Ce qui me rend morose, moi le plus jovial des habitants du canton, ce n'est pas l'ambiance sinistre universelle, les cafardeux chroniques, le climat saharien, l'arthrose, les évènements, les petits grands, mais les départs massifs de tous ces gens qui sont nécessaires au bonheur quotidien que je trouve trois fois par jour dans mon assiete. Figurez-vous que mon boucher, mon boulanger, mon pâtissier, mon caviste et même l'épicier ont baissé leur rideau de fer et affichent une réouverture en septembre. Je qualifie cet abandon de poste de désertion et j'affiche ma désabrobation avec fermeté, hauteur et une rigueur quele droit coutumier m'autorise. Ces gens-là exercent un sacerdose au service du bien communautaire. C'est un devoir sacré qui, en d'autres temps, les rivaient à leur comptoir, dans leur laboratoire. Heureux temps, autres moeurs. Il n'y a plus que moi pour m'insurger, me lever, protester. Comment peuvent-ils cuire au soleil, se trainer dans les embouteillages, s'ennuyer dans une chambre inconfortable et me laisser, au frais, au coin de ma pompe à chaleur inverter qui distille un air frais à 19 degré, obligé de manger des biscottes, du congelé, de boire de l'eau pendant des jours, des semaines. Ma santé, mon moral, mon inspiration est en péril, en danger, en sursie précaire.
Ayez pitié de moi comme j'ai pitié de vous qui partagez mon triste sort. Pétitionnons et exigeons du gouvernement qu'il interdise aux sus-nommés de partir en vacances sans l'avis de la clientèle qui reste sédentaire.
PS: aurais-je la force, le courage, la volonté de survivre à ces privations? Je vous tiens au courant ou, en cas de silence, consultez la rubrique nécro du Figaro....
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