Il y a deux façons de réussir un coup d'État.
La rapide, comme celle qui mena au pouvoir le futur Napoléon III le 2 décembre 1851 après un passage par la présidence de l'éphémère deuxième République ou celle que nous décrit Jean-Christophe Ruffin dans son excellent livre "D'or et de jungle" (Calmann-Lévy, 2024). Il raconte comment une officine spécialisée peut livrer clés en main un pays à un ultra riche voulant avoir les coudées franches pour ses grandes affaires plus ou moins douteuses. Il suffit d'une bonne organisation avec des spécialistes. Les moyens actuels rendent le processus infaillible. La prise du pouvoir est rapide car le fruit a vite muri et était déjà pourri quand il est tombé dans la main qui avait prévu de le cueillir.
La lente respecte les codes démocratiques avec la même finalité: donner le pouvoir à une personne choisie par une entité dans ses intérêts. En France, le contrôle de l'opinion par l'information est facile puisque les gens qui ont l'argent possèdent aussi les médias. L'inconnu dans la foule devient, grâce à eux, le sauveur de la patrie dès que l'ordre est donné de transformer le candidat idoine, qualifié de prodige, de miracle de la nature avec une intelligence supérieure, une précocité prodigieuse, des qualités d'enfant modèle qui en feraient le gendre idéal et le président qu'il faut à la France, pour faire bien tout ce que les autres n'ont pas fait. Toutes les portes se sont ouvertes pour que le parcours de ce quasi-extraterrestre répondent aux critères habituelles: passage obligé dans l'école d'administration, un autre dans la haute administration pour lubrifier les rouages de la manipulation, une nomination à un poste ministériel pour mettre le dernier pied à l'étrier, un adoubement, signe d'allégeance avec enrichissement dans la banque privée qui "onctionne", de façon coutumière, la plus haute fonction et voilà mis en orbite le futur sauveur de la nation.
Tout ce qui aurait pu ternir l'image saint sulpicienne est caché et le sordide est maquillé en love-story. Les énormes frais occasionnés par la mise en place, puis en route d'une colossale organisation avec création ex-nihilo d'un parti et le financement d'une campagne menée à l'américaine montrent que le jeu était sérieux et en valait la chandelle pour ces spécialistes du retour sur l'investissement. La suite dira qu'ils n'ont pas été déçus. Dans ce genre d'équipe, il y a toujours une équipe chargée des coups tordus. Elle a été brillante pour son fait d'armes le plus saillant avec l'élimination de l'adversaire le plus coriace par la sortie d'une pantalonnade assortie de l'emploi fictif, commun dans ce milieu, d'un membre de la famille. La justice téléguidée par on sait qui a instrumenté avec une diligence qui a beaucoup rassuré sur son efficacité et moins sur son indépendance. Personne ne sera sorti grandi de ce coup d'État déguisé en élection libre: son parti, une créature artificielle; le candidat, un canada dry; nous, les électeurs imbéciles qui nous sommes faits berner en votant pour un homme sans qualités présidentielles.
Ces exemples montrent qu'il est facile de mettre l'État au service d'intérêts privés. La ruse est le plus sûr moyen. Un bon comédien, des discours racontant ce que l'auditoire veut entendre, un public naïf manipulé et désinformé, des complices bien placés et, dans la coulisse, des manipulateurs ayant assez d'argent pour acheter les consciences qui vont tromper les inconscients.
PS: sachons aussi que rien n'a changé. Ceux qui sont aux commandes ont déjà planifié leur prochain coup d'État. Tout est en place. Il y a plusieurs candidats sur la ligne de départ, la casaque change mais le propriétaire est le même.
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