Beaucoup et peu ne sont pas suffisants, rien et tout sont excessifs. Le vocabulaire manque de mots pour donner, à la page blanche, la précision, la préciosité, la finesse, la souplesse, la beauté de la réflexion, de la pensée et nous donner l'adverbe ou l'adjectif intermédiaire. Comment s'en étonner quand on sait que le dictionnaire n'accueille chaque année que des nouveaux qui viennent du monde des moteurs, des ordinateurs. Ces néologismes arrivés de laboratoires, de centres techniques américains ne brillent pas par la hauteur de leurs vues philosophiques, la profondeur de leurs connaissances métaphysiques et la grosseur de leur bagage poétique. Ce ne sont que des abréviations elliptiques, des traductions péniblement francisées à partir du franglais qui auraient fait peur à monsieur Littré.
Halte au feu, le coupable n'est pas l'époque. Si, aujourd'hui, il n' y a pas plus de philosophes qui soient dignes de sa discipline, si la littérature va disparaitre, remplacée par des récits à l'écriture automatique produits par IA, c'est parce il n'y a pas de mots nouveaux en communion avec la mentalité moderne, l'idiosyncrasie actuelle. Notre vocabulaire doit se contenter des mêmes mots que Molière, que Racine, que Descartes qui, eux-mêmes n'étaient pas beaucoup plus riches qu'Homère, Eschyle, Sophocle. L'intelligence d'hier construisait avec de la terre, des branches, puis vint le pisé et la pierre, les moellons, le sable et la chaux, puis le ciment, les briques, les parpaings etc;.. Les maisons d'aujourd'hui sont en acier, en plastic, en matériaux de synthèse, architecturées par ordinateur. Les lettrés n'ont pas eu l'intelligence des maçons. Il écrivent avec la même palette de mots, n'ont rien changé à la grammaire et très peu à l'orthographe. Résultat: l'homme du vingt et unième siècle ne dispose pas des mots qui donneraient une forme à un fond fait de concepts disruptifs. Cela revient à demander à un ouvrier de travailler sans outil. Le changement dans le mode de vie, la relation, vont créer du changement. Comment le cerveau de l'homme pourrait-il continuer à fonctionner aujourd'hui avec le dictionnaire de Rabelais en tête?
Je crée une fondation, lance une souscription, une pétition, ouvre une campagne de création de mots signifiants, inconnus du grand Larousse et du petit Robert et indispensables si on veut ne pas se laisser distancer par qui vous savez. Elle les enfantera à la vitesse de la reine des abeilles et en sortira des théories, des inventions, des découvertes, des idéologies, des religions, des vérités, des équations qui seront de l'hébreu pour qui n'ont comme bagage verbal que celui de Mathusalem.
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