Ce blog est pour le lecteur qui apprécie l'ironie, l'humour, qui est à l'affût de pensées faciles, d'idées saugrenues, d'inventions bidon, de conseils bizarres et qui n'est pas horrifié par le sarcasme, l'irrespect. Il est à éviter pour les conformistes, les dominants, les dominés.


mardi 31 juillet 2018

MUSIQUE ET THÉÂTRE

La musique et le théâtre sont des arts éphémères qui ne durent que le temps durant lequel les musiciens jouent de leur instrument et les comédiens de leur voix.

Ils n'impressionnent que le moment du présent de la performance qui disparaît au fur et à mesure qu'on les entend. Il ne reste qu'un écho, un souvenir.

La littérature, la peinture, l'architecture, la sculpture n'ont pas cette élégance, cette discrétion. Il leur faut des livres et des bibliothèques, des tableaux, des murs, des musées, du marbre, de la fonte, des statues, des monuments pour exister. Ils ont besoin de se montrer,  de s'exhiber. Ils sont encombrants, envahissants, m'as-tu vu, prennent la poussière, pâlissent, jaunissent, tombent en ruine. Ils vieillissent, toujours mal.

La musique et le théâtre, eux, ont l'âge de leurs interprètes. Ils sont éternellement jeunes.
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LES CHARMES DE L'ENNUI

Heureusement il y a l'ennui pour occuper les vacances. L'ennui, je vous le rappelle, est ce sentiment vague, indistinct, de ne pas savoir quoi faire tout en ayant envie de rien faire. Cela énerverait si l'ennui n'accablait pas les forces et les forçait à ne rien entreprendre pour ne pas rompre ce moment de repos,  de vacuité, de regret, d'indifférence.

Il est le prix à payer pour épuiser les vacances, les vider de leur temps mort et, enfin, de retrouver la vie normale où l'on est payé pour travailler à ne pas s'ennuyer.
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Un jour de tempête, le silence de la mer est réduit par le bruit des vagues et le souffle du vent.

JE PRÉSUME, JE SUBODORE

"Je présume, je subodore" suppose que l'on se reconnaît un art divinatoire sans en être totalement certain. C'est aussi faire preuve d'une élégance de style et de tournure d'esprit que n'ont pas les habituels "je crois, je suis sûr, je n'ai aucun doute", autant de formules péremptoires, prétentieuses et, le plus souvent, cachant un gros mensonge, une belle méprise ou une grande ânerie.

"Je présume, je subodore" a disparu de la conversation car, aujourd'hui, le doute n'est plus admis.
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Les gens qui se plaignent toujours et de tout ont la chance d'avoir de bonnes raisons  de n'être jamais contents tandis que ceux qui sont toujours contents ont la malchance  de ne pas savoir à quoi ils ont échappé.
Ce qui rend le travail de la pensée si fatigant tient à ce que, pour arriver à sortir une idée valable, il faut creuser dans le bouillon indistinct qui en fait le fond. En plus, pour arriver à la rendre présentable, lui faire dire quelque chose, il faut la tourner et la retourner et lui donner une forme qui ne la dénature pas. Donc, les vacances commencent par une mise au repos de la pensée.
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lundi 30 juillet 2018

LA CONNERIE

La connerie n'existe que commise. Elle révèle alors son ampleur, son horreur, sa splendeur.

Avant de s'exposer, elle était en préparation. Une fois lancée, en orbite, elle est irrattrapable. Elle plane, observe les dégâts et attend que les retombées soient recouvertes par les éclats des nouvelles conneries en cours de lancement ou de réalisation pour disparaître, fondue dans la connerie ambiante, terreau fertile, propice à la génération spontanée ou programmée des conneries futures.
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Pour se dépasser, il faut courir plus vite que son ombre.
Ce qu'il y a de bien avec la prochaine guerre, c'est qu'elle sera si courte qu'on ne souffrira pas de privations.

LA CONNERIE (SUITE)

"Dancharr, vous paraissez vous y connaître en connerie".

"Hélas, c'est mon autre spécialité, et si vous insistez..."

Court silence approbateur.

"La connerie est l'apanage des cons qui savent se mettre dans de beaux draps qui, rapidement, s'avèrent sales. Mais la connerie n'est pas la bêtise, qui ,elle, est permanente, congénitale. On devient con par accident et on l'est de façon intermittente. Tout s'arrangeait pour le mieux, l'intention était louable, les prémices favorables, et à l'usage tout s'écroule, rien ne marche, tout vole en éclats. Le plancher était pourri, le calcul faux, le bilan truqué, le choix calamiteux, le pari stupide, et, au final, la décision était mauvaise.

En prenant de la hauteur et du recul, c'était évident, prévisible, un enfant de 7 ans s'en serait aperçu. Ça ne pouvait pas marcher.

Mais la connerie faite, il faut l'accepter, en supporter les conséquences, en payer les dividendes, assumer la honte.

Chacun traîne son paquet de conneries dans le wagon des mauvais souvenirs. On se console de ses conneries en se moquant de celles des autres. Personne n'y échappe. Toutes ne sont pas drôles. Plus le con est haut dans la hiérarchie, plus elles sont dangereuses, mortelles.  Elles entrent dans l'histoire et la légende.

- Bonaparte se faisant  appeler Napoléon,

- Icare en s'approchant trop prêt du soleil,

- Jésus en se faisant passer pour le fils de Dieu,

- Louis XIV en se faisant nommer le roi Soleil,

-Trump en se faisant élire président,

- Hollande en allant à l'Élysée.

Il faut rester prudent avec la connerie. Elle reste à l'affût, prête à profiter d'une tentation, d'une mauvaise occasion. L'âge ne met pas à l'abri.

L'esprit critique est son ennemi intime, lui seul permet de s'en prémunir.
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dimanche 29 juillet 2018

L'impatience fait gagner le temps perdu par le patient.

LA BELLE VIE POUR TOUS

Les jeunes ont la chance de pouvoir profiter longtemps de leur bonheur, de leur vigueur, de leur santé et les vieux ont celle  de n'avoir plus longtemps à souffrir de leurs malheurs, de leur faiblesse, de leurs maladies. La vie est bien faite.

DIS-MOI OÙ TU HABITES

Le glorieux, à la ville , habite un palais situé dans une avenue et, à la campagne, un château au milieu d'un parc .

Un parvenu, à la ville possède un hôtel particulier sur un boulevard et, à la campagne,  un manoir entouré d'un jardin.

Un  bourgeois, à la ville, a  une maison sur une rue et, à la campagne, une villa avec un jardinet .

Un raté gîte au fond d'une impasse, dans un taudis et, à la campagne, dans une masure entourée d'orties.

LA CROYANCE

La croyance, simple supposition au départ pouvant être ou pas crédible devient, propulsée par une conviction chevillée au corps, une certitude qui ne souffre aucune contestation. Les incrédules sont aussitôt catalogués comme des individus sans foi et si on y regarde de près, sans loi.

Cette trajectoire de la croyance n'acquiert cette singularité et ce succès que si celui qui en est le créateur  possède une aura, un don, un charisme qui enivrent, hypnotisent, envoûtent ceux et celles qui le voient, l'écoutent et le croient. Son imagination qui a inventé une histoire lui dicte aussi que ce qu'il dit est la vérité.

La croyance doit son succès et son audience à ce qu'elle fonde son discours sur l'espérance. L'espoir de mieux vivre, de bien survivre enflamme l'imagination, font rêver à l'impossible. Le religieux et le politique,avec ce moteur,se permettent tout, même quand ils savent qu'ils ne peuvent rien.
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samedi 28 juillet 2018

SUITE À LA CONVERSATION FORESTIERE

"Mais, Dancharr, qu'espériez-vous de cette conversation entre vieilles tiges ?"

"Pas un échange de civilités, mais j'aurais aimé savoir ce qu'il pense de l'état des lieux, des changements, de l'air, des animaux, de la nappe phréatique, quel avenir pour lui, les jeunes chênes  qui l'entourent, qui décide de la sélection, que disent les sangliers, les chevreuils, les écureuils. 

J'aurais aimé lui dire que, moi vivant, il n'avait rien à craindre  et ne finirait pas dans une cheminée."
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Pour ne pas perdre le nord, il suffit de savoir où est le sud.

SILENCE

Vous connaissez la nouvelle, les habitants des cimetières exigent que le silence sépulcral garanti par le contrat de concession soit respecté.

Leur porte-parole, une voyante qui parle aux morts, a déclaré:

"Mes clients ne supportent plus le bruit ambiant. Il atteint des niveaux jamais enregistrés. Le plus vieux locataire rappelle que mêmes les cloches de la saint Barthélemy ne faisaient pas autant de raffut que les klaxons, la musique, les avions, les hélicoptères et les milliers de pas et de conversations qui tombent sur  leurs os. Cela suffit, cela doit cesser. Ils exigent que l'espace du cimetière retrouve le silence et le respect qui prévalaient avant l'envahissement du bruit. Seules les voix basses doivent être autorisées, les moteurs à explosion interdits, les rues et avenues alentour devront être soumises à une réglementation et seules les voitures électriques autorisées. Si ces revendications ne sont pas respectées, les morts disposent de moyens de représailles dont les vivants  pourraient faire les frais et s'en repentir, les revenants sont prêts à reprendre du service".

Les services concernés sont avertis, la révolte des habitants des cimetières a jeté un froid dans les âmes et consciences de ceux qui en ont. Tous les vivants devraient soutenir le mouvement par solidarité, pour préparer l'avenir et sauvegarder leur repos éternel.
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NUANCE

"Vous êtes très aimable" est plus sincère que "Vous êtes trop aimable" qui signifie en réalité : "Venant de vous, c'est le minimum que je pouvais espérer".
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vendredi 27 juillet 2018

CONVERSATION FORESTIERE

Ce matin , décidé de parler avec quelqu'un de mon âge- il n'y a que des centenaire au village-, je suis allé dans la forêt. J'y avais repéré  un chêne  de fière allure, de belle lignée, de ma génération. Il était entouré de baliveaux, des jeunes pousses qui confirmaient la verdeur du sujet.

Je m'approchais, les bras ballants,, les mains ouvertes, vides, lui montrant mes intentions pacifiques et  que j'avais laissé la tronçonneuse au vestiaire. À 3 mètres de son tronc, je l'apostrophais d'un ton familier mais respectueux comme il se doit entre gens de bonne compagnie et lui demandais selon l'usage comment allait la santé et ce qu'il pensait du temps.

"N'avez-vous pas trop souffert de l'excès d'eau et maintenant de l'extrême chaleur?"

Silence pour toute réponse, pas une de ses feuilles n'avait bruissé.

Je réitérais ma question:

"Cette instabilité climatique ne gène-t-elle pas la montée de la sève?"

Pas de réaction,  manifestement je ne l'intéressais pas ou  je l'importunais.

Dépité, vexé, je posais mon stéthoscope sur l'écorce  pour essayer d'entendre ses pensées secrètes - je suis parfois indiscret-. Aucune pulsation, aucun écho. Dans le chêne, l'aubier n'est pas épais et j'espérais au moins un murmure. Ce néant intérieur de la part d'un chêne en bonne santé, très vert, sans parasites, ni maladies cryptogamiques pouvait surprendre. Depuis que l'on connaît la richesse de la vie  spirituelle des arbres et des chênes en particulier, je pouvais m'étonner et m'inquiéter. Étais-je tomber sur le misanthrope de l'espèce, un taiseux ayant fait le vide chez ses amis et muré dans un silence monastique? Nous aurions eu beaucoup de choses à  nous dire, étant né la même année . Mais je n'allais pas n'éterniser avec ce vieux bougon. J'allai plus loin, faire causette avec un charme qui était en fait une charmeuse en forme de charmille, pleine de drôlerie, intarissable et qui m'a raconté tous les potins de la forêt.
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J'aime ne rien faire pour faire le compte de tout ce que je ferai dès que je serai en état de le faire.
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