Il y a les nourritures corporelles que l'on mange pour satisfaire nos besoins physiques: blanquette de veau, omelette norvégienne, céleri rémoulade etc.. Leur digestibilité dépend des qualités du produit et du tube digestif. Elles sont absorbées régulièrement tout au long de la journée selon une périodicité qui dépend des habitudes et une quantité qui est une fonction dérivée de l'appétit, du portefeuille et des arrivages chez l'épicier, le boucher, le poissonnier. L'ingestion est précédée d'une préparation en cuisine qui est suivie d'une mise à table, en bouche. Il s'agit d'une cérémonie rituelle plus ou moins respectée selon le niveau socio-culturel. De qualité, elle est un gage de bonne santé physique qui, elle-même, se répercute sur le mental. Cette remarque introduit le chapitre des nourritures spirituelles.
Elles alimentent le cerveau en idées, en pensées, en réflexions et vont lui permettre de se développer et de grandir en connaissances, en raison, en sagesse. Ces apports extérieurs sont indispensables à la croissance neuronale qui va être stimulée au point d'acquérir les bases de l'éducation. La première étape se passait dans les cours élémentaires du primaires. On y apprenais à lire, écrire er compter. On accédait ensuite au secondaire où le niveau s'élevait à l'histoire, la géographie et à de vagues aperçus sur la physique, la chimie, la mathématique, la philosophie, un survol de la littérature en vogue les siècles précédents. Ceux qui avaient les moyens et n'étaient pas pressés de gagner leur vie embrayaient, le bac en poche, vers les études supérieures et une spécialités que l'on allait creuser pour en faire son domaine d'excellence: Médecine, Droit, Sociologie, Architecture, Économie, Philosophie etc.. Avec du vocabulaire, la connaissance du sens des mots, la capacité d'analyser pour faire des thèses, des synthèses, on était prêt à s'ébattre les uns dans le monde de la production de biens de consommation ou dans les services, pour les autres à batailler dans la société vouée aux débats intellectuels. La séparation des activités change la consommation des biens spirituel car les besoins sont différents. Les uns vont chercher l'information dans les journaux, les magazines, les émissions de variété, les manuels techniques, les autres écoutent des conférences, lisent, travaillent dans la recherche, réfléchissent avant de parler dans un jargon particulier incompréhensible aux non initiés.
Il n'y a pas que le corps qui a besoin de manger pour ne pas mourir. Notre esprit a lui aussi faim et soif. Plus discret que le corps, il ne réclame pas bruyamment sa nourriture, mais, quand elle manque, il devient idiot, n'a pas d'esprit critique, pas de curiosité, croit ce qu'il entend, ce qu'il voit, fait ce qu'on lui dit de faire. Il est domestiqué par ceux qui ont besoin d'esclave qui obéit, achète, consomme selon les ordres. Mais, s'il a avalé et digéré ce qu'il a lu chez Voltaire, Diderot et les autres que voici, il pourra choisir librement son chemin de vie. Il apprendra à penser contre soi-même et l'opinion avec Montaigne, avec Pascal contre l'illusion du progrès moral et approchera de la lucidité en posant l'homme comme un être étrange "ni ange, ni bête", avec Nietzche, il ne tombera pas dans la morale de troupeau. Pour structurer son esprit sans le figer, il trouvera dans Aristote la rigueur, chez Descartes la méthode, chez Kant la lucidité. Pour apprendre à vivre avec sobriété et dignité, Marc Aurèle reste un maître. Schopenhauer lui enseignera un pessimisme salutaire, Comte-Sponville met à sa disposition, aujourd'hui, les conseils pour une sagesse honnête et claire. Ainsi nourri, l'esprit est libre, plus difficile à soumettre.