LIVRE I
Le dernier dogme
Chaque époque croit avoir terminé une partie de l'histoire du monde. Elle regarde les siècles passés avec une indulgence amusée. Nous sourions de ceux qui voyaient la Terre immobile, les espèces immuables, le temps absolu
Chaque génération découvre les erreurs de la précédente. Puis elle transforme ses propres certitudes en vérités définitives.
L'histoire nous enseigne pourtant une leçon d'une remarquable simplicité. Aucune évidence n'est éternelle. Les plus solides ne sont pas celles qui résistent le mieux. Ce sont souvent celles que l'on cesse de regarder. Elles deviennent si familières qu'elles échappent à la critique. Elles ne sont plus démontrées. Elles sont simplement admises, enseignées, transmises et deviennent invisibles.
La science progresse rarement en ajoutant des réponses mais lorsqu'une question nouvelle rend une ancienne certitude insuffisante.
Il existe cependant une évidence qui semblait avoir échappé à ce destin. Une évidence si universelle qu'aucune civilisation ne l'avait véritablement contestée. Tout ce qui naît grandit. Tout ce qui grandit vieillit. Tout ce qui vieillit finit par disparaître. Cette idée est devenue si naturelle qu'elle n'était plus une hypothèse. Elle était devenue un paysage. Nous avons construit nos existences autour d'elle. Nos calendriers. Nos carrières. Nos familles. Nos économies. Nos philosophies. Jusqu'à notre manière d'aimer. Le temps n'était plus seulement une mesure.
Il était un verdict. Nous avons appris à compter les années. Puis à les redouter. Enfin à leur obéir.
Et si cette obéissance reposait sur une confusion ? Non pas parce que le temps serait une illusion. Mais parce que nous aurions attribué au temps ce qui relevait peut-être d'un autre phénomène.
Toutes les grandes découvertes commencent ainsi: par une hésitation, une question qui paraît d'abord inutile, puis dérangeante, inévitable.
La nôtre tenait en quelques mots. Le vieillissement est-il réellement une loi de la nature ou la conséquence visible d'une perte progressive de cohérence du vivant ?
Nous ne prétendons pas répondre immédiatement à cette question. Nous proposons seulement de la suivre jusqu'au bout.
Car il arrive qu'une idée, même imaginaire, éclaire le réel autrement, qu'une fiction, en poussant une hypothèse jusqu'à son terme, révèle plus ce que sera demain que ce que nous croyions savoir aujourd'hui.
Le livre que vous ouvrez n'est donc ni un traité scientifique, ni un manifeste. C'est une expérience de pensée. Elle n'a qu'une seule ambition. Vous conduire jusqu'à un point où une évidence cessera, peut-être, de l'être.
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