Dans les shorts de YouTube, on voit souvent, ces temps-ci, des créatures s'extraire d'une voiture d luxe de dernière génération, devant un palace de Monaco. Jambes interminables, courbes parfaites, calibrées par un spécialiste de la géométrie dans l'espace, en équilbre sur des talons aiguilles vertigineux, l'origine est plus sûrement slave que scandinave avec un visage stylisé selon le canon du moment : lèvres un peu trop pulpeuses, cheveux mi-longs permettant à la main tenant un sac griffé de les discipliner toutes les 45 secondes d'un geste accompagnant le mouvement d'une façon étudiée se voulant suggestive dont on ne sait quoi. Elles se déploient impériales, avancent, royales, avec la démarche apprise durant leurs études de mannequinat, de Dior vétue . Elles attendent qu'un cavalier les rejoigne pour franchir les marches du Palace.
Il peut être l'homme idéal du moment, la quarantaine, grand, déjà un peu empaté, mais bien sapé, sanglé, l'allure gaillarde, un décideur sachant commander. Il est l'exemple type du start-upper qui a vendu sa start-up pour le milliard symbolique à Google et qui se paie une retraite dorée à festoyer, jouer au bacarat, à dépenser sans compter et à se ruiner pour épater la galerie en extase, croit-il.
Si la demoiselle est plus sage, travaille dans le long terme, a de l'ambition et de la cervelle, elle attend que s'extraie du carrosse, son mentor, son pygmalion, son mari, un vieillard ventripotent, qui veut finir en beauté, au bras d'une jeunesse, pour scandaliser ses conseils d'administration, désoler ses familles et pimenter le reste de sa vie.
Ces courtes vidéos sont des tragi-comédies terribles qui montrent, en moins d'une minute, l'état de la socièté, deux mentalités n'ayant rien en commun et faisant semblant de s'accorder. On imagine le présent de ces relations, une mascarade hypocrite faite de mensonges et on devine un avenir de cris, d'injures, d'avocats au travail.
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