La confusion est inévitable donc fréquente et regrettable pour un esprit distingué. Je me devais de relever cette aberration qui entache la langue française justement renommée par la beauté de la rigueur de sa précision qui atteint un degré extrême de concision. Je m'insurge, vous l'aviez deviné contre la présence dans le dictionnaire franco-français du mot "enchaînement" à un seul endroit. Il mériterait un chapitre, un livre, une encyclopédie.
Son double sens prête à confusion. Le premier nous plonge dans le monde pénitencier et nous renvoie à une époque où la civilisation brillait, à l'ombre des cathédrales et du chapeau des cardinaux par une cruauté qui fait de la méchanceté actuelle une aimable plaisanterie. Elle rivait aux mains et pieds des prisonniers des chaînes qui les empêchaient de bouger du mur où ils étaient écartelés ou du banc de la galère où ils ramaient. On en a la réminiscence aujourd'hui que dans le pays le plus arriéré de la planète, ils mettent encore des chaînes aux pieds des futurs bagnards pour les empêcher d'échapper à des gardiens empêtrés dans la graisse et qui ne sauraient courir, eux qui peinent à marcher.
Entracte. Le beau film d'Alfred Hitchcock, les Enchaînés (1946) avec Ingrid Bergman et Gary Gant le fait glisser de l'oppression physique la plus impitoyable à la violence métapsychologique la plus subtile. Il nous raconte le destin tragique d'un trio prisonnier d'une mission, du passé, de l'orgueil, de leur désir et d'une impossible fusion. Il nous permet un enchaînement avec son autre sens.
Il enchante quand les danseurs suivent les variations de la musique de Tchaïkovski de son Lac des Cygnes avec des jetés battus, des arabesques, des envolés, des pirouettes, des entrechats qui se répondent comme l'eau coule dans le torrent, quand les chapitres se succèdent, chacun faisant avancer l'histoire sûrement vers sa conclusion, quand madame la marquise souffre du récit des évènements qui ont entraîné par une suite de causes et d'effets malheureux le suicide du marquis apprenant qu'il est ruiné, de sa chute qui a fait tomber les chandelles qui ont mis le feu au château qui s'est propagé aux écuries provoquant la mort de la pauvre jument de la marquise.
Mais, au total et au final, la vie n'apparaît être qu'un enchaînement inéluctable qui ne laisse aucune chance ni aucun répit. Nous le subissons en permanence 24 heures sur 24, de la naissance à la mort. Nous ne savons même pas si d'autres ne nous attendent pas dans l'au-delà.
Finalement, je me demande si je ne me suis pas trompé et que son double sens n'en cache pas qu'un ????
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