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vendredi 27 mars 2026

LES BONNES RAISONS DE L'IRAN

Il y a  presque 20 ans, sur un blog où je m'activais, j'avais  posté cette réflexion sur les bonnes raisons qu'avait l'Iran de se doter de l'arme nucléaire pour assurer sa tranquillité. L'actualité remet tragiquement sa pertinence en lumière. Un Iran avec la bombe atomique n'aurait-t-il pas la même tranquillité que la Corée du Nord face à l'imperium américain?
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Le débat actuel sur la défense faite à l’Iran de poursuivre son effort sur le nucléaire militaire mérite de sortir du manichéisme dans lequel il s’enlise. 

Essayer de comprendre les raisons de la détermination iranienne et son refus de se plier à l’injonction devrait être un simple exercice de logique politique et permettre un vrai dialogue en plaçant les interlocuteurs sur un pied d’égalité.  

Leur détermination s’explique facilement et ne devrait choquer aucun de ceux qui cherchent à les convaincre d’y renoncer, la France en particulier.

Même si l’ambition de l’Iran dans ce domaine est ancienne et est un héritage du Shah, la situation actuelle cumule toutes les raisons pour décupler leur effort. La plus importante est la position adoptée par les Etats-Unis à l’égard de ce pays. 

L’hostilité américaine n’est pas nouvelle mais se trouve exacerbée par leur présence dans l’enfer irakien et leur recherche désespérée pour en imputer la responsabilité à d’autres qu’eux-mêmes.  

Les iraniens sont idéalement positionnés. A ces soupçons de connivence avec l’opposition chiite se surajoute opportunément le problème du désir iranien de se doter de l’arme atomique.  La crainte qu’un pays, considéré comme potentiellement terroriste, puisse de doter d’une telle arme explique leur opiniâtreté car les États-Unis se sentent menacés par un tel régime qui n’accepte pas de reconnaître leur droit à disposer des autres.  

Une telle politique ne peut que produire l’effet inverse de celui recherché.  L’attitude américaine et celle de ceux qui veulent par la diplomatie parvenir à la même renonciation stimulent les iraniens et les renforcent dans leur volonté à poursuivre leur effort nucléaire militaire.  

Il est impossible de ne pas comprendre que la non-reconnaissance par les américains du caractère démocratique du régime iranien, la planification d’un envahissement du pays et la suspicion de terrorisme ont des effets passionnels sur le nationalisme d’un peuple fier de son passé et de sa culture.  

La menace américaine d’intervention ne peut également que faire regretter aux iraniens de ne pas s’être déjà procurés la bombe. Ils auraient alors acquis le statut de pays intouchable car doté d’un pouvoir de nuisance capable de faire reculer même le pays le plus puissant du monde. Ils envient peut-être aussi la Corée du Nord en se demandant si la prudence et les atermoiements américains ne tiennent pas à la conviction que les coréens disposant de l’arme nucléaire  n’hésiteraient pas à s’en servir s’ils étaient envahis.  

La certitude que seule la possession d’une telle arme  met à l’abri d’une agression potentielle est, par là, confortée.  La réaction de la société internationale est intéressante.  Il y a peu de voix dissidentes: la société internationale partage dans sa majorité la position des dirigeants américains à propos de l’armement nucléaire iranien. La France elle-même s’aligne, en contradiction avec sa diplomatie sur l’Irak.  

D’un point de vue juridique, une telle unanimité est en parfaite contradiction avec un des principes fondateurs des Nations Unies : le principe de l’égalité des États. L’article 2 paragraphe 1er de la Charte des Nations Unies énonce en effet que « l’Organisation est fondée sur le principe de l’égalité souveraine de tous ses Membres.».  

Ce principe exclut, tant qu’une des menaces énoncées à l’article 1er – et qui justifierait une action collective – n’a pas été constatée, toute forme de pression sur n’importe lequel des Membres des Nations Unies  L’alignement de la société internationale sur les États-Unis lorsqu’ils déterminent leur propre conception de l’illicéité est un coup de plus porté à l’ONU.  

D’un point de vue de logique politique, il est surprenant – paradoxale même – que des pays qui ont estimé nécessaire de se doter d’armes de dissuasion du même type que celles dont veut se doter l’Iran s’indignent aujourd’hui de sa volonté de le faire. Rappelons que la volonté des puissances nucléaires d’aujourd’hui – tels la France ou Royaume-Uni – remonte à la guerre froide. 

Le contexte – du « containment » justifiait que l’on se prémunît d’une menace qui venait de l’Est.  Il est difficile d’affirmer que la situation d’un pays comme l’Iran en 2005, est très différente de celle qui prévalait à cette époque-là. Personne ne peut nier qu’une menace réelle d’envahissement pèse sur lui. La similitude des situations devrait rappeler à la France sa propre histoire.  

Le refus américain de s’interroger sur la légitimité de la position de l’adversaire est traditionnel de tout pouvoir hégémonique.  Plus contestable est leur prétention à s’ériger en exemple vertueux et digne de garantir la paix du monde. Il y a des souvenirs qui font douter de l’aptitude des États-Unis à discerner le bien du mal. Les récents anniversaires de Nagasaki et d’Hiroshima ont permis de rappeler que ce sont les américains qui, pour la première fois, ont utilisé des armes de destruction massive sur des civils, sans pitié ni remords.  

L’exemple de l’Irak illustre la capacité américaine à déclarer la guerre dès lors que leurs intérêts leur semblent menacés, sans se soucier de la position du Conseil de Sécurité.  Aucun dirigeant américain n’a exclu l’utilisation de l’arme atomique contre un pays qui ne la possédait pas et leur panoplie est suffisamment large et riche pour leur permettre d’utiliser des armes atomiques tactiques contre un État qui saurait leur résister en enterrant ses centres de décision politiques ou militaires. 
 
Il est donc impossible de reconnaître aujourd’hui aux États-Unis une quelconque autorité morale pour interdire à un autre État de vouloir se défendre avec les mêmes armes, ou plus précisément de se prémunir d’une attaque américaine en jouant le jeu de la dissuasion. Même affranchis du cadre de la Charte, quelle base juridique les États-Unis peuvent-ils faire valoir pour exiger d’un autre pays qu’il renonce à se procurer, pour se défendre, des moyens analogues à ceux dont eux-mêmes disposent?  

Le problème de la course à l’armement atomique n’est pas moins dramatique pour l’avenir du monde et exige que l’on s’y intéresse autrement qu’en développant une argumentation qui sous-tend des connotations que l’on croyait révolues : celles de peuples intellectuellement et moralement supérieurs face à d’autres inférieurs, irresponsables, dangereux par nature. Son emploi, même implicite ne peut être que source de haine et de colère. 
 
Le seul moyen qui permettrait d’enrayer la prolifération des armes atomiques consisterait à supprimer le problème à son origine. Les puissances nucléaires d’aujourd’hui retrouveraient l’autorité morale qui leur fait défaut si elles consentaient à renoncer à cet armement et détruisaient leur stock. Alors, et seulement alors, elles seraient dans la posture d’exiger des autres pays de cesser de rêver à l’arme atomique. 

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