Ce blog est pour le lecteur qui apprécie l'ironie, l'humour, qui est à l'affût de pensées faciles, d'idées saugrenues, d'inventions bidon, de conseils bizarres et qui n'est pas horrifié par le sarcasme, l'irrespect. Il est à éviter pour les conformistes, les dominants, les dominés.


lundi 27 avril 2026

UNE FAUSSE BONNE IDÉE

J'étais en train de savourer un macaron angevin, un gâteau emblématique de la pâtisserie Allard des Ponts-de-Cé, un gros village qui enjambe la Loire, au sortir d' Angers, capital des  ducs d'Anjou et qui s'enorgueillira,  dans les siècles à venir, d'avoir été le berceau de votre serviteur, quand une idée intempestif vint perturber ma méditation ésotéro-philosophico-gustative. Insistante, elle voulait soumettre à ma réflexion critique, bien connue dans le milieu d'où elle vient, la pensée suivante: comment se fait-il que les peuples soient dirigés par des personnes sans qualités, n'ayant que des défauts avec comme moteur l'ambition et qui sont sans volonté, sans courage, sans suite dans les idées, sans imagination, sans culture utile à un chef d'État, qui passeront leur temps à trahir leurs promesses, à mentir, à se tromper, à dépenser, à faire la guerre qui tuera par millions? 

Je continuais sur ma lancée en me demandant, avec une perplexité croissante, comment cela se peut-il alors que, dans le même espace-temps, les citoyens connaissent des hommes et des femmes qui ont les qualités qu'il faudrait à ceux qui gouvernent  puisque, dans l'exercice de leur métier, ils respectent leur devis, font un travail parfait, tiennent les délais. Je pourrais vous donner le nom de plombiers, d'électriciens de carreleurs, de couvreurs, de plâtriers, de menuisiers qui font un travail parfait, dont l'honnêteté n'est pas discutable, dont la probité est exemplaire et qui ne seront jamais accusés de corruption, de conflits d'intérêt, de trahison?

Mon étonnement,  que vous partagez certainement, est encore augmenté par la question suivante: quel rapport lie la gâteau en train d'être mangé avec une délectation qui a peu d'équivalent avouable et une pensée de l'acabit ci-dessus, fort peu appétissante, dégoutante et attristante. Insistante, elle s'accrochait à l'esprit au point de me distraire de la mastication du macaron enrobé de crème au beurre coincée dans de la meringue italienne ou suisse avec une interrogation qui se demandait pourquoi on ne va pas chercher le personnel qualifié dans ce milieu artisanal aux hautes performances ou, si on veut éclater tous les records en mettant aux commandes, non des artisans dont le côté tâcheron peut rebuter mais des artistes au sommet de leur art. Ils ne sont pas légion mais en nombre suffisant pour que l'on ait le choix entre un pianiste surdoué, un peintre qui ferait de l'ombre à Picasso, un sculpteur égal de Praxitèle et de Rodin ou un écrivain dont la forme est mozartienne et le fond hugolien. Leurs vertus mises à son service sortiraient la France de l'ornière et la catapulteraient au firmament de l'art et la science politique. 

PS 1: la raison et la sagesse étant exclues du champ politique suite à une décision arbitraire, elle recrute ses impétrants chez les fonctionnaires, les avocats, les banquiers, les commis de conseils d'administration, les laissés pour compte de la société civile et militaire qui  se sont infiltrés dans les rouages de l'État pour assurer leurs arrières, rembourser des dettes à son dépens, obéir à des commanditaires, l'empêcher d'avancer pour complaire à une idéologie ou à une lubie. 

PS 2: rien n'est plus affligeant qu'après avoir développé une idée que l'on voyait grande, belle, avec un fond et une forme parfaite, on s'aperçoive, à la réflexion, qu'elle était mauvaise. C'est ce qui m'est arrivé à l'instant. Je dois donc démolir ma démonstration qui n'était que mensonges et inanité. En effet, je n'avais pas tenu compte du poison mortel qu'est le pouvoir sur l'intelligence, la raison, la sagesse de la personnalité la plus vertueuse. Il monte à la tête et transforme l'être le plus aimable, pacifique, tolérant, père ou  mère admirable, en un dictateur-tyran impitoyable, capable de mettre la terre à feu et à sang pour le garder (le pouvoir). Antonio de Oliveira Salazar brillant professeur d'économie politique illustre cette fatalité. Les militaires l'appellent pour remettre les finances en état. Il opère le rétablissement, devient premier ministre et le restera 36 ans, chef d'une dictature avec censure, bâillonnement de l'opposition, police secrète, répression, pauvreté obligeant les portugais à une émigration massive. 

PS 3: il faut en conclure que la première place, le sommet, la présidence conduisent de façon inévitable à l'excès, à l'outre mesure, à l'intolérance. Cela se vérifie chaque fois et se voit dans la plus petite des associations, la mairie du moindre des villages, à la direction du groupe automobile le plus gros, à la tête de l'État le plus puissant du monde. Le résultat est toujours catastrophique et se termine dans les larmes et la désolation. Pour s'en prémunir une seule solution: la tournante avec un temps aux manettes n'excédant pas 3 mois, juste celui de prendre les décisions qu'il fallait et ne pas avoir le loisir de prendre goût aux sortilèges de l'endroit  au point de ne plus vouloir le quitter.

Ps 3: oui, mais là encore, objection, votre Honneur. On tombe de Charybde en Scylla, car la décision doit être suivie d'une exécution. Toute mobilisation demande du temps, de la patience, de la surveillance. Déléguer ce soin au suivant aboutit au néant. 

En conclusion, il n' y a aucune solution parfaite, chacun doit continuer de faire ce qu'il veut et jamais la politique française n'aura la qualité du macaron angevin.

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