Les mots et les objets ont deux points communs: des valeurs statiques et dynamiques comparables.
Un mot isolé dans le dictionnaire se distingue par son sens, le nombre de lettres, le son qu'il a quand on le prononce. Il ne dit rien de plus. Sa valeur se réduit à lui-même. L'objet subit le même sort. Posé sur une étagère, mis dans un placard, un tiroir, il est inerte. On sait qu'il existe quand on on le voit. Il ne fait rien, ne sert à rien.
Le mot seul est un sujet qui a besoin d'autres mots qui sont des verbes, des compléments, de prépositions, des adjectifs, des articles. Bien agencés, ils vont former des phrases qui exprimeront une idée. En s'additionnant de façon cohérente, élégante, ils finiront en théorie, en roman et s'empileront dans les feuilles d'un livre. L'objet, lui, est pris en main ou branché sur une prise électrique pour s'animer : le couteau se met à trancher, le tournevis à tourner, la pince à couper, le four, le radiateur à chauffer, le moulin, le ventilateur à tourner, le moteur démarre la voiture roule etc..
Mot et objet ont le même destin tragique : ils servent un moment et disparaissent, emportés par le vent d'une parole en l'air, les livres tombent en poussière, les mécaniques, le matériel s'usent, se détraquent, deviennent une épave. Ont-ils une âme ? Un poète a posé la question, ceux qui prêtent aux pauvres disent oui.
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