Après le « journal politiquement incorrect » et 4 ans de silence, de méditation transcendantale, d’un voyage intérieur, il est temps de repartir du bon pied, retourner le sablier et tirer un trait sur 4 ans de silence…

Ce blog aura des recettes de survie, des critiques fines, des analyses aigües, des définitions tirées de mon dico et des rediffusions (en période de fête ou de panne d’inspiration).

Une nouveauté sera la rubrique cinéma français (dont la qualité est inversement proportionnelle à la quantité). Je proposerai des scénarios oscarisables à décharger gratuitement.

Que la lecture commence.


samedi 12 avril 2014

LES AVATARS DE L’ADOLESCENCE

Ou l’origine des malheurs du monde
CHAPITRE XII

LA GUERRE

L'agressivité trouve sa quintessence dans les guerres. Elle atteint, actuellement, l’un de ses paroxysmes puisqu'une multitude de conflits ensanglante le monde et l'on en devine beaucoup d'autres, prêts à dégénérer .

L'agressivité a surgi dans l'adolescence avec la force physique et les armes psychologiques et intellectuelles qui sont nécessaires à son expression. L'adolescent discute, argumente, conteste les idées reçues et l'ordre établi. Il assure, de la même façon, sa place dans la société par un engagement actif et une émulation qui le pousse à devancer les concurrents. Il s'agit à ce stade d'une programmation normale, indispensable. Mais, comme la responsabilité peut ne pas être ressentie comme une valeur, l’agressivité peut être détournée de son objet et dégénérer en une hostilité qui va contaminer la société. Hitler avait profité de cette disponibilité pour entraîner tout un peuple dans sa folie guerrière. Ses émules sont à l’œuvre partout, jouant sur les mêmes ressorts.

La foule commence par défiler, réclamer avant de se battre. Chaque protestataire partage la conviction de tous les autres. L'ennemi commun est désigné comme animé des plus noires intentions. Le consensus est toujours de mise dans ces crises nationalistes. Le sentiment de haine infecte chaque composante du corps social. Il n'est pas une nouveauté. Il a été ressenti par l'individu, isolé contre ceux qui, dans son adolescence, s'opposaient à lui. L'isolement, la dépendance n'existent plus. Sa pulsion de haine pour l'ethnie honnie ou ceux qui ne partagent pas la même foi est portée et partagée par tous. Les autorités soutiennent sa révolte. Elle s'extériorise sans entrave. Sa logique admet que le sang puisse couler. Les autres, ceux contre qui la foule s’insurge, sont dans la situation de ceux qui n'ont pas la même opinion, selon un scénario déjà rencontré. Chacun puise dans son passé des raisons à sa détermination et, pour certains, y voit une occasion de revanche.

Le conflit entre deux états dont l'histoire donne tant d'exemples et celui ,- hier des pays coloniaux refusant l'indépendance à leurs colonies renvoie directement à une situation de l'adolescence et à une attitude parentale intransigeante ou despotique. L'habitude d'imposer sa volonté sans discuter, d'être obéi sans réticence a fait croire au dominant qu'il en sera toujours ainsi. L'évolution aidant, l'autre prend conscience de son identité, de sa valeur, de sa puissance, de son bon droit et remet en question l'opportunité de la sujétion. Le rejet, la révolte secouaient la prépondérance paternelle. En d'autres lieux, la conscience nationaliste réunit des milliers de citoyens opprimés, mobilise des hommes et des femmes déterminés à n'être plus des vassaux et à combattre la puissance étrangère qui veut dicter leur destinée. La force de cette conviction est irrésistible.

Le blocage de la tutelle sur ses positions et ses avantages acquis traduit l'incapacité de se mettre a la place de l'autre, caractéristique de la rétention des sentiments.

La lutte de beaucoup de minorités contre un pouvoir central qu'elles rejettent peut être vue sous le même éclairage. Nous pourrions ainsi considérer le Sentier lumineux au Pérou, l'IRA contre le Royaume Uni, l'E.T.A. militaire contre l'État Espagnol, les indépendantistes corses contre l'État Français, les communistes aux Philippines et, aujourd’hui, les kurdes, les touaregs, les palestiniens, les sunnites. Le groupe minoritaire est en guerre contre une autre fraction dont il veut s'exclure. Ses requêtes, ses mobiles, ses motifs, les moyens qu'il emploie sont assez radicaux pour être inacceptables par le gouvernement en place. Le dialogue rendu impossible par les prétentions des partisans ne permet pas de rétablir une paix et d'envisager une solution acceptable et négociée. L'outrance de l'un, renforce la détermination de l'autre. La méfiance réciproque ne fait que croître au fil des attentats. Cela fait penser à une famille où un adolescent exaspéré de ne pouvoir satisfaire ses envies accuse son père smicard de lui refuser l'argent de poche dont il clame le besoin. Le père a certainement eu tort de n'être pas un capitaine d’industrie mais la demande est  déraisonnable par rapport  aux  possibilités          et ne peut être satisfaite. L’insatisfaction du fils est outrancière. La  réaction paternelle,  même excessive, paraît normale. La colère du fils en sera fortifiée. La concorde n'est pas près de
s'installer dans la maison.


LA PAUVRETÉ, LE CHÔMAGE

La guerre, l’animosité politique ne sont pas les seules occasions où la constipation des sentiments, le mépris, indifférence sont aux commandes du corps social. La vie de la cité subit le même empoisonnement. Sa dégradation paraît avoir été voulue par l'urbanisme qui a prévalu durant des décennies. Il a défiguré les banlieues par des monstruosités de béton où l'en a entassé les populations ouvrières.

Cette sarcellisation a été planifiée et conçue par des politiques, des architectes qui, eux, vivent dans le luxe, le calme, l'espace. Ils ne supporteraient pas la promiscuité, le bruit, les odeurs, l’éloignement que leurs décisions ont imposés à des milliers de travailleurs.

Une nouvelle dégradation du milieu a été provoquée par la montée des nouveaux pauvres, la clochardisation des déshérités venus du chômage.

La cause princeps de toutes ces situations de détresse est l'indifférence.

Elle frappe l’immense cohorte de tous les nouveaux pauvres. Victimes des restructurations, trop âgés pour apprendre un métier, trop jeunes pour être qualifiés, ils se retrouvent exclus d'une société oui méprise leur force de travail et leur besoin de dignité. Ils assiègent les restaurants du cœur. Beaucoup se clochardisent, ayant cessé la lutte.

Leurs contemporains plus chanceux prospèrent à côté de leur misère. La solidarité se limite à la charité de l'aumône. Partager le travail pour que chacun en ait sa part serait une solution facile a appliquer et qui ne coûterait qu'une fraction minime des revenus. Elle renforcerait la cohésion du corps social et justifierait la devise de la République. La possibilité d'un tel geste est refusée par presque tous, un seul syndicat s'est dit intéressé par une telle solution. Les autres la rejettent farouchement.

Ces abandonnés relèvent de l'assistance. Leur sort, c'est-à-dire le pain et le toit quotidiens, dépend de la bonne volonté de ceux-là mêmes dont la sagesse à la conduite des affaires publiques, la clairvoyance dans les choix économiques, budgétaires, les ont placés la où ils sont. Ces responsables ne se déjugent pas facilement. La situation des pauvres ne peut aller qu’en s’aggravant.

D'autres occasions surgissent en permanence pour susciter une agressivité sourde. Cela se passe au guichet, des administrations privées ou d'État si un quidam quémande un instant d'attention à un moment inopportun. Toutes ces situations relèvent du même schéma. Il y a d'un côte un individu en position d’infériorité (le clochard, le prisonnier, le  demandeur de renseignements); de l'autre côté, parfois en face mais souvent invisible, dans un bureau au cœur d'un édifice à la mesure de sa responsabilité, un autre individu. Sa fonction l'a investi d'un pouvoir, peut-être représentatif.

La rue, le hall d'une gare, la révolte dans les prisons démontrent, de façon permanente, que les murmures des uns, les cris des autres, ne parviennent ni à son cœur ni à son cerveau. Ils ne font pas fléchir une règle. Le bruit génère parfois un geste, un discours, une commission, une nomination. L'attention détournée, le  cours  normal de l'indifférence apaise le remoud, épuise le reste d’énergie de la protestation. L'aveuglement, la surdité ne frappent pas que le guichetier, le nanti, le politique. Personne ne peut prétendre échapper au reproche. Chacun est coupable de la même indifférence. Les boucs émissaires sont utiles} à la démonstration. Le simple choix de ce métier et leur acharnement à parvenir là où ils sont, supposent une vocation et il paraît normal de leur tenir grief de ne pas appliquer la même ardeur au service de ceux qui justifient leur présence ou qui les ont élus.
Une dernière fois nous ferons référence à l'adolescent pour tenter de trouver une raison à ce constat désolant d'une  société indifférente à la misère d'une fraction importante des siens bien que disposant des ressources pour y pourvoir.

L'adolescent a été lui aussi un être exigeant, dépensier et qui n'avait pas les moyens de ses besoins. Sa demande était plus ou moins satisfaite par la puissance parentale. Elle était la source de l'argent, de l'expérience, de la sagesse, dans les meilleurs cas. Souvent, la réponse était un refus, car l'exigence pouvait dépasser les possibilités de la famille.

Le pauvre, le chômeur, le prévenu, etc. prendra la place de l’adolescent. Sa demande est la même. Il veut obtenir du pouvoir la reconnaissance de sa détresse et les moyens de la supprimer. Les hommes, les femmes qui sont en situation de dominants sont donc sommés de comprendre, d’accepter et de décider les mesures adéquates.

Il leur faudrait faire un retour à leur propre vécu d’adolescents, à l’époque des frustrations et des vexations et décider si leurs parents avaient tort ou raison. Cette analyse est déplaisante, malaisée. Elle réveille trop de mauvais souvenirs. Il est plus facile de l’ignorer eu de préférer le rôle tutélaire de père sévère mais juste qui ne sacrifie pas son autorité aux demandes fantaisistes d'un irresponsable trop immature pour être capable de vivre en adulte. Il ne faut pas l’habituer à la facilité d'une assistance sans contrepartie : de l’argent, mais s'il travaille, un logement décent, mais s'il est sage, un repas, mais qu'il cesse de boire, un sourire, mais qu’il attende que je sois prêt m’occuper de lui, etc.

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