Après le « journal politiquement incorrect » et 4 ans de silence, de méditation transcendantale, d’un voyage intérieur, il est temps de repartir du bon pied, retourner le sablier et tirer un trait sur 4 ans de silence…

Ce blog aura des recettes de survie, des critiques fines, des analyses aigües, des définitions tirées de mon dico et des rediffusions (en période de fête ou de panne d’inspiration).

Une nouveauté sera la rubrique cinéma français (dont la qualité est inversement proportionnelle à la quantité). Je proposerai des scénarios oscarisables à décharger gratuitement.

Que la lecture commence.


dimanche 20 avril 2014

INTELLIGENCE

L’homme marche sur deux pieds, parle, pense, réfléchit et comprend puisque – faculté suprême qui en fait l’exception – il serait intelligent. Il l’a prouvé en inventant  la roue, :le couteau suisse, la clef de contact , Internet et que, depuis toujours, il discourt, disserte quand il ne pontifie pas, assène, assure, certifie, édicte, proclame, sûr et certain d’être intelligent et de connaître bientôt  le fin mot de l’histoire.

Cependant, le doute est permis car on a vu des individus notoirement intelligents faire preuve d’une bêtise coupable au point d’apporter le malheur à leur peuple, de trouver la formule qui finira par faire exploser la Terre, de conduire l’Europe à l’éclatement et la France à la faillite.

La capacité de jongler avec les balles, les chiffres, les mots, les idées, les notes, les couleurs, les lignes au point de créer des chefs d’œuvre, des opéras, des encyclopédies, d’être Molière, Shakespeare, Kant, Platon, Attali définit l’intelligence théorique, pratique. Mais, parce que Napoléon a fini à Waterloo et amerri à St Hélène ; que Sénèque, éducateur,a produit un Néron ; que Giscard construisit une constitution aberrante pour l’Europe, on a la preuve que ces intelligences-là ne protègent pas de la bêtise.

Pour nous, , l’intelligence n’est pas à rechercher sur les bancs de Polytechnique, dans les laboratoires de Princeton ou du CERN, ni rue d’Ulm ou à l’École des Haute Études. Elle n’est pas une affaire d’aptitude au calcul rapide, à la mémorisation infaillible, de Q.I. à 150. Ce type d’intelligence est compatible avec une idiotie profonde.

L’intelligence véritable, à nos yeux, n’est pas mesurable et n’offre aucune garantie de réussite à un examen, à un concours. Elle n’est ni appréciée ni encouragée. Elle est même un handicap dans notre société qui la décrie et la combat.

Vous commencez à saliver. Suis-je intelligent ? Félicitations, vous l’êtes au plus haut degré, si vous comblez mes deux critères :

Vous êtes curieux.

La curiosité est une manifestation princeps de l’intelligence. Elle suppose intérêt pour ce qui est ignoré. Elle oblige à poser et à se poser des questions pour combler une ignorance . La curiosité pousse à interroger l’autre sur ce qu’il fait, qui il est, d’où il vient, où il va, à ouvrir le livre qui traite d’un sujet, d’un problème, raconte une histoire. Elle fait aller vers l’inconnu, l’insolite, le nouveau.

Conclusion : si vous regardez sans voir, si vous ne posez pas la question, si vous ne lisez pas, ne demandez pas la recette, l’adresse, le lieu, le nom, la marque, vous n’êtes pas plus curieux que mon chien, une brave très bête.

2ème critère : l’esprit critique.

Discerner le vrai du faux, le bon du mauvais sont des objectifs basiques. Ils supposent une capacité de jugement. Il faut, pour le faire, disposer d’une gamme de valeurs morales acquises, en principe, par l’éducation de base. C’est ce que la louve apprend à l’enfant loup en même temps qu’à ses petits : respect, propreté, obéissance. Même si l’être humain ne bénéficie pas toujours de la même disponibilité au service d’un instinct non dépravé, on estimera qu’elles sont assimilées.

L’esprit critique est indispensable pour aboutir à l’indépendance. Il permet de ne pas être prisonnier des idées reçues, à la mode, ou imposées par la religion, la politique, l’idéologie, le sectarisme, la routine, la tradition.

Il se nourrit de la curiosité qui aura permis d’être en mesure de comparer avec les options disponibles et de choisir la plus raisonnable, à court, moyen et long terme. Il est redoutable et impitoyable quand il n’a pas cette réserve où piocher la bonne décision. Il doit s’exercer au premier degré et d’abord sur lui-même.

Notre intelligence n’est donc pas celle de l’agrégé, du normalien, du polytechnicien,  ces parangons qui nous gouvernent si mal. Elle peut ne rien comprendre à la philosophie de Spinoza, à la mécanique quantique, à la cristallographie de l’eau de rose et au dernier théorème de Fermat.

Poser des questions, écouter des réponses et décider à la lumière du pour et du contre suffit ,pour nous, à  définir l’intelligence réelle.

Mais elle serait incomplète si l’intelligence du cœur ne la complétait pas. Elle suppose deux vertus contradictoires

Il faut être un peu orgueilleux. Non pas de ce que l’on a (richesse, adresse, exploits, réussite), mais de ce que l’on est : un individu avec une personnalité qui respecte celle des autres mais entend qu’on respecte la sienne et veut garder sa liberté de penser et d’agir. Cet orgueil-là permet de ne pas se sentir inférieur devant qui se prétend supérieur.

La deuxième vertu utile est l’humilité. L’intelligent connaît trop ses insuffisances, ses défaut pour les oublier Cette conscience de n’être pas une merveille l’oblige à rester discret, sans prétention au-delà de ses possibilités.

De la curiosité, de l’esprit critique, une pointe d’orgueil, un zeste de modestie suffisent à vous  qualifier d’intelligent. Il vous sera même possible de considérer avec un peu de pitié les intelligences à la mode qui battent les estrades, courent après les honneurs, les académies, l’argent et perdent leur vie.


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