Ce blog est pour le lecteur qui apprécie l'ironie, l'humour, qui est à l'affût de pensées faciles, d'idées saugrenues, d'inventions bidon, de conseils bizarres et qui n'est pas horrifié par le sarcasme, l'irrespect. Il est à éviter pour les conformistes, les dominants, les dominés.


vendredi 20 décembre 2013

LA JUSTE MESURE

Pour résorber le chômage, amorcer la réforme fiscale, assurer l’égalité homme-femme, faire avancer la parité, en finir avec l’esclavage domestique, le président de la République, sur proposition des ministres concernés, a décidé que la femme au foyer percevra le juste salaire de son travail.
Elle qui cuisine, lave, repasse, balaie, nettoie, fait les lits, les courses, s’occupe des enfants gratuitement, sans un remerciement, recevra dorénavant des gages à la juste mesure de son labeur.
Elle joue au quotidien, en permanence, le rôle qu’au 19ème siècle, avaient, dans les riches maisons bourgeoises, la gouvernante, le cuisinier(e), assisté du rôtisseur, du saucier, du pâtissier, aidés de deux ou trois filles d’office. Elle fait la lingère (et la repasseuse), la chambrière et le valet de chambre et, souvent, la bonne d’enfant, la répétitrice, le précepteur. Elle cumule ainsi 13 emplois, en plus d’être la maîtresse de maison.
Et, pendant ce temps-là, monsieur parle, discourt, dicte des lettres qu’il signera plus tard sans même les relire, prend quelques décisions, assiste à des réunions, lit son journal (technique) et se prélasse derrière son bureau en attendant que le temps passe.
Il sera désormais obligé de payer le service rendu par sa femme au foyer. Ce foyer qu’elle entretient, dont elle fait briller les parquets, resplendir l’argenterie et en fait le lieu où l’époux a toutes les aisances, sans fatigue, sans dépenses.
Le travail de la ménagère dans la maison est un travail obligeant à connaître de nombreuses spécialités acquises au prix d’un long et dur apprentissage. Elle a dû acquérir des connaissances hôtelières, maîtriser tous les métiers de bouche : découper un gigot, désosser un lapin, lever les filets, monter les œufs en neige, affiner le fromage, etc. Sur le marché, chez les commerçants, elle doit éviter de se faire gruger. Elle soit savoir reconnaître le poisson frais, débusquer la pomme pourrie, choisir la salade fraîche et ne pas se laisser servir du pain rassis.
Avec cette formation digne de Polytechnique, elle pourrait prétendre à un salaire cumulant tous les métiers qu’elle exerce, comme monsieur Jourdain faisait de la prose, et les gains du conjoint n’y suffiraient pas. Le président, dans sa sagesse, a décidé qu’il sera la moitié du sien afin que chacun soit traité de façon égalitaire. Bercy jubile car avec les prélèvements sociaux, l’impôt sur le salaire de 2 millions de femmes au foyer, le déficit français va passer sous les 1%.
Le ministère de la femme triomphe et madame Belkacem, la passionaria de l’égalité des sexes va entrer dans l’Histoire.
Le ministre du travail quitte sa mine blafarde et se retrouve avec 2 millions de travailleuses supplémentaires.
La ministre de la Santé frotte ses mains soyeuses car le nombre de femmes au foyer sous antidépresseurs va chuter et c’est tout bon pour la S.S.
Nous ne doutons pas que cette grande réforme sera accueillie avec enthousiasme par la moitié de la population appariée, actuellement confinée dans les cuisines. N’ayant plus besoin de l’aumône d’une pension de réversion, avec sa juste retraite, ayant par la force de la loi conquis le droit à un statut social gratifiant lui donnant une place émérite dans la société civile, la femme au foyer, travailleuse oubliée, méprisée, ravalée au rôle d’esclave moderne voit ses mérites récompensés et devient la dernière victoire de la Révolution de 1789.

___________

mardi 17 décembre 2013

L’ÉTUDE DU JOUR

Nous étudierons aujourd’hui l’intelligence versus la bêtise.
Pour quelques uns, l’homme serait devenu intelligent à la suite d’une opération du Saint-Esprit (le surdoué de la Trinité). C’est une légende urbaine et rurale qui perdure depuis longtemps malgré l’absence de compte-rendu de l’intervention. Pour tous les autres et surtout depuis Darwin, c’est l’aboutissement d’une évolution aléatoire, chaotique. Elle a conduit l’amibe initiale - probable fruit du hasard plutôt que de la nécessité - à l’individu d’aujourd’hui. Il y eut quelques étapes qu’il faut mieux oublier. L’intelligence au début en était à ses balbutiements. Elle a appris à l’ancêtre hominidé à grogner puis à articuler, à parler, à écrire, à compter, etc.
Dès que la plénitude de son intelligence lui a été acquise, l’homme (entré très vite en concurrence avec la femme, très douée également) a inauguré le cycle de ses bêtises. Cette confrontation n’a pas cessé et fait sa singularité.
Nous avons, d’un côté, une capacité d’analyser, de déduire, de comprendre, de distinguer le bien du mal, le beau du laid, de rêver, de chanter, d’inventer. De l’autre, une tendance à se battre, à trahir, à haïr, à détruire, à salir, à l’erreur, en un mot, à faire des bêtises. Il faudrait être très intelligent pour expliquer cette dualité et très bête pour ne pas s’en étonner. Nous nous contenterons d’en parler.
Nous n’appellerons pas à l’aide l’IRM fonctionnelle, les neurosciences, la linguistique, la philosophie, etc. Il n’y aura pas non plus l’historique des études menées depuis l’apparition de l’intelligence pour stigmatiser la bêtise. La disparition des documents écrits dans des langues inconnues par les professeurs des civilisations qui n’ont laissé aucune trace ne m’a pas permis de commencer ma réflexion comme je l’aurais souhaité. J’ai résisté à la tentation de créer les documents manquants. Je me bornerai donc à des réflexions éparses et ramassées ici, puisqu’il faut bien finir ce qui  a été commencé. La différence fondamentale est temporelle. L’intelligent est un intermittent de la bêtise alors que celle-ci est permanente et ne fait jamais relâche. Elle est définitive. L’imbécile, le con, l’idiot, le stupide est incurable, tout ce qu’il fait est marqué du sceau de son imbécillité, de sa connerie, de son idiotie, de sa stupidité : il épouse une acariâtre ; choisit un métier qui va disparaître ; achète une décapotable, part en vacances le 1er août. L’intelligence est, elle, inconstante, avec des trous, des absences, des pannes que la bêtise éclaire de toute sa puissance. Au point que, chez certains la bêtise finit par dominer et avoir le dessus.
Napoléon est un exemple caricatural. Il a tous les talents. Son intelligence est supérieure. Il domine ses contemporains. Il est visionnaire. Il commet, pourtant, bêtise sur bêtise. Trop pressé, il voit trop grand, va trop loin, et, misère, il ne sait pas se reposer, digérer, arrêter. Tous les conquérants ont cette folie : Alexandre, Attila, Hitler.
Le philosophe, parangon de l’intelligence transcendantale a des croyances imbéciles, des faiblesses coupables, se fourvoie dans un gouvernement, perd son temps en parlottes, fait des ménages dans les croisières. Le savant, après sa grande découverte, arrête de chercher, de réfléchir, court après les honneurs, les prébendes, les académies et donne son avis dans tous ses domaines d’incompétence.
Le propre de l’intelligence est de douter. La bêtise ignore l’hésitation. Elle fonce, sûre d’elle-même. C’est une raison de sa séduction car ses solutions erronées, ses prétentions abusives, ses idées courtes entraînent l’adhésion des foules imbéciles qui s’y reconnaissent. Elle ne se donne même pas la peine ou l’ennui de combattre d’intelligence. Pourquoi se fatiguerait-elle à débattre puisque tant de grands esprits s’empressent à son service, obséquieux, ravis de mettre leur intelligence à ses pieds. L’histoire ancienne et récente regorge de ces hommes et ces femmes intelligents, traitres à eux-mêmes pour un plat de lentilles. Ils se justifient en feignant de croire qu’ils obtiennent alors les réponses à leurs questions d’hier et que, ne s’en posant plus, ils ont trouvé la sérénité. On est inquiet pour eux car un esprit intelligent ne peut cohabiter avec la bêtise sans souffrir, se mépriser et se détruire.
J’ai gardé pour la fin les deux interrogations que, futé, vous vous aviez en tête : Qui, de l’imbécile ou de l’intelligent est le plus heureux ? Qui est le plus dangereux?
Mais comme la réponse ne fait pas de doute, les questions sont superflues.

_________

jeudi 12 décembre 2013

LES EXCUSES DU JOUR

Les éditions Galimarion refusent de publier mon travail. Vous ne pourrez donc pas vous offrir, en cadeau de fin d’année, le livre utile, capable de rendre service, d’éclairer l’avenir.
Ce ne fut pas un travail facile. Je l’ai mené avec rigueur et vigueur, n’épargnant aucun sacrifice, faisant les efforts nécessaires, me confrontant aux expériences les plus éprouvantes :
-      un stage de 6 mois comme brancardier dans un service d’urgence à l’AP ;
-      un remplacement de veilleur de nuit dans une maison de retraite, au 5ème étage. Il est appelé, par le personnel, « le mouroir »;
-      un bénévolat pour secouriste lors d’un tremblement de terre en Transbiélokystan ;
-      un reportage de 15 jours avec une équipe de pompiers désincarcérateurs sur l’autoroute A33 ;
-      un emploi d’agent de sécurité pendant un mois dans un service d’urgence d’un hôpital de banlieue ;
-      une simulation d’infarctus pour être hospitalisé dans un service de soins intensifs en cardiologie.
Il y eut beaucoup d’autres expériences sur le terrain, chaque fois qu’il est propice à des situations pouvant devenir rapidement hors contrôle.
L’enquête m’obligea à lire beaucoup, à visiter des centres spécialisés, à recueillir des témoignages de rescapés d’un crash d’un avion de ligne, d’une avalanche, d’un tsunami, d’un EMI.
Il y eut aussi 2 rencontres impressionnantes. L’une avec un médecin belge spécialiste de l’euthanasie à domicile, l’autre avec une équipe suisse s’occupant aussi de faciliter le dernier voyage dans une clinique réputée. Ils m’autorisèrent à assister à leurs interventions. Leur intelligence, leur humanité, leur clairvoyance, leur courage, leur sagesse me laissèrent une impression qui n’est pas près de s’éteindre.
Après plusieurs années d’effort, le matériel était réuni et je me suis attelé à la rédaction. Un an d’écriture et j’en avais fini. J’avais trouvé un titre alléchant :! « Les mille et une morts ». Je le préférai, finalement, à ce qui fut un moment mon premier choix « Comment vous allez mourir ». Trop direct, trop brutal, il risquait d’heurter la sensibilité de ceux qui conservent, malgré le développement bienheureux des soins palliatifs et le concernement enfin éclairé du personnel soignant pour la fin de vie, une appréhension légitime pour le dernier évènement de leur vie et qui préfèrent faire semblant d’oublier qu’il arrivera.
Vous avez compris que mon ambition était de combler une lacune et d’apporter – enfin – la lumière sur la manière dont nous vivrons nos derniers instants. Notre société est trop lâche, trop hypocrite, trop peureuse pour aborder ce problème de façon ouverte, franche, sans complexe ni tabou et surtout sans peur.
Je ne laisse rien dans l’ombre, je détaille les symptômes de chaque pathologie et son évolution jusqu’au terme. Je décris les états physiques, le mental, les douleurs associées, les effets positifs et négatifs des traitements et enfin et surtout je ne laisse aucune ombre sur les 5 dernières minutes. C’est là que le suspens est à son comble, quand le rideau va tomber, que les lumières s’éteignent et que l’éternité va commencer.
Le moment est unique, le plus important de la vie. C’est en le connaissant qu’on le supportera au mieux car il ne surprendra pas.
Ce livre, qui ne paraîtra pas, aurait apporté de précieux renseignements aux esprits curieux, à ceux qui n’aiment pas l’imprévu et savent qu’un voyage est d’autant meilleur qu’il a été bien préparé.
Enfin et surtout, il aurait eu un effet préventif. La description réaliste des morts brutales, sauvages, subites et qui fauchent sans prévenir aurait pu éviter – peut-être – les dépassements de vitesse, l’alcool au volant, des faux exploits sportifs et mortels, des voyages lointains inutiles, dans des pays instables, sur des avions pourris, dans des endroits où l’on reçoit des balles perdues, où l’on est kidnappé puis exécuté, où l’on attrape des sales maladie dont on ne guérit pas.
Sachant quel genre de fin procure un cancer du poumon, une insuffisance respiratoire, le fumeur y aurait trouvé sans doute des raisons d’arrêter de s’intoxiquer. Le buveur qui boit sans modération, après avoir assisté par procuration à la mort d’un cirrhotique dans le coma hépatique, serait enclin à mettre de l’eau dans son vin. L’hypertendu observerait mieux son traitement s’il apprenait comment meurt un hypertendu qui se néglige. L’obèse se donnerait des raisons pour mieux manger et ne pas risquer de devenir diabétique s’il savait comment le diabète se complique et fait mourir, etc.  
Toutes mes excuses pour vous avoir mis l’eau à la bouche alors qu’il n’y aura rien à boire.
________

LE CONSEIL DU JOUR

La colère est mauvaise conseillère. Les individus coléreux sont donc particulièrement dangereux. Combien de décisions imbéciles, d’erreurs incroyables, de catastrophes inexplicables ont-elles été prises sous son emprise et expliquent :
-      Que le président a dissous le Parlement, donné l’ordre, déclaré la guerre ;
-      Que le conducteur a accéléré ;
-      Que le policier a tiré ;
-      Que le juge a condamné l’innocent ;
-      Que ce fut le coup de trop, le mot de trop.
N’est-il pas urgent de demander à l’Institut Pasteur de mettre au point un vaccin contre la colère?

________

mardi 10 décembre 2013

LE FAIT DU JOUR

Le temps passe, la roue tourne, l’argent file, l’eau coule, la terre ferme, la pluie tombe, le feu couve et vous n’arrêtez pas.

__________

LE CONSEIL DU JOUR

Tous les fous qui souffrent d’un complexe de supériorité ne sont pas dangereux. Certains font rire, comme le petit con qui se prend pour un grand homme. D’autres sont inquiétants, comme le directeur de conscience qui se fait inquisiteur, l’empereur qui se proclame fils de dieu ou le moustachu qui se veut le petit père du peuple. Une catégorie se croit dotée d’une perspicacité transcendantale qui la doterait de qualités étonnantes. Ils discerneraient le sens caché du silence entre deux mots, comprendraient le double langage des gestes et des mimiques, connaîtraient le message des rêves. Ils interprètent l’hésitation, la répétition, le bégaiement, le lapsus. Ils ont découvert l’agencement de l’esprit, ils savent pourquoi et comment se construit la pensée et s’organisent les idées.
Si vous voulez garder votre intégrité, préserver votre santé, fuyez ces philosophes psychanalystes autoproclamés. Parents infantiles se prenant pour des sages, ils se veulent des chirurgiens de l’âme. Ils la videront de ses trésors et la rempliront de leurs prétentions, eux qui se disent capables de sonder l’insondable, de comprendre l’incompréhensible et d’expliquer l’inexplicable.


__________

lundi 9 décembre 2013

LE LIVRE DE VOS NUITS NOIRES

Steve Kong, l’auteur le plus prolifique, le plus lu de la galaxie, vient de frapper non pas tant l’imagination de ses milliards de fanatiques que leur cœur, leur rate, leur estomac et, surtout, leur système limbique, au profond du cerveau, centre de l’émotion et de la peur.
Les autres distillent une aimable anxiété, lui, il transfuse une horrible angoisse, dès la première ligne de la première page.
Avec la suite - 20 ans après - de son best-seller le plus horrifique, vendu à 2 milliards d’exemplaires, il vient de provoquer la panique à tous les étages des cliniques psychiatriques.
Les personnages démoniaques pris au piège d’une intrigue diabolique se débattent dans un suspens infernal que les lecteurs ne peuvent supporter. Ils se refugient dans la catatonie, la narcolepsie, les drogues dures, la fuite en avant, la descente aux enfers. Ils sont bons pour la camisole de force, la cure de sommeil, les électrochocs. Les plus touchés en finissent au 2ème chapitre, le plus solides tiennent jusqu’à la fin mais, dans un état, qui fait du marathon une promenade de santé. Pour moi, Steve Kong est à Stephen King ce que le cobra est au lombric.

__________

 

dimanche 8 décembre 2013

LE CARPIN

Le mariage de la carpe et du lapin donne un hybride sol-eau appelé carpin.
Il galope entre deux eaux et frétille dans le pré. Il se chasse au chien d’arrêt ou se pêche à l’asticot ; se cuit au court bouillon, se rôtit à la broche, se sert en matelote, en gibelotte.
Avec sa belle fourrure et son absence d’arêtes, l’ami des bêtes aime le caresser et le gourmand le déguster.

____________

samedi 7 décembre 2013

INOUBLIABLE


Surgie d’un futur improbable, la cause inconnue provoqua des effets si terribles que leurs conséquences déclenchèrent à leur tour, mais dans un ordre qu’aucune raison - si dérangée fût-elle - n’eût pu y trouver une cohérence logique, un chaos indescriptible, qui dépassait l’imaginable.
 
La fin, imprévisible, avec un retournement aussi délirant que l’action depuis son début, sonne le spectateur éberlué. Plus tard, il se demande s’il a rêvé, vécu un cauchemar onirique ou une expérience extrasensorielle.
 
Aucun film n’aurait donné de telles sensations, laissé de telles impressions. Seule une représentation théâtrale, avec la présence charnelle, la confrontation directe avec la réalité des décors, du bruit, des odeurs pouvait créer une magie aussi crédible.
 
Merci à la superbe troupe de la Comédie de France de nous avoir offert cette tragi-comédie en 5 actes et en alexandrins. La force des vers, la fougue des acteurs, la subtilité de l’allégorie, la beauté de la mise en scène sont au service d’un auteur inconnu et qui veut le rester. S’il continue, il fera de l’ombre à Shakespeare et oublier nos classiques. Inoubliable, vraiment.

_________

 

LE CONTE DU SAMEDI

Je viens de vivre une première qui fera date. Enfin un service public s’engage dans la lutte contre le réchauffement planétaire. - Un aparté : est-on sûr qu’il n’est pas interplanétaire, intergalactique voire cosmique ? Sans que je leur en parle, les américains préparent un débarquement sur Mars pour poser quelques thermomètres et en avoir le cœur net.
 
Ainsi donc un mardi matin d’une semaine trépassée, la dernière, je m’étais levé dès matines, poussé par je ne sais quelle urgence ou prémonition. J’ouvre les volets, m’accoude à la croisée - un moment pour poète insomniaque - la campagne dormante s’enveloppait d’une brume vaporeuse qui flouait le relief rugueux de ma devanture champêtre.
 
J’admirai d’un œil endormi cette nature encore morte et, au moment où j’allais refermer la fenêtre pour retourner me coucher, ayant oublié le pourquoi de mon lever précoce, dans un bruissement d’ailes, de claquements de bec, un roucoulis à réveiller le cochon qui sommeille chez qui vous voulez, vint se poser, avec la délicatesse d’un vautour-albatros atterrissant sur un écueil du détroit de Behring, un gentil pigeon voyageur. Il livrait à domicile un pli urgent posté la veille à Maubeuge. C’était le premier essai du nouveau service de Chronopost, inspiré du bon vieux temps de la marine à voile. N’entamant pas les ressources fossiles, le pigeon voyageur est le transporteur idéal avec son émission de CO2 de 0,5 mg aux 100 Km. Silencieux (sauf à l’atterrissage) à peine polluant (et son guano est un excellent engrais), joli à voir, il a tout pour lui. Cerise sur le gâteau, il est à usage unique, le prix du pigeon étant compris dans celui du timbre. Il tombait bien, moi qui tançais mon épouse depuis quelques jours pour qu’elle me prépare un pigeon en croûte de sel. Une spécialité qu’elle  réussit à merveille une fois sur deux et celle-ci, statistiquement, était la bonne.
 
Tout le monde est content :
-       la lettre arrive à bon port ;
-       la planète conserve ses hivers ;
-        la poste supprime le préposé ;
-       le pigeon n’a plus à se soucier d’un retour fatigant ;
-       et moi, et moi, et moi qui profite de tout ça!

___________

jeudi 5 décembre 2013

UNE BATAILLE MAJUSCULE

La guerre d’extermination des petits contre les grands ne finira donc jamais.
L’épisode le plus tragique a été, faut-il le rappeler, l’extermination des dinosaures, au début du tertiaire. Des hypothèses farfelues avaient été émises : changement climatique, chute d’un météorite, etc. En réalité, la responsabilité incombe à une variété de fourmis, les ponéroïdes, prédatrices carnassières qui, un jour de disette, ou, je le crains, par haine jalouse s’attaquèrent aux œufs de nos reptiles géants. Leurs sucs acides dissolvaient la coque de l’œuf et elles transféraient blanc et jaune dans la fourmilière, condamnant à l’extinction en 3000 ans toutes ces bestioles pacifiques et sympathiques qui faisaient l’orgueil et la beauté de la faune de l’époque. Aujourd’hui, sous nos yeux effarés, c’est à la lecture, à la littérature, à la grammaire de notre langue que l’on s’attaque puisqu’un manifeste signé d’un quarteron d’universitaires sectaires et dévoyés vient de réclamer l’éradication de la majuscule et l’utilisation exclusive de la minuscule.
Se déclarant héritiers des sans-culottes, des communards et des soixante-huitards, ils exigent l’abolition de la majuscule, symbole de l’oppression des riches, des capitalistes esclavagistes, des 100 familles milliardaires qui possèdent la France. Il faut en finir, proclament-ils, avec la morgue affichée par la taille de la première lettre du premier mot de la phrase, figure emblématique de la caste dominante. Toutes les têtes qui dépassent doivent être coupées, comme au temps béni de la Révolution de 1789 pour qu’aucune ne puisse se prévaloir d’une supériorité due à son rang.
La pétition a été reçue avec enthousiasme par tous les syndicats d’enseignants. Les étudiants de Normal Sup’ ont défilé rue d’Ulm derrière un drapeau rouge en chantant la carmagnole. L’Académie Française n’arrive pas à fédérer les opposants à cette mise au plus bas niveau. Le président, empêtré dans ses guerres coloniales, débordé par une jacquerie en Petite Bretagne, a réuni en toute hâte une commission sous la houlette d’Attali renforcé de Minc et de BHL pour éviter d’avoir à donner un avis. À côté de ce qui s’annonce, la bataille d’Hernani ressemblera à celle des petits chevaux. Il faudrait, pour que la majuscule résiste à l’offensive, que le père Noël choisisse son camp. Un espoir subsiste selon les résistants au nivellement : qu’il appelle le Saint Esprit au secours, lui qui certainement n’aimerait pas être écrit comme l’esprit de vin et commande aux cavaliers de l’Apocalypse de charger les barricades minuscules.

__________

dimanche 1 décembre 2013

LE PORTRAIT DU JOUR

Vous aimez les idées reçues, lisez les journaux bien pensants, écoutez les discours, les sermons, les homélies, respectez l’ordre établi par la hiérarchie. Vos enfants feront l’école de Guerre, l’école des Hautes Études, l’école du Louvre, Normale Sup’, le grand Séminaire. Ils iront à l’Académie Française, au Conseil de la Magistrature et finiront à la Curie romaine ou au Panthéon. Avant ces temps, le code Napoléon comme cale-pied, la Bible pour oreiller, vous veillez au grain, attentif aux éclats, aux vivats, aux extras.
Si vous êtes tout ça, félicitations, vous venez de vous faire tirer le portrait et tailler un costard.

__________

LE FAIT DU JOUR

Le passé explique le présent. L’Histoire le prouve :
-      Le choix d’une cuvette sans accès explique la défaite de Dien-Bien-Phu ;
-      La faiblesse de Louis XVI, les privilèges et la bêtise de la noblesse et du clergé expliquent la Révolution ;
-      Le choix du Front Populaire de conquérir les congés payés en 1936, alors que Hitler préparait l’Allemagne à conquérir l’Europe, explique la déroute, l’armistice, l’asservissement ;
-      Le refus de travailler, d’évoluer, de critiquer, de réformer explique le déclin, le chômage.
Fort de tant d’exemples, l’avenir devrait être visible et lisible dans notre présent et il devrait être possible de le changer pour éviter les catastrophes à venir. Cela se peut, se fait, mais ailleurs, pas ici. C’est ça l’exception française…
_________

samedi 30 novembre 2013

LA TRISTESSE DU JOUR

Il avait un bon métier, un bon revenu, une belle famille, de beaux enfants, une bonne femme, une belle maison, une belle voiture, une belle santé, un bon sommeil et puis, un jour, une mauvaise pensée, une mauvaise idée et il fit un beau pendu.

________

LE CONSEIL DU JOUR

Vous me dites :
« Quand j’entre, personne ne me voit. Quand je parle, personne ne m’écoute. Quand j’écris, personne ne me lit » et vous me demandez : « Que faire ? ».
Si je vous comprends bien, vous êtes tout sauf formidable et vous en souffrez.
Vous êtes invisible, inaudible, illisible, incolore, insipide, inodore et vous aimeriez crever l’écran, gagner des millions, créer le buzz, faire la une et danser avec les stars. Un escroc vous dirait : « C’est facile : changez d’allure, de discours, de méthode et achetez mon livre ». Moi, je vous dis : changer votre inné et votre acquis est impossible. Au pire,  faites un procès à votre papa ,à votre maman et à votre ego. Au mieux, trouvez une moitié qui vous aime tel(le) que vous n’êtes pas.

_________

UN DESTIN ÉTONNANT

Dans sa jeunesse, il s’enflammait pour un rien. Puis il rêva de brûler les planches. Un jour, dans le feu de l’action, il éclata de rire et partit en fumée.

________

vendredi 29 novembre 2013

LE PORTRAIT DU JOUR


Je sais, vous n’allez pas aimer. Votre discrétion va souffrir. Mais il ne m’est plus possible de me taire. Je le dis, je le proclame  : « Vous êtes formidable » et si vous voulez savoir pourquoi, allez derechef sur le }dico sans queue ni tête~ http://dicosansqueuenitete.blog.fr/2013/11/28/f-comme-formidable-17110327/. Vous y êtes, en gros et au détail à "F comme Formidable" et pas plus tard qu’hier.
_________

lundi 25 novembre 2013

NOUVELLES FRAÎCHES DE L’ÉPIDÉMIE

Vous vous demandez, inquiet, que devient l’épidémie. Rassurez-vous, tout est rentré dans l’ordre. Le virus de la vertu n’a pas résisté à l’arrivée de l’hiver. Le froid l’a tué plus sûrement que ne l’aurait fait un vaccin de Pasteur-Sanofi. Le résultat a été aussi spectaculaire que l’avait été l’invasion de la vertu. Le chaos que l’amour, la charité, la bonté, l’honnêteté avaient provoqué s’est résorbé en 24 heures. Les mauvaises habitudes, avec les mauvais sentiments règlent à nouveau la vie sociale, économique, religieuse, familiale, financière, politique. Les prisons ont rouvert leurs portes, la police est sortie de l’oisiveté, les bouchers, charcutiers enlèvent la rouille de leurs couteaux depuis que les abattoirs fonctionnent. Les chasseurs, les pêcheurs ont repris leurs hécatombes. Hollande renvoie une nouvelle force d’intervention pour mater une guerre tribale Les banquiers paradent à nouveau. Les escrocs, les faussaires, les voleurs, les violeurs, les assassins rattrapent le temps perdu et se vengent d’avoir été convertis, malgré eux, un moment. Les producteurs sont contents comme les hôpitaux : les fumeurs, les buveurs, les automobiles fument, boivent, roulent plus que jamais. La terre est redevenue un vrai paradis pour les salauds.

___________

samedi 23 novembre 2013

LA RECETTE DU JOUR

Dans la main droite, vous prenez une baguette de bois souple (noisetier, saule, bambou) ou, encore mieux, un nerf de bœuf, un fouet et vous vous approchez, à pas lents, avec un regard concentré où vous mettez toute la méchanceté (c’est le moment de ne plus cacher qu’elle est le fond caché de votre personnalité secrète) d’un sac que vous avez rempli de ce que vous voulez (sable, sciure, mauvaises herbes). À un mètre environ, vous levez le bras droit et, en vous rappelant les livres de pirate de votre enfance – et que vous lisez encore en cachette – vous commencez à battre le sac. Prenez la bonne cadence pour ne pas vous fatiguer trop vite et frappez avec entrain, puis rage et, enfin, avec la juste colère qui peut s’exprimer, pour la première fois – depuis celle où vos parents vous avaient laissé mariner dans le pipi et le caca tout un après-midi de vos 6 mois.
Pour entretenir votre fureur, rappelez-vous que ce malheureux sac représente tout ce que vous haïssez, tous ceux que vous aimeriez exterminer, étriper, éventrer, gifler, injurier, écraser. Tous ceux qui vous maltraitent, vous exploitent, vous ignorent, vous méprisent, vous injurient par leur silence, leur indifférence. Variez vos coups, leur intensité, en fonction du destinataire. Accentuez-les quand vos pensées sont homicides (chez les pirates, 60 coups de chat à 9 queues provoquaient une issue fatale). Atténuez-les quand vous voulez seulement qu’ils changent d’opinion, de réflexion, de croyance, de politique, soient moins orgueilleux, condescendants, prétentieux, vous laissent parler, vous considèrent, vous admirent, vous augmentent, s’aperçoivent que vous existez. Si cette leçon n’a pas sufi, gare à eux, la prochaine bastonnade sera la dernière.
Quand vous aurez réglé vos comptes, vous vous sentirez libéré, apaisé, délivré. Vous redeviendrez  celui ou celle qu’ils croient que vous êtes et, inconscients de ce qu’ils ont subi, ils pourront faire semblant d’oublier qu’ils ne doivent qu’à votre bonté de ne pas tâter, pour de vrai, de votre bras armé.
P.S. Bien entendu, la recette est valable pour les gauchers, leur main gauche étant aussi vengeresse que la droite pour les droitiers.

__________

mercredi 20 novembre 2013

LE CONSTAT DU JOUR

Tous les vieux ont survécu à leurs erreurs de jeunesse. Tous les jeunes n’auront pas cette chance.

_______