder le ciel étoilé plutôt que la voûte céleste.

Mais j’arrête ma démonstration. Je vous sens à bout de patience : votre temps perdu est depuis longtemps expiré et votre entendement dépassé. »

PENSÉES PROFUSES DU 6/3/13


-    Il aimait tellement l’argent qu’il le donnait aux riches pour qu’il soit à l’abri dans leur coffre-fort.
-    L’autre nuit la lune était si proche que là-haut ils devaient parler de pleine Terre.
-    Le travail de la terre fatigue le dos, le travail du cerveau fatigue les méninges. Il n’y a que le cœur qui travaille sans fatigue.

mardi 5 mars 2013

ENTENDU AU CRÉMATOIRE


-    Lui qui avait horreur du tabac, partir en fumée !

-    Il a laissé si peu de traces que son absence ne devrait pas se faire remarquer.

-    Il aimait tant la mer que je l’aurais bien vu finir en corps mort.


lundi 4 mars 2013

PENSÉES PROFUSES DU 4/3/13


-    Seule une bêtise insondable peut expliquer la prétention insupportable de ces intelligences qui se prétendent supérieures.
-    L’homme d’avenir est celui qui prend à peine le temps d’arriver qu’il est pressé de s’en aller se reposer pour se préparer à revenir en bonne santé.
-    Le temps est bien malade avec un passé en fuite, un présent en observation et un futur dans la salle d’attente.

dimanche 3 mars 2013

PENSÉES PROFUSES DU 3/3/13

Les racontars sont des bobards à déguster entre jobards.

La jeunesse c’est le passé, la vieillesse c’est l’avenir. À la fin, la première aura duré plus longtemps que la deuxième.

Les cardinaux choisiront le mieux disant qui leur promettra de changer leurs péchés capitaux : orgueil, luxure, envie en vertus cardinales. Une indulgence plénière suffira.

samedi 2 mars 2013

PENSÉES PROFUSES DU JOUR


Faute d’orthographe, de grammaire, de vocabulaire, d’idées, il ne savait ni lire ni écrire, que dire, que penser.

Quand l’Inde mystérieuse rencontre l’Ouest sauvage, on a les amours impossibles de la corde raide et du lasso.
 
Son sang froid suffirait à recongeler la calotte glaciaire et à sauver l’ourson polaire.

vendredi 1 mars 2013

NUMÉRO SPÉCIAL 1ER MARS 2013

Édition collector

En hommage au premier jour de Mars, dieu de la guerre, votre blog à part sort un numéro spécial.
À un moment où les combats font rage à tous les étages, il vous aidera à passer les mauvais quarts d‘heure à venir.

Le conseil du jour

Compte tenu de la conjoncture astrale, des prévisions de Jacques Kessler et de l’humeur du moment, il est préférable de s’abstenir de prendre des décisions que vous pourriez regretter.

Dicton du jour

Peu importe le chèque, c’est le montant qui fait la différence.

Un démenti de l’Élysée

L’Élysée dément formellement la déclaration du porte-parole du gouvernement qui avait déclaré, à la fin du dernier conseil des ministres, que le président de la République détenait la solution du problème.

Annonces classées

- Veuf éploré cherche veuve éplorée pour pleurs conjoints.
- Petite faim accepte demi-portion.
- Voyageur en instance de départ échangerait billet avec passager arrivé à bon port.
- Urgent. Légion étrangère recrute snipers spécialistes armes blanches pour corps-à-corps. Conviendrait célibataires endurcis apatrides, têtes brûlées ne craignant pas le soleil.

Interrogation écrite

Quand l’excité du flagelle pénètre la belle gamète, est-ce un viol ou un amour fusionnel. Développez.

Dernières nouvelles d’Alsace

Les dernières nouvelles du front de l’Est sont si mauvaises que la censure militaire nous interdit d’en dire plus.

Les potins du compère.

Un indicateur, habituellement bien renseigné, m’a glissé une information qui sera certainement démentie : un candidat surprise vient de postuler pour deux postes prestigieux à pourvoir. Frédéric M., actuellement en poste au chômage s’est déclaré prêt à assurer la direction de Science-Po. Il a toutes les qualités qui ont fait la gloire du directeur précédent auquel il ressemble comme un frère. Il saura poursuivre l’œuvre entreprise. C’est le message qu’il a fait passer à Monsieur Casanova, grand faiseur.
Sa position de repli sera romaine. F.M. regrette le pas de clerc qui l’avait fait abandonner la ville éternelle où il resplendissait dans une planque dorée de la République pour les ors fallacieux de la rue de Vallois. Prédestiné par son onctuosité naturelle, son sens du compromis et de l’intrigue, son amour du pourpre, son hérédité présidentielle et surtout, et enfin, une vocation impérieuse, il a déjà entrepris d’assiéger les cardinaux de ses assiduités empressées. Familier des grands hommes, habitué des belles tables, assidu aux bons offices, il croit avoir toutes ses chances. L’ex, prétend-il, lui serait acquis.

jeudi 28 février 2013

ANNONCE MATRIMONIALE


Père, mère, proposent fille à marier. Élevage traditionnel, éducation soignée. Traçabilité de la lignée sur 6 générations authentifiée par généalogiste diplômé. Avantage en espèces à la signature du contrat, en nature garantie d’origine, sans manipulations esthétiques.
Préférence sera donnée à jeune homme ayant : qualités morales haute définition, physiques selon standards contemporains, IMC compris entre 18 et 20, casier judiciaire vierge, libéré obligations universitaires, tempérament monogame.
Maniaco-dépressif, T.O.C., complexe d’Œdipe, végétarien, insomniaque, lombalgique s’abstenir.
Prière de se munir, pour la séance de casting, d’un bilan biologique, sérologique et chromosomique de l’Institut Pasteur (Paris).
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TYPOLOGIE DES AMIS


(suite et fin)

L’AMI DE TRAVAIL


Il fait partie des amis d’occasion, que l’on partage avec beaucoup. C’est une amitié qui peine à s’installer et qui, souvent, n’arrivera jamais. On cohabite durant le temps ouvrable et à l’endroit du travail par politesse, par respect de la paix civile, obligé par l’instinct de survie en milieu hostile. On s’accommode des bizarreries, des mauvaises manières, des habitudes détestables. Avec le recul, de la patience, de l’indifférence, une relation sympathique peut émerger. Les conditions influent beaucoup sur son installation. Elle suppose que des intérêts communs imposent une solidarité de fait.

Quand la survie sur un chantier dépend du regard, de la bonne volonté, de la vigilance des autres, un ami vaut mieux qu’un ennemi. Les chantiers dangereux sont propices à l’amitié comme un champ de bataille, un terrain miné, une mine de charbon, une expédition sur la lune. Dans l’atelier, rivés à la même chaîne, on se serre les coudes ; cette fraternité aide à supporter le bruit, la cadence, la fatigue, l’ennui. Au bureau, l’amitié est moins vitale. On parle de collègue. C’est une défense face aux petits chefs, à la direction. Elle se nourrit de potins, des revendications syndicales, de la galette des rois qui permet d’embrasser la reine, des pots de départ. Le lieu n’est propice à rien d’autre. C’est même beaucoup, tant la hiérarchie, le salaire au mérite, les primes au rendement, les échelons à gravir, les promotions à venir, l’avancement au piston, les dégraissages donnent l’occasion de se haïr, de médire, à jalousie.
L’entreprise est un huis-clos inapte à l’amitié puisque y prospèrent l’ambitieux, l’arriviste, le prêt à tout. On n'y trouve pas sa Boétie, le  partage s’arrête au travail.

L’AMI NUMÉRIQUE


C’est le plus récent, l’ami à la mode. Sans façons, il s’invite dans la conversation, donne son avis sur votre opinion, la corrige, vous rebondissez. Le débat, à peine entamé, tourne court. Vous avez beau relancer, faire l’intéressant, jouer à l’intéressé. Il joue ailleurs. Ce n’est pas grave, il est jetable. La concurrence est redoutable, l’ami numérique nouveau est arrivé. C’est madame Bodin qui me l’a présenté quand, l’autre jour, elle en parlait à son fiston. Comme moi, il ne le connaissait pas. Il faisait le marri tout étonné. Grâce à « Face-de-Bouc », expliqua-t-elle, elle a plein d’amis « round the world », même un grand noir dans une maison blanche. Elle en a beaucoup d’autres. Elle ne les a jamais vus, ne leur a jamais parlé, elle ne sait d’eux que ce qu’ils en disent. On entre, on s’inscrit, le réseau vous accueille et on joue à l’ami. Finie la solitude, bienvenu dans une société virtuelle peuplée de créatures de rêve, débarrassé de toutes les tares viscérales qui rendent si détestables les amis véritables. Quel bonheur de s’afficher sans complexe, sans scrupule pour le plaisir de communiquer, vite, loin, dans un échange si intéressant, si intime qui en dit long sur qui on voudrait être. En résumé, avec l’ami numérique dernier cri, on parle dans le vide, d’une façon qui nous ressemble.

FINAL


Si le terme d’ami était réservé au véritable, il serait si peu usité qu’on en aurait perdu l’usage. Pourtant il est devenu une relation courante, une imitation acceptable. Ce genre d’ersatz suffit à ceux qui préfèrent le nescafé à l’arabica fraîchement torréfié. Faute de goût et d’ambition ils s’en contentent, heureux d’entrer dans une famille qu’ils n’ont connue qu’éclatée, décomposée. Ce sont des amis de papier, des consommables vite périmés. On ne parlera donc pas des amis d’un jour, des amis d’amis, de voyage et de tous les faux-amis qui sont l’essentiel de la compagnie. Un seul est à retenir. Il mérite l’admiration pour son abnégation : l’ami de toujours. Sa fidélité est touchante, proche de la sainteté. Il connaît si bien son ami, que seul un masochisme larvé explique sa présence constante. Priez pour qu’il ne guérisse pas, vous le perdriez.
Les vrais amis n’ont pas à se chercher, ne s’oublient pas. Ils s’inquiètent, questionnent, demandent. Ils n’attendent pas le premier de l’an, l’anniversaire pour exister.
L’amitié est un sentiment qui ne se contente pas d’être sincère, fidèle, intermittent. À l’égal de liberté, égalité, fraternité, fidélité, loyauté, générosité, honnetêté, l’amitié est une valeur si relevée qu’on en parle sans y croire.

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