Après le « journal politiquement incorrect » et 4 ans de silence, de méditation transcendantale, d’un voyage intérieur, il est temps de repartir du bon pied, retourner le sablier et tirer un trait sur 4 ans de silence…

Ce blog aura des recettes de survie, des critiques fines, des analyses aigües, des définitions tirées de mon dico et des rediffusions (en période de fête ou de panne d’inspiration).

Une nouveauté sera la rubrique cinéma français (dont la qualité est inversement proportionnelle à la quantité). Je proposerai des scénarios oscarisables à décharger gratuitement.

Que la lecture commence.


mardi 15 avril 2014

SUITE ET FIN DU VOYAGE INDICIBLE

Le lendemain, notre voyageur bien réveillé reprit le fil de son récit.

« J’avais lu trop de témoignages pour être  surpris de me retrouver dans un décor conforme aux canons saint-sulpiciens : l’herbe était verte, les arbres splendides, les fleurs à foison, les oiseaux gazouillaient, les brebis bêlaient, les loups n’étaient pas affamés, les lions déambulaient, surveillant leurs lionceaux et leurs lionnes, très pacifiques. Et il’y avait des hommes et des femmes joyeux, détendus, paraissant heureux et qui devisaient, peu pressés mais très intéressés par ce qu’ils voyaient, entendaient, racontaient.

Manifestement ils n’avaient pas de TER, de bus, de métro, de RER, de courses, de rendez-vous dans leurs agendas du moment. Ils m’interpellaient, me demandant d’où je venais, qui j’étais. Moi, je cherchais ceux qui me manquaient et à qui je manquais. Ils m’attendaient, prévenus je ne sais comment. Ce fut très agréable. Plus tard, j’assistai à une cérémonie. Elle avait lieu tous les jours de là-bas. C’était la minute aux vivants . Un instant consacré au recueillement et au souvenir de ceux qui avaient encore à endurer leur vie et l’occasion d’évoquer tout ce qu’ils avaient supporté avant d’en finir. Cela avait débuté dès la délivrance et l’arrivée dans le froid, la faim, le bruit et, ensuite, la varicelle, la rougeole, l’appendicite, la maternelle, l’école, le lycée, les brimades, les examens, les concours, le travail, le chômage les accidents, les médecins, les hôpitaux, les guerres, les explosions, les morsures, les fractures, l’arthrose, le cancer, l’arthrite, l’artérite, les voleurs, les assassins, les politiciens, les douleurs, les névroses, la dépression, la maison de retraite, la solitude et l’interminable décrépitude. Il a fallu subir tout ça pour mériter enfin la tranquillité, la santé, la sagesse, la connaissance, le repos. Voilà ce qu’ils fêtent pour ne pas oublier d’où ils viennent.
Comment ne pas envier ce qu’ils étaient et réfuter ce qu’ils disaient. C’était le moment de choisir entre rester ou revenir dans mon corps qui reposait dans une clinique près de Lausanne. Moi qui avais eu une enfance heureuse, des parents aimants,qui vivait dans un pays pacifique, à la neutralité bienveillante, qui jouissait d’une bonne santé et de revenus confortables acquis sans fatigue excessive, je ne trouvais pas mon sort terrestre très pénible et pensais pouvoir en épuiser encore quelques attraits qui pouvaient ne pas figurer dans l’éden qu’on me présentait. Je ne connaissais pas l’envers de ce décor et n’était pas pressé de le voir.Je déclinai la proposition et, après avoir dit au revoir à l’aimable compagnie, je refaisais le voyage à rebours et sortais du pays des rêves pour un lit d’éveil dans la chambre 10 de ma clinique vaudoise.

Voilà chers amis, un résumé de mon E.M.I. Je ne sais toujours pas s’il s’agit d’un voyage purement onirique avec une densité presque organique ou réellement le transfert dans une réalité qui appartient au monde post-mortem. Est-ce un mirage de la chimie ou l’au-delà miraculeux qui certains promettent à leurs  ouailles pour qu’ils les croient ?

J’ai presque eu la réponse à ma question quand, avant de partir, un des anesthésistes me prit à part et me glissa:

-       " vous avez fait une excursion au paradis mais, pour les âmes bien trempées, ceux qui n’ont peur de rien, je peux les envoyer en enfer aussi bien : celui des  cauchemars de Dante. C’est une plongée dans l’horreur qui vaut, paraît- il, le déplacement. C’est simple: on remplace les tranquillisants, les euphorisants les anxiolytiques par des antagonistes et on diminue les taux de sérotonine, dopamine, du Gaba, au lieu de favoriser mister Love , on magnifie docteur Jerry. On vous récupère de la même façon , on régularise tout pour que votre humeur redevienne bonne au réveil et que vous gardiez seulement le souvenir de votre descente".

Téméraire, mais pas con, j‘ai dit non.. Les mauvais souvenirs, j’en ai déjà mon compte »


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