Éplucher un sac de patates était la corvée suprême au service militaire "Untel, corvée de pluches" - aboyait l'adjudant de carrière -. Aujourd'hui, rebelotte et j'en ai 3 kilos à dépiauter à la demande de ma dame. À la velléité de refuser l'invitation succède l'accablement de l'acceptation. Il dure 15 minutes: le temps de prendre le rythme, d'automatiser la succession des gestes et à 25 minutes, le pli est pris, la manœuvre est au point, l'enchaînement parfait, on est entré dans l'habitude. La corvée a cessé d'en être une et, en même temps qu'on pluche, on pense à autre chose. Deux heures plus tard, on a terminé le sac de patates. On est devenu une mécanique commandée par un circuit qui s'est imprimé par la force de la répétition entre le lobe frontal moteur gauche (je suis droitier), les pariétaux, pour la prise tactile en main, le centre visuel situé dans les lobes occipitaux guidant les mouvements. Rien n'échappe à la puissance de l'habitude. Elle fait de nous une machine performante, efficace, autonome et laisse le cerveau libre de penser, de réfléchir, de refaire le monde. Vive les patates, leurs épluchures, gloire et longue vie à l'habitude.
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