L'être humain passe son temps à résoudre des petits problèmes et échoue toute sa vie à trouver la solution du gros que lui pose l'obligation de faire coexister son monde intérieur ave celui dans lequel il est plongé. Il est dans la position d'un ballon jeté dans un torrent: secoué, balloté, il fonce vers l'aval, heurté par mille rochers et éclaterait, fracassé, s'il n'était élastique et rebondissait, surnageant et poursuivant cahin-caha son chemin, au fil du courant. Comme lui, nous sommes une partie de l'ensemble et nous filons, avec d'autres et des troncs d'arbres, des débris, pris dans le même maelstrom pendant qu'en-dessous, des truites et d'autres bestioles s'occupent à leurs affaires, survivent, se reproduisent, ne nous voient pas.
Ce monde qui nous emporte on ne sait où, paraît vouloir notre mal tout en nous supportant. Il nous offre un décor flamboyant qui serait effrayant s'il n'était si beau avec des oiseaux de paradis, des hibiscus, des coccinelles, des roses trémières, du miel, de l'eau, du vin. Nous dégustons ce spectacle de l'intérieur avec des yeux pour le regarder, des oreilles qui l'entendent et l'avalons par la bouche. Il parle à notre imagination, la seule valeur ajoutée qui nous sépare de ceux qui nous environnent et qui ont le même problème. Elle transforme tout et va jusqu'à nous faire croire que ce monde nous appartient, qu'il est à notre service. C'est écrit dans des tables, noir sur blanc dans le Livre, des sages l'ont légalisés et ordonné.
Ainsi conditionné, notre monde intérieur est devenu impérieux, exclusif, égoïste, orgueilleux au point de se prétendre supérieur à l'autre, d'ignorer sa présence, son importance, sa beauté et d'oublier que l'on n'est qu'un passager en transit, un émigré de l'intérieur, un habitant sursitaire et que l'on doit sa tolérance qu'au seul fait de son indifférence au mal qu'on lui fait.
Notre monde est lui aussi très encombré et ses occupants ne sont pas des saints innocents mais des pépères et des mémères pas commodes, pleins de défauts et remplis de vices. Les contrepoisons ne font pas le poids et les quelques qualités renforcées de vertus difficiles à identifier sont dans des positions de défense peu combatives. 2 fois sur 3, il succombe sous l'oppression des tentations. Il doit s'accommoder du reste, un fatras hétéroclite de souvenirs, de connaissances, de regrets, d'envies, de désirs mimétiques refoulés qui l'empêchent de réfléchir intelligemment, d'agir correctement. Pour survivre, il a besoin de médicaments euphorisants, de drogues apaisantes, de rêves fous, d'espoir, d'illusions, de croyances.
Pour son malheur, le monde extérieur ne voit pas, ne connaît pas, ignore tous ces mondes intérieurs et inférieurs qui le colonisent, le calomnient, le polluent, le détruisent. Il a tort car en plus de leurs peaux, ils finiront par avoir la sienne.
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