La bouche n'est pas un lieu de plaisir réservé aux gourmands et aux bavards. D'autres en ont fait un instrument de travail. Il n'y a pas que les comédiens, les chanteurs, les chanteuses, les baratineurs, les camelots qui en ont fait leur gagne-pain, il faut ajouter tous ceux qui donnent des cours, font des discours, des sermons. La satisfaction n'est pas que matérielle. Elle n'est pas que dans le silence respectueux qui accueille leurs paroles et qui les fait se croire importants mais aussi dans le plaisir qu'ils éprouvent à s'entendre, dans celui, sensuel, de mâcher les mots, faire rouler les syllabes, puis les expulser pour qu'elles fassent leur effet. Ils font cet exploit pendant des heures, certains battent des records: Castro en 1960 tint le crachoir à l'ONU pendant un marathon de7 heures 10. Certains psychiatres voient ces métiers de bouche comme un témoin de la résurgence du stade de l'oralité que Freud a décrit. Il situe cette étape cruciale dans le développement de l'enfant de la naissance à 18 mois. La bouche est sa principale source de plaisir puisqu'elle le nourrit, calme sa faim et rassure en manifestant par les pleurs et les cris sa présence. Ils protègent de l'oubli. Adultes, la bouche poursuit la même fonction: elle est l'agent du métier qui procure le salaire qui les fait manger. Elle leur donne un statut social qui les fait être remarqués. On en concluira que ces gens ont une personnalité avec un trait histrionique qui donne à leur verbiage une coloration qui mérite une audition critique.
PS: c'est un avis personnel que je n'ai pas vu défendre ailleurs. C'est leur problème, pas le mien car quand on y réfléchit la concordance devient aveuglante.
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