Penser, réfléchir, cogiter sont les qualités que seule l'espèce humaine peut revendiquer. Ses fonctions transcendantaless font sa fierté, fondent son orgueil et expliquent qu'elle se place au sommet de l'évolution. Seul Dieu et sa toute puissance éternelle et infinie le dépasse dans toutes les directions. Cependant, quand on examine de plus près l'activité humaine, on est forcé de constater que, dans la réalité, elle n'est pas consacrée à écrire des livres de pensées comme Marc-Aurèle et Pascal, à philosopher comme Kant et Shoppenhauer, à faire des sermons, à tenir des discours ou, plus souvent, des conversations de comptoirs de bistot et des bavardages incolores et inodores. L'essentiel des préoccupations de son esprit et du temps disponible de son cerveau, avant même celui dépensé à regarder les publicités de la télévision, est de manger, à l'instar de de la faune terrestre, aquatique et aérienne. Elle s'en distingue cependant par une particularité remarquable: son obsession.
Les autres espèces mangent à leur faim et, quand elle est calmée, pensent à autre chose: dorment, observent, voyagent. L'homme et la femme, eux, sont obsédés par la nourriture: ils l'accumulent dans des garde-mangers, des congélateurs, des caves; des réfrigérateurs, la mettent en conserves, en réserve. Ils passent le plus clair de leur temps libre dans les marchés, les épiceries, les boucheries, les charcuteries, les boulangeries, les pâtisseries, les rayons nourriciers des supermarchés. Ils travaillent ensuite en cuisine pour transformer la matière première en bonne à digérer. D'autres préfèrent aller au restaurant et gaspiller des heures à parler de boustiffaille. Manger est une obsession, l'objet le plus chéri de toutes leurs passions. Ils la font passer avant même leur santé et se la pourisse à coups de fourchettes et de mastications. L'obésité est même devenue la dernière manifestation de son évolution.
Notre conclusion en découle avec le constat implacable suivant; un homme de 140 kilos a un cerveau qui ne représente qu'un pour cent du poids de son corps alors que chez celui qui ne pèse que 70 kilos, il est le double. La différence est relative mais significative puisqu'elle manifeste crûment l'importance qu'a pris le besoin de manger sur celui de réfléchir. Du temps de Pascal, l'homme était un roseau pensant, aujourd'hui, il dirait qu'il est un baobab pensant.
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