Ce blog est pour le lecteur qui apprécie l'ironie, l'humour, qui est à l'affût de pensées faciles, d'idées saugrenues, d'inventions bidon, de conseils bizarres et qui n'est pas horrifié par le sarcasme, l'irrespect. Il est à éviter pour les conformistes, les dominants, les dominés.


samedi 18 juillet 2026

ÉCRIVAINS

Le métier d'écrivain n'est pas sans risques. Il n'est peut-être pas aussi dangereux que celui du laveur des vitres d'un gratte-ciel, de sicaire à Medellin, de stuntman à Hollywood mais mon expérience de thérapeute dans le milieu m'en  a appris ses dangers On a les classiques  avec :

- la crampe de l'écrivain si  fréquente antan. Très douloureuse, elle est devenue anecdotique depuis l'abandon de la pointe Bic pour le clavier, les muscles de la main étant peu sollicités ;

- la fatigue oculaire et une cervicalgie tenace sont souvent à déplorer. Elles sont secondaires à une trop longue exposition à l'écran et à la position assise défectueuse. La médecine moderne en vient facilement à bout puisqu'il suffit de verres de lunette adaptés et d'un redressement de la colonne vertébrale. Une kinésithérapie de qualité aidera à solutionner le deuxième problème fréquent chez les écrivains ayant dépassé la soixantaine ;

- les écrivains actuels imitent rarement Honoré de Balzac qui, pour écrire quasiment 24 heures sur 24 consommait des litres de café. Tout le monde ne supporte pas son alcaloïde (caféine ) qui peut provoqué une tachycardie invalidante le temps qu'elle dure. Un cardiologue qualifié la réduira rapidement. Un déca de qualité, en cas d'addiction rend service en supprimant la molécule toxique.

Il y a trois  dangers  inhérents à la profession dont on ne parle jamais dans les ateliers d'écriture. Il faut les connaître avant de l'embrasser (c'est son côté pire).


Le premier est la panne d'inspiration. Elle survient sans prévenir et frappe sans discernement. Brutale, frontale, l'écrivain sidéré contemple la page  blanche, hébété, incapable de la noircir comme il faisait juste avant qu'elle n'arrive inopinément. Une petite inquiétude s'installe. Au bout de 15 minutes, elle devient grande. L'imagination qui lui dictait les dialogues, la progression de l'intrigue aussi facilement qu'il respire, ne répond plus aux sollicitations de plus en plus pressantes. Si la nuit n'a pas rechargé les batteries, que la panne est toujours là, la panique s'installe avec des interrogations du genre: comment vais-je terminer le bouquin si je ne sais pas ce que devient mon héros qui était dans la tourmente? Que vais-je dire à l'éditeur qui attend le manuscrit depuis 6 mois et menace de me demander le remboursement de mon avance sur tirage? Si, un mois plus tard, la situation est figée, l'inspiration n'est pas revenue, un état dépressif peut s'installer, passer à la chronicité. Vous connaissez la suite éventuelle, bonjour les dégâts possibles!!!§

La deuxième est l'accusation de plagiat. Elle est grave car porte une atteinte difficile à effacer et porteuse d'un opprobre qui ternit durablement la réputation et l'honneur du malheureux écrivain accusé, à tort ou à raison d'avoir piqué des phrases, des chapitres à un confrère vivant ou mort mais dont l'œuvre est encore dans le domaine publique et protégée ou non par un copyright. Le méfait est parfois évident quant la fidélité au texte incriminé est parfaite. Il peut s'agir d'une copie approximative et l'avocat de la défense aura un travail plus facile. Pour moi, le vrai plagiat n'existe pas et n'est qu'une manifestation du pouvoir de la mémoire profonde. Quand des mots, des phrases ont eu un écho puissant, ils s'inscrivent dans l'inconscience sans que l'on en est conscience. Le jour qui peut être lointain où le hasard fait que le besoin du chapitre en cours est en stock dans le souvenir, prêt à l'emploi, l'inspiration s'en saisit et le couche sur le papier sans savoir qu'il est devenu un plagiaire. L'écrivain n'est pas un voleur. S'il l'était, il aurait fait un autre métier. Vous  connaissez lesquels.

Le troisième danger fait de l'écriture un sacerdoce, un métier réservé aux hommes et femmes désintéressés, pour qui l'argent n'est pas une fin ni un problème. Ils doivent savoir qu'il y a beaucoup de malchance pour que son livre n'ait pas de lecteurs. Deux phénomènes concourent à cet état désastreux:  de plus en plus de livres sont  sur les étals des librairies  et de moins en moins de lecteurs désireux de lire en raison de l'augmentation de l'analphabétisme et de la concurrence des écrans. La déception d'avoir tant travaillé pour rien peut conduire aussi à la dépression et à ses complications.

En résumé, l'écrivain est exposé à des dangers véniels facilement évitables  et à trois dangers potentiellement mortels qui en font un métier réservé à des âmes  intrépides, indifférentes à la calomnie, ne craignant pas de subir des reproches infondés. Une fortune personnelle venue d'ailleurs est la bienvenue pour écrire en paix sans souci du lendemain de la parution.

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