Ce blog est pour le lecteur qui apprécie l'ironie, l'humour, qui est à l'affût de pensées faciles, d'idées saugrenues, d'inventions bidon, de conseils bizarres et qui n'est pas horrifié par le sarcasme, l'irrespect. Il est à éviter pour les conformistes, les dominants, les dominés.


mercredi 27 mai 2026

ENTENDU AU TRIBUNAL DES AFFAIRES PEU COURANTES

Monsieur le président, les assesseurs, ladies and gentlemen du jury, mes respects, mes hommages. 

En déclaration préliminaire, je préciserai, n'en déplaise à la cour, que je suis aujourd'hui, à la barre, à mon corps défendant, contre mon gré, sur réquisition du préfet de la police judiciaire et commis d'office. Aucun confrère n'a voulu compromettre sa réputation, son honneur, le respect de la profession et de sa famille pour la défense du personnage assis dans  le box de sécurité. Je les comprends car, si dans ma carrière, j'ai souvent plaidé pour des clients indéfendables, me suis battu pour gagner des procès perdus d'avance, je ne m'étais jamais attaqué à une cause aussi détestable, n'avais eu comme client un individu n'ayant que des circonstances aggravantes, pas de remords, de contrition, d'élan de sympathie pour ses victimes, leur familles. Imprudent, impudent, il est fier de ses forfaits, se vante, plastronne. 

Tout le monde connaît ses antécédents, ses professions, son parcours commercial, sa reconversion dans la politique, son ascension, ses élections et le début des pérégrinations. Je n'en rajoute pas et passe aux chefs d'accusation. Ils sont étayés, documentés, certifiés. Je n'en disconviens pas et ne retiendrai,  comme le fait le tribunal, que le mépris de la Constitution, deux tentatives d'abolition des libertés fondamentales, sa menace des Institutions. Son renversement des alliances, la trahison des traités qu'il avait signés, de ses amis, de ses relations, de sa signature, les accusations de crimes de guerre, de complicité génocidaire, de kidnapping d'un chef d'état, d'invasion de pays étranger sans autorisation de l'organisation compétente, de violences extraconjugale sur la personne du chien de la concierge de sa maison de printemps sont autant de délits qui mériteraient  une vigoureuse réprobation et, s'ils ont été écartés du dossier après un accord entre les parties c'est pour une bonne cause: raccourcir la durée des débats pour que tout le monde puisse profiter du long week-end à venir, l'esprit tranquille, délivré des obligations qui nous tiennent présentement occupés.

Passons à l'essentiel et ne perdons pas notre temps en digressions.  Qu'ai- je trouvé dans son enfance et la jurisprudence pour lui épargner la peine capitale, la réclusion dans Alcatraz ressuscitée par ses soins, la relégation dans une ambassade étrangère, que des banalités... J'ai relu mes traités, Perry Mason, interrogé ses ex, écouté ses allocutions, épluché sa feuille d'impôts, espionné son confessionnal, lu les comptes rendus de ses séances de psychanalyse, visité les sites où il s'épanche, rien de probant. La vérité étant indéniable et consensuelle, elle  n'est plus le pivot de l'affaire et le diagnostic est devenu évident. Ce monsieur n'est pas qu'un homme politique, mais aussi un politicien de bas étage, un mari infidèle qui conjugue avec un père modèle, un mauvais président mais un grand joueur de bridge, un menteur, un voleur, un violeur qui cohabite avec un meneur d'hommes, un donateur de l'armée du Salut, un protecteur de l'enfance malheureuse. C'est un double homme habité par deux personnalités que tout oppose. Janus, il a deux faces et n'en montre qu'une, la dominante qui est salace, vicieuse, méchante, impitoyable, déloyale et j'en passe. L'autre se cache, dominée et ne peut exercer sa bonté, sa charité, sa loyauté, sa bienveillance malgré sa bonne volonté. Elle n'est assez forte. Contraint au silence, ce versa ne peut dénoncer le vicieux. Mais, parce que le code de la justice interdit au coupable de s'accuser des crimes qu'il reconnaît avoir commis (ce serait reconnaître le droit au suicide et lui enlèverait sa dimension criminelle), dans sa sagesse, il protège ce bien suprême qui empêche l'humanité de pécher contre elle-même. Ipso facto,  il vous interdit de condamner mon client parce qu'il se glorifie de ses crimes et - secundo - vous ne pouvez punir son autre moi, simple témoin innocent impuissant. 

Président, assesseurs, ladies et gentlemen, vous êtes comme qui n'a pas eu le choix, la loi vous oblige, dicte votre verdict, ne rendez pas l'injustice au nom de la justice. Gardes, enlevez ses chaînes à mon client.

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