Ce blog est pour le lecteur qui apprécie l'ironie, l'humour, qui est à l'affût de pensées faciles, d'idées saugrenues, d'inventions bidon, de conseils bizarres et qui n'est pas horrifié par le sarcasme, l'irrespect. Il est à éviter pour les conformistes, les dominants, les dominés.


dimanche 5 juillet 2026

LA BOUCHE

 La bouche a trois fonctions. 

La première est décorative: une fente au-dessus du menton, ourlée de lèvres qui font mitoiter les dents blanches. Elles sont pulpeuses et appétissantes chez une beauté aux formes parfaites. Elles sont lippues et répugnantes chez un vieux cochon libidineux.

La deuxième est masticatoire et inaugure la digestion.

La troisième est élocatoire: elle a la mission de parler pour converser, discuter, bavarder, discourir, sermoner, commander, chanter.

Les deux dernières sont fatigantes, mais pas au même degré. 

La masticatoire est une épreuve musculaire de haut niveau qui mobilise les muscles masticateurs: masseter, temporal, ptérigoidiens médial et latéral. Ils contribuent aussi au modelé du visage. Le coup de fourchette façonne  à la physionomie et le bon vivant, familier de repas de gala à rarement les joues creuses de Torquemada.

 L'atmosphère du lieu est amazonnienne avec un taux d'humidité de 100% en raison du déversement continu des petites glandes salivères et discontinu lors du repas des grosses: les parotides ( celles des oreillons), les sous-maxillaires et sublinguales qui vont par deux.

 Les dents broient, déchiquètent, déchirent. La  langue s'active  et complète le travail en triturant,  nettoyant, elle finit par rassemblert sur son dos le bol prèt à l'envoi, se plaque contre le palais et propulse le tout vers le pharynx. La bouche libérée peut enfourner une nouvelle bouchée.

L'élocution active les mêmes muscles. La langue  a le rôle principal. Elle occupe le milieu de la cavité et bouge beaucoup. Les savants disent qu'elle est un hydrostat musculaire comme la trompe de l'éléphant. Solidement attachée, pleine de muscles qui lui permettent d'aller dans tous les sens, de s'allonger. Sans elle, on ne peut siffler.

 Les lévres ne sont plus là pour le décorum mais leur orbiculaire est sollicité en permanence et elles ne se reposent que si l'on se tait. Tous les muscles  travaillent en finesse, en délicatesse, modulent et leur intensité peut varier du pianissimo à la puissance d'un alto qui fait friser l'apoplexie à la diva. La bouche est aussi une caisse de résonance et le timbre, la tessiture, la prosodie lui doivent tout et font que deux voix ne se ressemblent pas parce que deux bouches ne sont jamais identiques.

Parler fatigue moins que manger et l'on a entendu Fidel Castro parler pendant 7 heures 10 minutes à l'ONU le 29 septembre 1960, loin du record de Ananta  Ram KC à Katmandou en 2018. Un banquet qui dure 6 heures traine en longueur et les convives le quittent repus mais tiennent à peine sur leurs jambes, la mastication continue les a épuisés. 

On ne doit pas parler la bouche pleine car le spectacle est peu ragoutant et on ne peut pas parler en mastiquant car les mêmes muscles ne savent pas faire deux mouvements différents en même temps.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire