La mer marine est le royaume du cerveau droit, le poète, l'hémisphère qui imagine, rêve, transcende. Il aime y plonger par temps calme ou dans un tumulte tempétueux pour batifoler avec d'adorables dorades, cheminer avec un requin-pèlerin, se faire caresser par une tentacule impudente, onduler entre les algues des Sargasses. Il s'y noie avec délice.
La mer maritime est le domaine de l'administratif. Elle est régie par des fonctionnaires obsédés, comme lui, par un besoin tatillon d'inspection et d'inscription. Ils la surveillent par des postes de douanes, transforment ses rivages en frontières, mettent des péages au milieu des estuaires, multiplient les règlements, interdisent les baignades sous le prétexte du risque de noyade, de surfer, de régater. Ils ne font rien cependant pour empêcher la pollution, le génocide des poissons, des homards et des crevettes grises et roses par la pêche intensive, l'installation de monstres éoliens. Cette mer est devenue indigne par une faute qui n'est pas la sienne mais celle de ceux qui ont mis leur hémisphère gauche au service du vice qui fait l'infortune de la mer marine.
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