Il arrive un jour, sur le tard, où l'on se pose cette question: "suis-je bien celui que je crois?" Le point interroge l'essence de l'être. Si une réponse est attendue et que l'esprit est prêt à un examen de conscience, le voilà partit pour un voyage au pays des surprises.
En théorie, chacun se veut celui de ses rêves et se voit sous un angle flatteur: intelligent, astucieux, travailleur, poli, ayant toutes les qualités qui justifieraient que l'on soit apprécié. Malheureusement, l'âge apporte, parfois, une lucidité qui démolit les illusions, l'expérience apprenant à coup d'examens ratés, de problèmes non résolus, de fiascos en tout genre, de fins de mois difficiles que nos qualités n'atteignaient pas les degrés qui permettent de survoler les obstacles et de gagner les parties. L'ego peut faire de la résistance et ne pas voir les ratées des qualités. Pour avoir le cœur net et savoir qui on est, au moins dans l'esprit des autres, on peut user de subterfuges plus ou moins probants. Je déconseille la méthode frontale qui consiste à demander ex-abrupto à un ami de confiance " que penses-tu de moi?" La réponse, toujours diplomatique, a la valeur d'un déclaration ministérielle. Il faut user de stratagèmes peu ragoûtants mais, aux grandes questions, les grands moyens. N'engagez pas un 002 ou 03 à la retraite, un détective privé, n'usez pas d'une glace sans tain, d'une caméra audio cachée dans un pot de fleur, achetez un micro-cravate, collez-le avec un chewing-gum sous la table centrale, lancez quelques vannes créant un malaise, tournez le dos, laissez les autres discuter, récupérez deux heures plus tard le mouchard et écoutez, assis, la conversation. Vous en serez le héros et saurez tout le mal qu'ils pensent de vous: mauvais caractère, habitudes exécrables, comportement épouvantable, etc... s'il n'y avait pas sa délicieuse épouse, la pauvre est bien à plaindre, il ne serait jamais invité, etc.. etc... L'exercice est cruel. Sa fiabilité reste à prouver. Le portrait au vitriol a une fiabilité relative. Il peut résulter d'une jalousie maladive secrétée par le désir mimétique d'atteindre votre perfection. Transformer les qualités en défauts, les vertus en vices est un stratagème utilisé par les médiocres pour décrier un modèle inaccessible. Donc, retenez votre juste courroux, ne posez pas une bombe au milieu du salon. Abandonnez à leur triste sort ces amis infidèles, ingrats, injustes. Gardez votre première impression, celle de la sortie de la crise de l'adolescence, quand vous aviez dans les 25-30 ans, que le monde était trop petit pour vous, qu'il vous ouvrait les bras, trop content d'accueillir une perle rare.
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