Ce blog est pour le lecteur qui apprécie l'ironie, l'humour, qui est à l'affût de pensées faciles, d'idées saugrenues, d'inventions bidon, de conseils bizarres et qui n'est pas horrifié par le sarcasme, l'irrespect. Il est à éviter pour les conformistes, les dominants, les dominés.


dimanche 16 juin 2013

LES AVATARS DE L’ADOLESCENCE (8)


Ou l’origine des malheurs du monde


CHAPITRE VIII

 

LES MÉDECINS

 

Ils font partie de cette classe privilégiée qui a vécu une adolescence prolongée, encadrée de structures protectrices. Ils arrivent dans une société où la santé est devenue la préoccupation première. Ils ont acquis de ce fait un pouvoir moral et économique important.
 
L'immense majorité a reçu de sa décennie de confrontation à la souffrance et à la mort, au chevet des malades, des moribonds une leçon qui vaut toutes les initiations. Si cette post-adolescence a eu quelques délices, les nuits de garde, les plaies du corps et de l'âme, leur purulence accélèrent une maturation, enrichissent une personnalité. Le futur médecin emmagasine au fur et à mesure de sa formation une expérience unique, exceptionnelle qui ne peut que l'aider à se connaître lui-même: lui qui a interrogé ses semblables sur leurs peurs, leurs angoisses, leurs anxiétés, leurs obsessions. Ces bilans ne l'exonèrent pas des mêmes problèmes mais l'analyse clinique et psychologique est un gage - non infaillible - de lucidité.
 
Le médecin a donc, plus que quiconque, la possibilité de devenir un adulte. S'il avait gardé quelques illusions de son adolescence, moment où sa vocation s'était manifestée, son exercice se charge de les lui enlever. Il comprend très vite que sa profession n'est pas un conte de fées, que le discours traditionnel, toujours lyrique, qu'employaient les anciens en parlant d'eux-mêmes et de leur métier appartient au passé, s'il n'a pas été rêvé. Il apprend que le rapport singulier qu'il entretiendra avec le malade dont il aura su gagner la confiance par son talent et son dévouement sera une récompense aussi exquise que rare. La mentalité du client a changé, en effet, maintenant que le droit à la santé est une revendication qu'il est sommé d'assurer, lui qui sait la limite de son pouvoir sur la mort et la maladie.
 
Les mêmes cheminements n'ont pas forcément les mêmes aboutissements. La population médicale n'échappe pas à la règle. Certains médecins refusent -consciemment ou inconsciemment - la leçon des épreuves de leur longue initiation. Ils conservent malgré tout une juvénilité qui va les inspirer.
 
Nous ne faisons figurer que pour mémoire dans ce cadre le médecin médiatique. Il est trop rare pour être un archétype. Il ne supporte pas l'exercice discret, obscur. Le sien doit être annoncé, développé avec fracas, publicité et, si cela est nécessaire, en choquant. Le secret professionnel, la déontologie ne sont pas son affaire. Cette exubérance, cette agitation, cette soif de reconnaissance, ce contentement de soi, cet exhibitionnisme ignorent la discrétion, la modestie, l'autocritique. Tous ces aspects autrefois sympathiques chez l'adolescent sont réunis chez ces adultes souvent aux abords de la vieillesse.
 
Deux autres types de médecins posent davantage de problèmes car si leur pourcentage est petit, leur nombre absolu finit par impressionner.
 
Les opportunistes choisissent un chamanisme rémunérateur, exploitent la crédulité, la mode, la désespérance. D'autres, plus classiques mais encore cyniques, feront une médecine ou une chirurgie qui se moquera des règles de prudence et de bon sens en multipliant actes et prescriptions.
 
Ces médecins sans sagesse ni réflexion ont encore l'avidité de leur adolescence dont ils ne finissent pas d'assouvir les envies et d'en faire payer les frustrations à des patients innocents. Leur égoïsme copie leur narcissisme ancien. Ils se vengent des années d'étude, d'effort, de privations pendant lesquelles ils patientaient. L'indépendance et la satiété sont arrivées trop tard.
 
Ils souffrent aussi, comme tous les étudiants prolongés, d'un complexe de supériorité qui ne peut naître et proliférer que chez des esprits immatures qui n'ont pas appris la relativité des choses. Leurs connaissances et leurs diplômes les font se sentir supérieurs, comme l'est l'adolescent à qui la nature vient de donner de nouvelles possibilités intellectuelles et qui méprise ceux qui ne partagent pas ses idées. Ils n'exercent leur esprit critique que sur les autres. Le sacrifice qu'ils estiment avoir fait pour acquérir le diplôme de médecine renforce la bonne opinion qu'ils ont d'eux mêmes. Le tribut financier, moral, vital même qu'ils prélèvent n'est - pensent-ils - que la récompense d'un mérite supérieur.
 
L'actualité de la médecine permet de saisir, malheureusement, d'autres comportements. Ils montrent avec cruauté la profondeur de l'empreinte de l'adolescence et ses répercussions dans l'attitude, les décisions de ceux-là même dont on pouvait espérer que la formation et la vocation allaient mettre à l'abri de telles tentations.
 
Régulièrement, les instances ordinales nationales sont obligées de marteler que les médecins doivent faire preuve d'humanité envers les malades dont ils ont la charge en parlant, en expliquant, en rassurant et en ne se réfugiant pas dans le silence et la fuite. Cela doit être rappelé sur un ton solennel mais le sermon n’est pas entendu puisque rien ne change. Ne pas avoir compris que le médecin n'a pas seulement la mission de poser un diagnostic et d'établir un protocole de traitement mais qu'il doit être aussi attentif a la souffrance morale que provoque la maladie, à l'angoisse qui naît du séjour dans un milieu aussi étranger qu'un hôpital montre combien la rétention des sentiments a perverti la conscience de beaucoup de médecins. Ne pas expliquer un geste souvent douloureux, ne pas dire ce que l'on attend d'un traitement, ne pas prévenir qu'il peut provoquer des effets secondaires pénibles afin de les dédramatiser, cacher à la famille, au patient le risque d'un traitement, d'une opération, ne pas préparer à la mort qui arrive sont autant de façons de fuir une responsabilité, d'éviter d'argumenter une décision, de ne pas respecter le malade et se contenter de faire signer une décharge. Il s'agit là, d'une attitude typique de l'adolescent, plus facilement péremptoire que réfléchi, simplement parce qu'il n'a pas d'expérience et n'a pas suffisamment agi pour connaître le résultat de ces actes. Mais le médecin a, lui, une responsabilité qui engage la vie ou la mort et son silence ou sa parole assombrit ou éclaircit le moral d'un être victime de la maladie. Se comporter en seigneur indifférent est donc une injustice intolérable car la victime n'a pas la capacité physique et psychologique d'exiger ce à quoi elle a droit. Il s'agit d'un refus méprisant que l'on connaît bien chez l'adolescent en crise qui se réfugie dans le silence plutôt que répondre à une question embarrassante ou dont il ne connaît pas la réponse.
 
On connaissait cette façon d'agir mais les adjurations ordinales font craindre qu'il ne s'agisse d'une contagion qui déshumanise encore un peu plus une médecine livrée aux machines et aux techniciens.
 
Le drame du sang contaminé par le virus du sida a été une autre illustration caricaturale. Des médecins spécialistes, titrés, ayant acquis de hautes responsabilités et qui, confrontés à une situation ambiguë, périlleuse, n'ont pas su choisir, Ils ont préféré tergiverser, attendre que d'autres se décident à prendre des décisions plutôt que de s’engager personnellement, clairement et cela pour des raisons hiérarchiques, mesquines, mercenaires sans prendre en compte le risque vital qu'ils faisaient prendre à des enfants qui les honoraient de leur confiance. Depuis, d’autres scandales sanitaires ont prouvé que le comportement irresponsable est structurel et que l’expérience n’apporte aucune sagesse à ceux qui devraient en être imprégnés.
 
La encore, on se trouve en face de personnalités immatures, n'ayant pas compris, même à des âges avancés, où était le bien et le mal. Cette absence de discernement, cette fuite dans l'argutie sont des signes que l'on s'attend à trouver chez un jeune n'ayant pas encore acquis un système de valeurs solides, ne pouvant s'appuyer sur des exemples tirés de ses lectures ou de l'exemple de ses aînés et où se forger une morale qui permet de régler sa vie honorablement.
 
Ces barons de la médecine semblent avoir eu une ligne de conduite centrée sur la course au pouvoir et à l'argent. Il s'agit de leurres que l'on comprend chez un jeune dont les références privilégient la forme au détriment du fond.
 
Cette course ne peut être gagnée que par les plus véloces qui sont nécessairement les plus féroces. Même acculés, on a ainsi vu qu'ils conservaient leur morgue et n'avouaient pas leur irresponsabilité. D'autres milieux souffrent de la même tare.
 

____________

samedi 15 juin 2013

LES AVATARS DE L’ADOLESCENCE (7)

Ou l’origine des malheurs du monde

 

CHAPITRE VII

 

ILLUSTRATIONS

 
Il suffit d'observer les comportements pour se rendre compte que la rétention des sentiments et son commensal le mépris sévissent dans tous les domaines de l'activité humaine.
 
Le cirque, l'opéra, un théâtre, un concert sont autant d'observatoires. Quelle que soit la témérité des acrobates, le courage du dompteur, la grâce de la danseuse, l'humour de l'humoriste, le talent du chanteur, la virtuosité du musicien, la force des comédiens vous verrez autour de vous des dizaines de spectateurs qui n'applaudissent pas. Ils sont secs, guindés, les mains immobiles. Ils sont trop nombreux pour être tous des mélancoliques en permission de sortie. Applaudir est un remerciement, une expression du plaisir ressenti que l'on partage avec les autres. C'est aussi la reconnaissance de la supériorité de l'artiste et du cadeau qu'il vient de nous faire. Implicitement, nos vivats proclament une infériorité dans le domaine où il vient de briller. Nous sommes à nouveau dans la situation que nous avons tellement détestée: celle de l'adolescent inexpérimenté face à un adulte sûr de lui. Le rappel peut être insupportable à certains.
 
La maîtresse de maison s'est affairée toute la journée pour préparer le dîner qu'elle offre ce soir. Elle a choisi des plats exotiques pour surprendre. Le repas est réussi. Quelques Oh!, quelques Ah!, mais surtout une circonspection, une mastication soupçonneuse à l'affût d'une saveur trop étrange pour être honnête, viennent la récompenser bien mal de son travail.
 
Vous avez écrit un livre, publié un article, exposé vos tableaux dans une galerie, gagné un concours, été promu, etc. Imaginez toutes les situations où vous êtes amené à vouloir faire partager votre satisfaction avec l'entourage. Vous espérez l'expression d'une complicité amicale, des félicitations sincères ou une critique qui vous prouvera que le livre a été lu, la peinture regardée, la performance admirée. Votre attente sera déçue. Les réactions, s'il y en a, seront discrètes, timides, parcimonieuses. Elles proviendront plus facilement d'inconnus. La discrétion dont vous vous plaindrez dérive directement de la constipation des sentiments.
 
Offrir un repas, une lecture, une vision, une promotion, un record, c'est vouloir susciter une appréciation flatteuse sur soi-même et faire reconnaître son esprit, son talent par ceux dont on suppose que notre plaisir causera le leur et qu'ils nous en sauront gré. Le calcul est faux.
 
Nous demandons à l'ami ou à la relation un retour gratifiant à une action, un geste. L'intention de l'offrande était de créer de la joie mais surtout l'envie d'être récompensé. Il est bien connu que le cadeau fait surtout plaisir à celui qui le donne. Celui qui reçoit joue le rôle imposé du père auquel l'enfant demande une récompense qu'il estime mériter. La prétention est osée. Combien de fois dans l'enfance - et encore plus souvent dans l'adolescence - n'a-t-il pas été rabroué injustement sans avoir obtenu le signe espéré? Pourquoi faudrait-il aujourd'hui qu'il se montre plus généreux envers un autre? Qu'a-t-il vraiment fait de supérieur à ce qu'il faisait, lui, pour mériter un meilleur sort? Les deux acteurs de ce mini-drame ont donc de bonnes raisons d'être mécontents: l'un parce qu'il n'aura pas reçu la confirmation de son mérite, l'autre parce qu'on a ressuscité des frustrations anciennes l'obligeant à jouer un personnage qu'il a détesté.
 
D'innombrables rancunes familiales s'éternisent, de nombreux conflits professionnels naissent ainsi, parce que le hasard met aux prises deux interlocuteurs dans une scénette qui remet à la mode des usages que l'on aurait espérés oubliés. Ils potentialisent la tension et la rendent disproportionnée pour l'enjeu du moment.
 
Le phénomène n'est pas limité à la vie quotidienne. Il est à l'œuvre dans beaucoup de scénarii de l'actualité internationale où sa responsabilité n'est jamais évoquée. Les stratèges, les commentateurs, les spécialistes lui préfèrent des causes géopolitiques, historiques, raciales, économiques. L'oubli a l'avantage d'éliminer un facteur humain peut-être dérangeant et inopportun à ce niveau de considération. Il détermine à sa façon habituelle un comportement déjà rencontré et qui produit les désastres connus.
 
Si la diffusion du phénomène à la vie quotidienne complique inutilement les relations, gêne la convivialité, sa gravité tient à sa généralisation aux domaines beaucoup plus transcendantaux que sont la politique, la religion, l'urbanisme, la médecine, la paix. Elle le doit à la fatalité - programmée par l'éducation - qui propulse aux postes de décision ceux qui en sont les plus imprégnés car ses valeurs, quoique négatives, s'avèrent les plus aptes à obtenir les commandements dans la cité.
 
____________

vendredi 14 juin 2013

LES AVATARS DE L’ADOLESCENCE (6)

Ou l’origine des malheurs du monde


CHAPITRE VI


LE MÉPRIS



La rétention des sentiments et sa difficulté à communiquer n'est pas la seule scorie de l'adolescence. Le mépris est aussi dans l'héritage.
 
 C'est un sentiment primaire, directement issu de cette période. Il est l'un des moteurs qui gouvernent l'attitude particulière et sous-tendent les rapports humains. Il anime le politicien comme le missionnaire, conditionne l'urbanisme et la politique salariale, explique les guerres.
 
 L'installation du mépris dans la conscience humaine se situe à l'adolescence. L'enfant l'ignorait. Il accepte naturellement la supériorité de l'adulte ou de plus grand que lui, même s'il en souffre. Le mépris qu'il manifeste n'est que l'imitation d'un plus âgé que lui.
 
L'adolescent a acquis les moyens de comparer, raisonner, mesurer, hiérarchiser les valeurs. L'habitude ne le quittera pas. En quête d'identité, il a choisi des modèles, des héros. Il rejette, condamne, ignore et plus souvent méprise ouvertement ceux qui ne pensent pas comme lui, ne partagent pas ses enthousiasmes, ses opinions, ses dégoûts. Le mépris a pris racine.
 
Il ne cessera de prospérer car tout le cursus éducatif conspire en sa faveur. Il n'est qu'une succession d'examens et de concours. Il sélectionne une population qui s'est lentement convaincue - avec la complicité enthousiaste des maîtres et des parents - qu'elle était la meilleure, la plus intelligente. Un complexe de supériorité inévitable s'est donc lentement implanté. Il justifie toutes les ambitions et c'est pourquoi elle gouverne la France. Nous verrons comment elle le manifeste.
 
Le mépris n'est pas l'apanage des bêtes à concours. Il est à la portée et à la mesure des moyens de chacun. Il se déclenche dès l'instant où une supériorité sur l'autre est manifeste. La culture du mépris est donc à l'œuvre partout. La vie sociale, professionnelle, politique le sécrète en permanence et naturellement.
 
Imaginons une entreprise, une société, une administration. Monsieur Dupond, cadre moyen, est nommé cadre supérieur. Il grimpe un échelon dans la hiérarchie. Cette promotion peut être due à l'ancienneté, récompenser une compétence. Quelle qu'en soit la raison, il s'agit d'une distinction qui l'élève au-dessus de ses anciens collègues, restés cadres moyens. L'heureux impétrant ressent cette élévation, ce meilleur salaire comme la juste récompense d'un mérite supérieur. Sa relation avec eux s'en trouve instantanément modifiée, même s'il proteste de sa fidélité à ses ex-compagnons. Mille détails montreront son changement de statut et le changement de comportement des autres le confortera dans sa nouvelle. Il n’appréciera pas ceux qui, à l'opposé, montreront ostensiblement que, pour eux, sa valeur humaine et professionnelle n'a pas subi d'inflation du seul fait de sa promotion. Le rappel du principe de Peter ne le fait pas rire. Le slogan "un chef a toujours raison" n'est pas une boutade. Tous, du plus petit au roi en exercice en sont convaincus car c'est l'ordre des choses qui l'a placé à son rang et comment admettrait-il qu'un inférieur ait un meilleur jugement?
 
Le raisonnement - simpliste mais sans beaucoup d'exceptions - sécrète le mépris des deux partenaires. Le plus dangereux est celui qui a la puissance de la structure qui l'a placé dans sa position dominante. Le mépris de celui qui se sent sous-évalué est moins affiché, mais il est finalement tout aussi pernicieux pour la société, car il s'additionne à celui de tous les collègues qui souffriront de la même impression. Le mépris n’est pas facteur de productivité, de cohésion sociale.
 
L'élection a un poste politique est aussi une promotion sociale et à ce titre un puissant catalyseur de mépris. C'est la raison qui fait que les électeurs sont rarement longtemps satisfaits de leurs élus.
  
Une élection donne à l'heureux élu la preuve multipliée par le nombre de ses électeurs qu'il est meilleur que ceux qui ont été battus. Il acquiert ainsi la conviction que son programme, mais aussi sa personnalité, sa force de conviction, son intelligence, sa séduction ont une qualité tellement exceptionnelle qu'elle a été remarquée.
  
Comment résister à une telle caresser ? Le sentiment est, bien entendu, proportionnel à l'importance de l'élection. L'euphorie du conseiller général élu dans un obscur canton avec quelques voix de majorité ne pourra être comparée à celle qui réjouit le député élu au premier tour avec une large majorité et encore moins à l'exaltation qui doit saisir le vainqueur d'une élection à la présidence de la République avec des millions de votes en sa faveur. On comprend l'acharnement à conquérir un tel mandat, à le garder ou à le reconquérir. Comment une personnalité pourrait-elle résister à un tel succès?
 
Ce mépris est déraisonnable par nature car il généralise une supériorité reconnue et admirée par la société dans un domaine particulier: technique, sportif, politique, intellectuel. Être le meilleur dans la façon de peindre, de discourir, de calculer, de parler, de sauter, de comprendre les mathématiques, la physique, le latin, de gagner de l'argent, ne signifie pas que cela soit vrai pour tout. Les personnalités capables de lucidité et de sagesse dans une telle situation sont rares.
  
Le mépris, fait culturel, programmé par la société trouve dans l'adolescent une personnalité réceptive puisque sa réaction naturelle aux frustrations lui donne déjà une appréhension négative de l'autre.
 
____________

jeudi 13 juin 2013

L’INTERROGATION DU JOUR


-      « Je ne comprends pas comment vous, le pessimiste radical, vous êtes si proche de cet optimiste incurable ? ».

-      « J’espère qu’il est contagieux ».

_______

mercredi 12 juin 2013

LA PENSÉE DU JOUR

-      « Si le temps s’arrêtait, j’en connais qui seraient pas contents ».
-      « Qui ? »
-      « Les horlogers ».

______

mardi 11 juin 2013

HALTE AU FEU

-      « Je me demande comment, avec la fonte des neiges, le recul des glaciers, la chute de la pluie, la fuite des cerveaux, la baisse du thermomètre et des retraites, la diminution des ressources, vous gardez le sourire ».
 
-      « C’est très simple. Je me contente de regarder  la montée du chômage, la poussée de la pauvreté, la hausse des prix, de la délinquance, des impôts, l’ampleur des dégâts. J’y voie un dynamisme et une montée en puissance qui devraient vous impressionner comme moi. J’attends avec impatience des évènements stupéfiants, grandioses, formidables : une fusion, une fission, une révolution… ».
 _____

lundi 10 juin 2013

ANALOGIES

La soupe à la grimace est à la soupe au choux ce que le sac à malices est au sac à main et l’œil au beurre noir au brochet au beurre blanc (ajoute Enza).

__________

dimanche 9 juin 2013

Une pensée d’Anonymuse

Une vie idéale serait de tout faire sans effort et de ne rien faire sans plaisir.

__________

samedi 8 juin 2013

LE CONSEIL DU JOUR

L’Académie Française est un moyen plus élégant d’accéder à l’immortalité qu’une condamnation à perpétuité et moins astreignant que de prononcer des vœux perpétuels.
____________ 

vendredi 7 juin 2013

L’ATTENTION DU JOUR

Votre attention, s’il vous plaît. Le monsieur qui a perdu son bon sens et la dame l’occasion de se taire les retrouveront au bureau des objets trouvés.

________

jeudi 6 juin 2013

AVERTISSEMENT

Ceux qui, dans la rue, sont très occupés à parler frénétiquement pour ne rien dire, feraient mieux de regarder où ils mettent les pieds.
_______

mercredi 5 juin 2013

UNE PENSÉE D’ANONYMUSE

Les magiciens qui escamotent, apparaissent, disparaissent sont extraordinaires d’adresse, de subtilité, de rouerie. Ils méritent admiration et applaudissements. Avec beaucoup de travail, d’efforts, ils gagnent peu à côté des politiciens qui, avec de grandes promesses et de belles paroles se font élire, ont le pouvoir et escamotent les problèmes, n’ont pas de solutions et ne montrent que du vide.
Mais, les uns et les autres, sont des enfants de chœur face à ceux qui promettent le ciel, font croire aux miracles, prêchent l’humilité et se font appeler monseigneur.
_______

mardi 4 juin 2013

ALERTE

Éditorial

 
Un changement de politique éditoriale était devenu nécessaire. Une enquête de l’EFAB auprès de notre électorat nous a appris son état de souffrance.
L’excès de réflexions au quotidien a provoqué, dans un nombre de cas trop important pour être supportable, un état de sidération inquiétant.
Une restriction s’imposait et une cure a été décidée pour essayer de corriger l’hébétude.
Une seule information sera dorénavant délivrée pour ceux qui ne peuvent supporter qu’une ou deux lignes de lecture et d’autres plus longues pour ceux qui ont conservé une capacité normale (Monsieur P. et Madame W. se reconnaîtront).
Ne me remerciez pas de ma compréhension.
_____

LE CHIFFRE À MÉDITER TOUTE LA JOURNÉE

Si on ajoute aux milliards d’humains les moustiques, les cafards, les puces, les doryphores, on atteint le nombre de 6.456 milliards d’êtres vivants sur la terre.
N.B. Nous serons bientôt en mesure de présenter un décompte plus précis.
________

dimanche 2 juin 2013

LES AVATARS DE L’ADOLESCENCE (5)

Ou l’origine des malheurs du monde

 

CHAPITRE IV

 

LA RETENTION DES SENTIMENTS

 
Le processus d’insertion à ce monde des adultes est long et fonction de la culture. Il peut être rendu difficile par les moyens même qui le permettent. La recherche de la vérité, la construction intellectuelle peuvent donner à l’adolescent l’impression d’être détenteur d’un savoir et d’un pouvoir sur les idées, prétention qu’aggrave l’inexpérience.
 
Il est confronté à un comportement des parents tempéré par des décennies d’épreuves. Il leur faudrait beaucoup de compréhension et de bonne volonté pour éviter que l’incompréhension ne s’installe.
 
De toute façon leur support affectif ne lui paraît plus indispensable. Il est plutôt recherché chez ceux qui partagent les mêmes problèmes, vers ceux qui paraissent pouvoir répondre à ses doutes, qu’il peut admirer. C’est le temps des bandes et des idoles.
 
L’éloignement est aussi une conséquence de la maturation physique. La faiblesse infantile trouvait refuge et sécurité dans la force et la protection des parents. Le temps est venu où l’adolescent les rattrape en taille, en poids, en force. Il est même plus agile, plus adroit. La crainte et l’admiration du petit pour le grand n’existent plus. Le partage se fait entre jeune et vieux, avec l’assurance satisfaite et condescendante d’appartenir à la bonne fraction.
 
Le système des échanges bascule en même temps que le rapport des forces. L’opinion de l’adulte ne s’impose plus. La subordination ne va plus de soi, l’autonomie remplace l’hétéronomie. Le passage est hasardeux car le nouvel ordre bouscule des habitudes. L’adulte s’est habitué à sa position dominante. Il peut essayer de maintenir son autorité par la force que lui concède un échelon supérieur. La punition peut suivre la rébellion. Si elle n’est pas adaptée à la faute, l’injustice se perpétue en ressentiment. Le père tombe souvent dans ce piège. A l’inverse, l’adulte peut devenir anxieux face à un interlocuteur disposant de nouvelles armes. Il essaie de s’en faire un ami en lui empruntant un comportement, en abondant dans son sens. Cette tentative de séduction ne répond pas à l’attente. Le modèle que donne l’adulte renvoie le jeune à ses propres incertitudes et ne calme pas son angoisse.
 
L’attitude parentale - ou des équivalents - conditionne beaucoup la façon dont l’énergie physique, intellectuelle, affective vont s’exprimer. Le jeune doit affirmer son autonomie naissante et récente. Il s’habille, se coiffe, prend des habitudes qui choquent, puisqu’elles ne sont pas celles du milieu. Il dépend beaucoup à ce moment de ceux qui conservent une autorité de se rappeler leur propre jeunesse et de ne pas refuser ce nouveau visage.
 
S’ils ne l’acceptent pas en l’interprétant comme une rébellion, ils déclenchent des hostilités qui inaugurent un cercle vicieux. L’énergie se cristallise sur cette opposition. Les tensions intérieures deviennent très fortes. Une tranquillité peut être sauvegardée mais la soumission n’est qu’apparente. L’incompréhension est une souffrance imposée, elle ne sera ni oubliée ni pardonnée. Elle retentira toute la vie. Elle est d’autant plus grande qu’elle contredit l’image que l’enfant avait construite au-delà de tous les avatars œdipiens. L’abaissement de l’idole laisse la scène nue et froide. La solitude remplace la sécurité, le doute la certitude, la dépression le plaisir. L’expérience est traumatisante. Elle s’inscrit profondément dans le conscient et l’inconscient, sécrétant un système de défense et d'attaque qui conditionnera le comportement à venir en se réactivant dès que la circonstance sera propice.
 
L'opposition à l'autorité met les parents dans une position ambiguë. Les mobiles, nous l'avons vu, sont multiples, II en est dont la réponse ne peut jamais satisfaire. L'intensité du lien est éprouvée. Si les parents réagissent mollement à l'offensive, ils seront taxés d'indifférence, de négligence et leur caractère, leur volonté et leur force mis en doute. Leur crédibilité en pâtit. Le respect s'en va. L'insécurité le remplace. Si, au contraire, ils réagissent en refusant ce qu'ils considèrent comme des caprices, l'adolescent se sent rejeté, incompris, mal-aimé, se met à douter de la véritable affection que ses parents pourraient lui porter. Celle qu'ils témoignaient hier s'adressait à un autre lui-même qu'ils renient aujourd'hui.
 
Le temps a passé, le garçon est devenu un homme. Il est maçon, fonctionnaire, avocat. La jeune fille est maintenant une femme. Elle est professeur, secrétaire, caissière, médecin. Ils ont des enfants, ils ont acquis un poids dans la société à la mesure de leur éducation, de leur ambition, de leurs connaissances, de leur habileté physique, de leur richesse intellectuelle. Le souvenir des orages de l’adolescence n’est pas oublié. Il surgit dès que la circonstance s’apparente à une expérience traumatisante du passé. L’adulte retombe, malgré lui, dans une position dont il n’aime pas l’écho. Elle peut le mettre en situation de dominé par un biais social, financier, intellectuel. Il peut tout aussi bien être le dominant et calquer son attitude sur un modèle qu’il avait exécré, par mimétisme, vengeance à posteriori, rancune, secrète admiration. Dans tous les cas, une appréhension négative est ressentie dès qu’une leçon, une prétention à dicter une conduite, une demande est discernée dans le discours ou l’attitude de l’autre.
 
Si l’adolescence n’a pas été bien vécue - qui peut le prétendre? - la défense joue à la façon d’un réflexe. Elle fait considérer l’autre comme un gêneur avec qui le dialogue ne s’impose pas. Elle provoque en retour une pauvreté dans la relation qui instaure un cercle vicieux.
 
Il ne s’agit pas de la pérennisation de la crise psychologique de 1’adolescence. L’adulte ordinaire ne doute plus de son identité sexuelle, L’inhibition intellectuelle et sociale a été vaincue, si elle avait posé un problème. La crise d’identité n’est plus d’actualité. Le travail de réorganisation est achevé. Toutes ces étapes que le psychanalyste décrit ont été franchies. Son corps unisexué est investi. Les pulsions sexuelles se satisfont sans en référer. Le travail de deuil qu’imposait le renoncement à l’enfance est terminé. Une place dans la société a été revendiquée et obtenue. Le repliement sur soi et le narcissisme de l’adolescence ne sont plus nécessaires.
 
La rétention des sentiments, réaction de défense acquise durant l’adolescence, réactivée à l’âge adulte n’empêche pas l’intégration. Elle se manifeste seulement par une difficulté à l’extériorisation des sentiments positifs ou négatifs sans que la timidité ou la pudeur ne soient en cause. Elle ne traduit pas une personnalité obsessionnelle chez laquelle un psychiatre devrait rechercher une névrose ou une psychose. La réalité extérieure n’est pas refoulée. II n'y a même pas un sentiment d'hostilité ou de persécution. Elle permet la vie privée et professionnelle.
 
Elle est née, pensons-nous, dans les moments de l'adolescence où les réponses aux questions muettes ou formulées n'étaient pas adéquates, quand les observations, les remarques, les critiques des adultes ayant un pouvoir, une influence étaient repoussées. Chacun de ces événements banaux pour les autres étaient une lésion nouvelle, superflue, venant impressionner une plage de la mémoire, hypersensible, rancunière.
 
Cette adolescence conflictuelle influe si profondément sur la marche des sociétés parce que sa métamorphose est inachevée. Elle est devenue un état stable, définitif. Elle ne s'achève plus à 18 ans mais à des âges où l'adulte, depuis longtemps, aurait dû être éveillé. L'étape la plus importante de l'évolution, celle du passage où l'être chargé de toutes ses virtualités a enfin les moyens de l'accomplissement, est donc en train de disparaître.
 
Cette cassure dans la formation a son origine dans le prolongement de la dépendance et la disparition du modèle d’identité.
 
L'allongement de la scolarité, le chômage des jeunes retardent l'entrée dans le monde du travail. Ces adolescents prolongent leur séjour chez les parents qui en conservent la charge. D'autres poursuivent des études supérieures. Ils sont dans la même situation de dépendance. Le baccalauréat n'a été que le début d'une succession d'autres examens, concours, licences, agrégations dont les parents se font les supporters. Ce statut n'a rien d'une sinécure mais procure quelques avantages.
 
Une troisième catégorie d'adolescents s'attarde au logis familial par absence d'envie d'en abandonner le confort, la sécurité, la tranquillité pour une indépendance morale et financière dont le charme ne lui est pas évident.
 
Un deuxième facteur s’intrique au précédent. Il empêche aussi la maturation de l'adolescence. L'un des travaux de cette période est la conquête de l'identité. Elle se fait par référence à l'adulte. Or, soit il ne se montre pas, parce qu'il se dérobe ou n'existe pas, soit il postule à ce rôle sans en avoir les qualités.
 
Le père, depuis toujours avait été naturellement le modèle idéal. Malheureusement, l'affaiblissement de l'image paternelle est à l'œuvre depuis longtemps. La dégradation est due aux changements socio-économiques.
 
Le père, la mère, participent parfois activement à leur propre dévalorisation. Ils le font en exprimant bruyamment, plaintivement, à la maison, tous les soucis et difficultés professionnels. Un tel récit est censé provoquer l'apitoiement ou l'admiration en réponse à un sens du sacrifice aussi développé. Une variante de cette attitude est donnée par le parent qui ne cesse de se plaindre de la dureté de son métier et d'énumérer tout ce qu'il doit supporter. Il termine son discours par l'admonestation censée être pleine de sagesse: « ne fais jamais ce métier! ». Toutes les professions ont ainsi leur lot de mécontents. Ce n’est pas rendre service à l'enfant et à l’adolescent car le parent a démontré qu'il travaille à contrecœur, dans une profession qu'il exècre, à la façon d'un esclave rivé à sa chaîne, victime consentante des clients, des élèves, des chefs et de tous ceux qui conspirent à son malheur. Il tue la fierté que le fils, la fille pouvaient avoir pour l'image du chef de famille en se décrivant comme un adulte sans le ressort moral, le courage, l'intelligence de choisir un travail intéressant, de changer de métier, de qualification, de patron, de ville, de pays si l'actuel ne le satisfait pas.
 
Il a prouvé une incapacité à trouver sa vraie place dans la société à un adolescent qui fait des projets d'avenir. C'est le but essentiel du moment, l'espoir auquel il accroche l'idée de son bonheur futur. Cette activité doit permettre de s'exprimer et de satisfaire désirs et besoins. La preuve est donnée que l'être qu'il devrait admirer n'a pas réussi ce choix. L'adolescent devient le témoin d'un adulte qui n'assume pas sa liberté, celle de choisir et qui s'est laissé prendre au piège du territoire. Il y succombe à la peur de l'inconnu, à la routine, à la sécurité, au hasard qui l'a fait naître ici et prendre ce métier-là.
 
Il a instruit son procès, s'est fait son propre procureur. Il s'étonnera ensuite d'être méprisé.
 
Une éducation supérieure à celle du père, l'affirmation de la mère participent à la désacralisation. Un nombre croissant d'enfants n'auront même jamais l'occasion de se confronter à son autorité car ils ne le connaîtront pas (enfants de mères-célibataires). Le docteur Lebovici dans son livre « Les sentiments de culpabilité chez l'enfant et l'adulte » en montre le retentissement:
 
"Le fils qui grandit se trouve noyé dans de vastes groupes où il acquiert mal son individualité, précisément en raison des difficultés de l'identification différenciée. Son père n'est plus devant lui pour lui faire concurrence et il ne peut se mesurer à lui directement. Cette situation conduit à de nombreuses régressions qui, selon Mitscherlich, sont à la base d'attitudes revendicatrices, et en particulier de l'absence de nuances dans les revendications".
 
Le résultat est le même quand l'adolescent refuse le modèle proposé par son père, par les adultes et la société. "Il veut surtout ne pas devenir comme eux" (Ib., page 198).
 
La présence ne suffit pas à assurer l'identité et l'identification du modèle adulte devient difficile car celui-ci a inversé les termes de l'échange: le plus vieux veut s'identifier au plus jeune.
 
"Nous avons assisté, dit Tony Anatrella dans un article de Sciences et Avenir (« Vie psychologique mode d’emploi »), à un retournement du processus d'identification.../…Tous les domaines sont envahis par cette névrose juvénile. L'éducation nationale prépare un mode d'évaluation des enseignants par les élèves. Il est de bon ton pour des hommes politiques de toutes tendances de laisser entendre qu'ils sont conseillés par leur enfant, ou par de Jeunes énarques ou encore de séduire leurs électeurs en présentant les photos de leur enfance. Ainsi les adultes s'alignent sur les enfants".
 
Ils empruntent aux adolescents la façon de s'habiller, de parler, de s'amuser et probablement de penser.
 
Ces adultes-là - nombreux - provoquent un malaise et le rejet presqu'instinctif comme maîtres à penser. Leur influence est malgré tout très importante car ils confortent l'adolescent dans l'impression que les valeurs qu'il représente sont les vraies et qu'il n'a pas besoin d'en changer puisqu'il est devenu la référence des adultes. Ceux-là lui renvoient sa propre image et ils ne répondront pas à ses questions, à ses doutes, à ses tentations, à ses tentatives, à ses supputations, à ses enthousiasmes, à ses dépressions. La solution de ses problèmes, de ses angoisses ne peut venir que de la connaissance, de la sagesse, de l'expérience qu'il n'a pas encore eu le temps d'acquérir.
 
Il comprend vite que ce n'est pas une imitation dérisoire et pathétique qui les lui fourniront. Elle a le visage d'un adulte, sa voix, sa silhouette, son métier et ce peut être son père, sa mère, son oncle, son professeur, son éducateur.
 
La démission ou l'absence de ceux qui devaient le délivrer de son adolescence ne permet pas au processus de s'achever. Il vieillit en conservant des traits de sa personnalité juvénile. Les chocs de la vie et d'abord la découverte de l'impéritie des adultes estompent beaucoup les aspects positifs qui en faisaient le charme et la richesse. Il conserve plus facilement une soumission aux influences et tendances contradictoires qui l'habitaient et dont le défrichement n'a pas été accompli. L'agitation d'alors n'a pas été disciplinée. Elle n'était pas stérile dans la mesure où elle permettait de ne choisir que le meilleur. C'était en particulier le temps où l'exemple permettait de se forger un sens moral, un idéal, peut-être une idéologie. Ces valeurs structurent une vie. La société ne peut s'en passer. Elle devra pourtant s'y résoudre et commence à en payer le prix que nous savons.
 
Un cycle humain où l'enfance précéderait une adolescence indéfinie essaie de s'installer avec la complicité des névroses de la juvénilité et dans la lassitude des adultes.
 
Il n'y a que la diffusion du phénomène qui soit nouvelle. Il y a toujours eu des éternels étudiants qui trouvaient à l'université, dans les facultés des havres bienveillants. Le statut est parfois encouragé par des parents heureux de remettre à plus tard le travail de deuil qui suppose la séparation d'avec un fils ou une fille qui prend son essor. Ce pilier de l'enseignement supérieur n'est plus un marginal. Ils sont maintenant légion à arriver à la trentaine avec tous les attributs de l'adolescence même si elle est qualifiée de post-adolescence. Ils ont vécu dans un groupe, dont ils partagent les engouements et les répulsions. Leur expérience, leur responsabilité ne connaissent que la préparation des concours, des examens. Leur mémoire a été constamment sollicitée. Cette nécessaire mais fausse déesse de notre enseignement n'est pas notre valeur première mais un musée où le passé est considéré comme un capital auquel on se réfère sans cesse, gênant la vie du présent et qui empêche de créer et de découvrir.
 
Les étudiants privilégiés qui fréquentent les Universités, les Facultés, les Grandes Écoles privées ou publiques se préparent des destins aux antipodes d'autres adolescents dont nous parlerons moins. Ils sont aussi en souffrance d'âge adulte mais leur niveau socioculturel ne fera pas forcément d'eux de grands responsables. Leurs histoires, leurs gestes, leurs propos, leurs problèmes nous intéressent. Leur actes, leurs décisions retentissent aussi sur la collectivité quand ils se mettent en grève, bloquent les autoroutes, mettent le feu aux perceptions.
 
Les étudiants prolongés sont plus dangereux car ils monopolisent les postes de la haute administration, de la finance, font des carrières politiques, contrôlent le pouvoir industriel. Si leur ambition est moins publique, moins aiguisée, ils auront à choisir une responsabilité tout aussi exigeante en étant médecins, avocats, juges, professeurs, militaires. Quand ils ont enfin abandonné les bancs de l'Université, des Facultés, ils soignent, éduquent, jugent.
 
Ceux qui n'ont pas raté leur passage à l'âge d'homme sont même désavantagés dans la course aux responsabilités. Leur maturité peut être un handicap car leur différence les rend étrangers à la majorité que sont les autres. Leur mode de recrutement étant la cooptation à base d'esprit de corps et d'amitiés acquises au long des études, une indépendance d'esprit, un jugement critique, valeurs adultes, peuvent ne pas être appréciés.
 
Le recrutement exclusif de ce qui devrait être l'élite dans le même vivier a été remarqué et dénoncé. Ses privilèges, son népotisme, son égoïsme constituent un danger pour une démocratie. Mais une nouvelle prise de la Bastille n’est pas à l’ordre du jour et l’abaissement de cet ordre tout puissant n’est pas programmé, une preuve de plus que notre temps est plus celui de la vitesse que des lumières.
______