Améliorer ses performances sportives donne de grandes satisfactions. Elles récompensent des heures d'entraînement, de la fatigue, des efforts, fait oublier les échecs, donnent les forces pour continuer, progresser. Le corps aussi se transforme, au diapason et se voir dans la glace, avec un ventre plat et des abdominaux bien dessinés, des pectoraux qui saillent, des dorsaux qui sculptent, des quadriceps, des jumeaux, des biceps, des triceps, des deltoïdes, des trapèzes fiers de se montrer, on est content même si c'est bêtement. Le corps rend au centuple le soin et l'amour qu'on lui porte.
Le cerveau, le mien tout au moins, est décevant. J'ai eu beau multiplier les efforts pour apprendre l'anglais, l'espagnol, le chinois, augmenter ma mémoire, passer des heures sur des problèmes de mathématiques élémentaires, essayer de lire Kant, aimer Rimbaud et Baudelaire, ne pas m'ennuyer avec Proust et Péguy, je n'arrive à rien. Mes échecs sont pathétiques. Il refuse de se mettre à mon service et que je devienne polyglotte, philosophe, matheux, que j'apprécie la belle littérature, la grande poésie. Je ne suis pourtant pas exigeant et me contenterais de baragouiner, de philosopher, de lire entre les lignes. Mauvaise volonté, défiance, mépris, paresse, je ne sais, constate. Il me veut sans doute idiot. Ses ordres viennent d'où???
Je me console en soulevant des poids, en tirant à l'arc, en bichonnant mes muscles, en affutant ma technique pour rendre honteux mon misérable cerveau, ce pelé, ce galeux, ce tondu qui ne me veut pas du bien sous le prétexte que je ne comprends rien.
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