L'autre jour, je me promenais au zoo de Beauval, dans le Loir et Cher, le paradis terrestre sur 50 hectares. Presque toute la faune du globe y est réunie et vit dans la paix du Seigneur, en liberté surveillée, protégée de son prédateur naturel, l'homme par des barrières de haute sécurité.
La beauté, la sérénité, la paix sont les liens communs qui unissent les êtres réunis par le hasard et la volonté inflexible des maîtres de ce haut lieu. Chacun joue sa partition sans jalousie, en toute indépendance. Aucun n'envahit le territoire de l'autre. Chaque enclos est protégé par une frontière sans douanier, un simple panneau suffit marqué de "il est interdit pour la sécurité de tous de franchir ce seuil". Les gorilles méditent, les tigres baillent pour montrer leurs crocs, les éléphants barrissent pour éloigner les mouches, les chimpanzés font semblant d'imiter ceux qui les regardent, les oiseaux toubillonnent, les otaries se donnent en spectacle etc..
Face à ce monde exemplaire qui n'aspire qu'à vivre tranquille, se presse, canalisé par deux réseaux de barbelés émondés, un troupeau qui ferait honte au reste du monde s'il n'était bienveillant de nature. Composé de bipèdes au sexe indéterminé, entourés d'une goroué d'eux en miniature piallante et vociférante comme aucune autre espèce ne le permettrait à sa progéniture, il avance cahin-caha, empétrée dans une mauvaise graisse donnant aux hippopotames de l'endroit l'impression d'être des ballerins de l'Opéra.
Pour avoir un aperçu du paradis perdu et, en même temps une vue des habitants de l'enfer qu'il est devenu, allez dans le zoo le plus proche de votre domicile, à Beauval si vous vivez dans le Loir et Cher, à Doué la Fontaine si vous êtes dans le Maine et Loire et à la Flèche si vous êtes sartois. Le dépaysement est tel qu'on a envie de s'y installer et d'y vivre à mille lieues des grandes villes sauvages pleines de fauves en liberté qui seraient la honte de la jungle.
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