On naît avec un bon foie et l'on a intérêt à le garder en bonne santé en évitant l'excès d'alcool pour lui épargner la cirrhose, le trop de gras pour prévenir la stéatose, les virus en se vaccinant contre les hépatites. Si, malgré toutesces précautions, il rend l'âme, son remplacement standart est possible dés lors qu'une occasion est disponible.
L'analogie phonétique qui lie la foi au foie pourrait inciter un esprit malicieux à établir une correspondance spirituelle entre les deux entités qui se partagent le même espace corporel. Nous ne tomberons pas dans ce piège grossier habitué que nous sommes à ne pas mélanger les torchons et les serviettes, comme me l'a appris un ami philosophe à qui j'apprenais à distinguer le vrai du faux.
Alors que le foie nous est donné et participe à notre état organique, la foi est acquise par imprégnation, imitation, éducation, toutes ces acquisitions l'étant de gré ou de force si vous avez été éduqué dans un collège tenu par les jésuites, les frères quatre bras, les maristes, tous n'étant pas des enfants de choeur, si vous voyez ce que je veux dire.
Au terme de ces années de mise en demeure, la foi peut être installée fermement et vous aurez, pour la vie, une foi de charbonnier, indéracinable. Mais, si vous avez hérité d'un esprit rebelle, porté sur la critique et pas sur les idées reçues d'un tiers, votre foi va subir une mise à l'épreuve et peut passer de vie à trépas.
À cet instant de notre propos, la glande endocrine et exocrine dont nous parlions dans l'introduction s'invite dans la conversation car il y a une convergence, certes tirée par les capillaire; mais non dénuée de pertinence, une qualité que nous revendiquons avec discrétion mais fermeté.
Nous avons évoqué les ennemis du foie et la nécéssité de les éliminer pour ne pas succomber à leurs guerres intestines, la foi doit, elle, aussi livrer des combats pour garder sa santé en odeur de sainteté.
Le croyant en possession d'une bonne foi est un bienheureux, la version premium de l'heureux courant. Il est rempli de certitudes concernant son appartenance à une communauté où tout est extraordinaire: origines, pères fondateurs, histoire, passage des siècles, évolution, transformations, adaptations, péripéties, résilience. Il sait d'où il vient, qui il est, où il ira.
Son seul devoir est un devoir d'obéissance aux commandements, aux préceptes, aux canons, à la discipline interne et de respect envers les dirigeants en les appelant par leurs grades: monsieur l'abbé, monsieur le curé, monseigneur, Très Saint Père.
Le sacrifice est modéré. La situation est régulièrement apurée par un blanchiment du casier judicière avec effacement des crimes et délits après confession, contrition et pénitences subséquentes modérées autorisant la récidive. La récompense in fine par une étrnité au paradis achève de convaincre ou convertit les plus opposés.
Pour garder cette foi en bonne santé, deux impératifs. Le premier exige de la tenir éloignée de son ennemi principal: le doute avec l'insinuation dans l'esprit que la mariée serait trop belle mais leurs directeurs de conscience sont habitués à neutraliser ce genre de poison lent. Le deuxième vient de l'extérieur, diligenté par le diable lui-même. Suppôts de Satan, des soi-disants amis brandissent leur athéisme comme une preuve de sagesse et de raison. Ils chercheront à faire tomber les heureux croyants dans leur matérialisme dégoûtant, leur scepticisme dégradant, leur misère spirituelle effroyable. Ils essayeront de vous faire lire Voltaire, Diderot, l'horrible curé Mesliert, Richard Dawkins, Christopher Hitchen et un tas d'autres, tous de mauvaise foi.
Le foie est un organe de grande qualité qui ne veut que notre bien et a une seule exigence: ne rien lui faire de mal. Il survit à beaucoup mais pas à tout et un fois mort, nous emporte avec lui.
La foi en Dieu a le même potentiel et les mêmes exigences. Elle n'est, au fond, fait, qu'un succédané qui remplace, chez l'homme, la foi qu'il aurait pu avoir en lui-même si la nature l'avait fait meilleur et digne d'admiration. En déportant sa foi sur une entité dotée de tout ce qu'il n'a pas et ne veut pas avoir, il se libère d'une responsabilité et se donne ainsi les moyens de prospérer dans le vice, et d'échapper à la punition par une pirouette ultime ou progressive.
Pourtant, malgré toutes leurs différences, ces deux presque homonymes finissent par se réconcilier sur leur lit de mort dans la douleur. Le foie s'éteint dans le coma hépatique qui n'a rien d'une sinécure et la foi expire dans le regret d'avoir conssacré tant de temps à honorer un vide rempli de néant. L'un laisse un cadavre, l'autre une cicatrice que le retour à la réalité finit par effacer.
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