Ce blog est pour le lecteur qui apprécie l'ironie, l'humour, qui est à l'affût de pensées faciles, d'idées saugrenues, d'inventions bidon, de conseils bizarres et qui n'est pas horrifié par le sarcasme, l'irrespect. Il est à éviter pour les conformistes, les dominants, les dominés.


vendredi 16 janvier 2026

LES TROIS LOIS DE NEWTON

Si, au cours d’un mauvais repas, pour dégeler des convives englués dans la mastication de leur déception, vous souhaitez accomplir une œuvre charitable, élevez leur esprit en orientant la conversation vers un sujet  inoffensif: ni madame Macron, ni Trump, ni Netanyahou, ni Poutine, ni politique, ni religion, ni philosophie.

Tentez plutôt : 
« Vous souvenez-vous des lois de Newton, ce savant anglais passé à la postérité par sa gravité ? »

Ne laissez pas s’installer l’instant de vérité — neuf fois sur dix un moment de consternation générale — et ajoutez charitablement que tout corps persévère dans son état de repos ou de mouvement rectiligne uniforme tant qu’aucune force extérieure ne s’exerce sur lui.

Ce principe d’inertie (première loi de newton) s’applique admirablement à la psychologie : il explique notre entêtement à conserver habitudes, croyances et comportements, et notre refus obstiné du progrès tant qu’aucune contrainte suffisante ne nous oblige à changer. 
Observez alors la réaction. Soit vous avez capté l’attention de tous — cas rarissime — soit celle d’un seul, en général votre vis-à-vis, captif sans issue de secours. 
Vous embrayez alors sur la deuxième loi, que vous maîtrisez, ayant travaillé sa rhétorique et affûté sa dialectique. D’une voix nette, vous assénez :
«La variation du mouvement est proportionnelle à la force appliquée et s’effectue dans la direction de cette force».

Elle fonde le principe fondamental de la dynamique qui est transposable à la psychologie où l'on constate que le changement psychique est proportionnel à l’intensité de la contrainte et inversement proportionnel à l’inertie mentale. Ainsi, une faible contrainte transforme aisément un esprit souple, tandis qu’une forte demeure sans effet sur un esprit obtus. 
Si cette conclusion n’a pas réveillé l’assemblée — le collège laisse des séquelles durables : cancre un jour, cancre toujours — frappez le coup de grâce avec la troisième loi : à toute action correspond une réaction égale et opposée. 
En principe, sauf crise collective de catalepsie, cette assertion devrait susciter une réaction. Elle leur expliquera votre effort de sensibilisation à des lois qu’ils appliquent fort mal, puisqu’ils opposent à toute tentative de les modifier une force de résistance équivalente.

Toute morale appelle sa transgression, toute domination sa revanche, toute contrainte engendre opposition, révolte, radicalisation et contre-idéologie.

Le silence incrédule qui suivra votre conférence improvisée vous récompensera de votre effort inutile et rappellera à votre hôte consterné l’erreur commise en vous invitant à ce repas,  il  aura scellé la fin d’une mauvaise amitié.

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