Ce blog est pour le lecteur qui apprécie l'ironie, l'humour, qui est à l'affût de pensées faciles, d'idées saugrenues, d'inventions bidon, de conseils bizarres et qui n'est pas horrifié par le sarcasme, l'irrespect. Il est à éviter pour les conformistes, les dominants, les dominés.


samedi 21 décembre 2013

HALTE AUX VŒUX

Avant de commencer votre campagne de vœux, vous avez intérêt à écouter ce que j’ai à en redire. Vous vous épargnerez une corvée pénible, économiserez un temps et un argent précieux. Vous les dépenserez à votre profit pour faire ce que vous auriez dû faire hier et acheter l’objet inutile dont vous avez tellement envie.
 
Les vœux sont à la prière ce que la crème pâtissière est à la crème anglaise. Des pointilleux relèveront des petites différences dont ils feront des Monts Blancs. Ils argueront qu’entre une cartomancienne qui sait voir le dessous des cartes et une carmélite confite en dévotion et martyrisant ses genoux il n’y a pas photo. Ils ont raison et je ne confonds pas la sainte foi de l’une et la folle conviction de l’autre.
 
Il convient, d’abord, de prendre du recul et de remonter aux premières années de notre ère. Ne confondez pas avec le quaternaire où nous serions toujours mais avec l’ère chrétienne. À la suite des premiers chrétiens dont il avait repris les prétentions, Charlemagne décréta que notre calendrier avait débuté 800 ans auparavant, quand le Christ était né. La date exacte reste, en réalité, inconnue car la fiche d’état civil a été perdue lors de la fuite en Égypte.
 
La période des vœux remonte donc à 2000 et quelques ans, celle des prières débutera 3 décennies plus tard, peu de temps après la remontée au ciel du fils de Dieu. Il n’y a pas de doute sur le jour, le fait est abondamment décrit dans plusieurs évangiles, du moins ceux qui, ayant reçu l’imprimatur, sont dignes de foi.
 
Les vœux sont plus saisonniers que la prière. Ils subissent une recrudescence en fin d’année et culmineront à l’arrivée de la nouvelle année. Vous remarquerez que, quelque soit le millésime on parle toujours de vœux de l’an neuf. La prière est, elle, une occupation quotidienne pour ceux qui s’y adonnent avec régularité. Elle a des pics d’activité lors des offices dominicaux. La prière du soir, autrefois très prisé, surtout dans les campagnes, à l’heure de l’Angélus, est en déclin et c’est bien dommage. J’en garde la nostalgie car elle donnait une impression de paix, de recueillement. Le silence rompu seulement par le son de la cloche, contraste horriblement avec le bruit et la fureur qui agitent maintenant le monde paysan.
 
La prière peut plier le genou mais n’a pas rendu l’arme. Elle continue, cachée, dans des lieux retirés, apanage de reclus dont nous reparlerons.
 
Si le vœu et la prière ont eu un destin commun dans leur jeune âge, il devint croisé par la suite et leur chemin bifurqua quand arriva la séparation de l’église et de l’état (1905). La prière avait déjà souffert d’attaques répétées lors de la révolution de 1789 où elle avait été mise hors la loi. L’éclipse avait été de courte durée. On peut même dire que, dans le secret des cœurs, sa flamme était restée ardente surtout en Charente maritime et dans les pays de Loire et de Vilaine.
 
Vœux et prières changèrent de statut. Le vœu devint laïc et ses grands prêtres, des ministres d’état, entrèrent au gouvernement ; la prière resta une affaire purement religieuse et ses mandataires se firent appeler ministres du culte.
 
Je ne ferai, comme vous, aucun commentaire sur ce schisme pour ne pas être l’allumette qui mettrait le feu à la poudre d’une nouvelle guerre de religion. La guerre civile rampante qui rode aux portes de Paris me suffit. Avec mon franc parler, ma rude franchise, et mon culot monstre, je vais enfin dire ce que j’avais à dire : la prière, comme le vœu, est un pieux mensonge, une demande hypocrite, une lettre sans accusé, une promesse en l’air, enfin une baliverne proférée par des acteurs qui débitent un texte avec conviction comme au théâtre de la Gare, avec componction, comme à la Comédie Française, mais toujours dans un rôle de composition.
 
Pourquoi haïr ces gentils mots qui font plaisir à dire et à entendre ? Me direz-vous, scandalisé. Mais parce que mon dossier à charge est rempli à ras bord.
 
Depuis l’an 30, combien de milliards  de « Je vous salue Marie », de « Notre Père qui êtes au ciel » sont montées vers les nuages, de kilomètres en années-lumière de chapelets en rosaire ont été parcourus, de chants grégoriens, de messes en fa, sol, la, si do, de « cantique des cantiques », de « petit papa Noël » ont été exécutés, chantés, fredonnés, et tout ça, pour quel résultat ?
 
Mais le même que celui des milliards de milliards de cartes de vœux échangées et des billions de souhaits en tous genres, de toutes espèces pour la paix, la prospérité et, surtout, la santé.
 
Le bilan de cette flopée de prières, de vœux vous le connaissez aussi bien que moi, si vous vous donnez la peine d’ouvrir vos yeux et vos oreilles. Il est navrant, il est nul, il est désespérant !
 
Depuis toujours, ce ne sont que guerres, dans la famille, dans les rues, dans les cités, entre clans, entre tribus, entre états, entre nations et les plus fous se préparent à la faire aux étoiles.
 
La prospérité, parlez-en aux nouveaux pauvres, aux morts de faim, aux expulsés, aux migrants, aux victimes des faillites, des banqueroutes, des krachs, des escrocs, etc.
 
La santé surtout, ne s’arrange pas. On meurt plus tard, mais dans quel état ! et elle nourrit les déficits, les hôpitaux, les centres anticancéreux, les cliniques psychiatriques, les laboratoires de chimie, de recherche et qui ne trouvent rien sauf des crèmes antirides. La mortalité infantile n’arrive pas à baisser, l’hécatombe routière se poursuit, les cancers sont toujours plus nombreux, plus féroces, plus mortels.
 
Et toutes ces horreurs, tous ces malheurs qui croissent et embellissent malgré tous les bons vœux et les belles prières, ça vous pas fait douter ? Et si ça ne servait à rien, si on perdait son temps ? Si c’était un cache-misère, une occupation hypocrite pour s’éviter de réfléchir et de s’attaquer aux choses sérieuses ?
 
Vous lâchez pas prise, vous y tenez, à votre carte postale et à votre petite prière. Vous me forcez à continuer.
 
Je préfère le vœu à la prière. Il est plus sincère, car moins intéressé, moins servile, moins égoïste, moins hypocrite. On offre des vœux par générosité, pour faire plaisir en espérant que le mauvais sort sera conjuré et notre ami enfin heureux, au moins pour un an.
 
La prière a d’autres buts et sa prétention vise un autre destin, celui du prieur. Il dresse son homélie à une entité supérieure en qui il a mis tous ses espoirs pour que la suite à venir soit digne de son appétit et à la hauteur de sa peur. Il conjure son mauvais sort en faisant semblant de prier pour celui du voisin. Je ne parle pas des croyants qui vont au charbon et affrontent la misère en première ligne mais de ceux qui s’abîment les rotules sur le mode continu (Laudes, Prime, Tierce, Sexte, None, Vêpres et Complies), dans des espaces bien clos, derrière des murs épais, loin des distractions, bien concentrés dans leur adoration d’un Dieu inconnu, inaccessible mais qui peut certainement beaucoup, après tout ce qu’on lui prête. Il faut se faire pardonner d’être né, c’est un péché qu’il faut expier. Ils prient donc, d’arrache-pied et, en louant le responsable de tous les malheurs, ils espèrent bien s’en faire dispenser quand le jour viendra.
 
Seul le hasard rend la prière et le vœu gagnants. Cela arrive de temps en temps. Le gros lot du Loto se rappelait avoir pensé, au moment de marquer les bons numéros : « Mon Dieu, faites que je gagne ».
Ce n’était pas un miracle mais son jour de chance.
 
Pourquoi cette obstination à faire des vœux et à prier en vain ?
 
L’explication oblige à aller taquiner la sociologie et la physiologie. Le détour est plaisant.
 
La prière a beaucoup occupé ceux qui planchent sur les reliquats modernes des incantations premières et des superstitions primitives. Ils en ont retrouvé la trace dans les hiéroglyphes égyptiens mais aussi dans des cavernes inaccessibles de la jungle de la Papouasie du Nord sous la forme de peintures rupestres de la fin du tertiaire, dans l’ivoire d’une dent de phoque géant (96 cm de tour de taille) trouvé dans un igloo daté de 3 millions d’années avant J.-C. et parfaitement conservée au sein d’un glacier géant du quadrant supérieur droit du cercle polaire. Le propos montre l’universalité du genre humain, sa propension, quelle que soit la latitude mais aussi la longitude à supplier le grand Pan et à essayer d’infléchir sa divinité supposée afin de lui demander de faire le travail à sa place et de forcer les choses dans un sens favorable : faire tomber la pluie quand le sol se dessèche, arrêter le feu quand l’incendie perd le contrôle des flammes, stopper la peste avant que la mort s’ensuive, arrêter les fourmis quand la Marumba gronde, enfin chaque fois que l’homme -  souvent poussé par sa femme - a, la peur au ventre, la mort aux trousses.
 
Les physiologistes s’y sont intéressés un instant quand ils ont étudié les réflexes archaïques. Présents à la naissance, ce sont eux qui font fermer les menottes du nourrisson quand on lui chatouille la paume ou se mettre à téter goulûment quand le téton s’approche de ses lèvres. Ils disparaissent en temps utile quand le besoin est passé. Leur persistance au-delà des normes imparties est considérée comme un retard du développement mental augurant d’une scolarité difficile à conclure par les félicitations du jury. N’ayant rien à en dire, ils s’en sont vite détournés, ayant mieux à faire.
 
Si ce problème vous passionne vous trouverez facilement les renseignements complémentaires en cherchant bien. Personnellement le sujet ne m’intéressant pas plus que ça, je me suis contenté du peu que j’en savais pour vous en faire profiter. De la même façon je n’ai pas été voir dans les mondes parallèles qui peuplent notre planète quels étaient leurs us et coutumes vis-à-vis des vœux et des prières. Je trouve les voyages lointains trop fatigants, les prix en classe économique trop élevés, les navettes spatiales trop inconfortables pour aller s’ennuyer à essayer de comprendre des langues pas faciles à apprendre etc. Je ne connais pas l’ordre de leurs priorités, quelles sont leurs divinités, s’ils recherchent le bonheur sur la terre ou au ciel. Et pour être franc et tout à fait cynique, j’ai autre chose à faire, notamment en finir avant la fin de l’année avec ce pensum qui n’en finit pas et commence à m’énerver.
 
Vous avez compris que je milite pour qu’on en finisse avec les vœux habituels ou du moins avec leur formulation courante. Je serai plus réservé quant à la conduite à tenir avec la prière. Il semblerait, à en croire la fréquentation des églises et de la Sainte Chapelle, qu’elle vit ses derniers moments. A force de prier dans le vide, les cloîtres se dépeuplent et leurs cellules se transforment à un rythme de plus en plus soutenu en chambres d’hôte. La prière se fait rare parce que les découvertes récentes auraient montré que l’histoire qui racontait que Dieu aurait fait un voyage sur la terre en se faisant passer pour son fils serait, en fait, une légende rurale. Finalement toutes les prières auraient été dites pour rien ? J’attends cependant une confirmation du Vatican. Dans le doute, je me limiterais aux vœux et vous propose un changement de stratégie afin que les vœux cessent d’être creux, l’expression d’un conformisme, une habitude, une hypocrisie et, comme je l’ai peut-être déjà dit, que l’évidence balaie l’apparence.
 
Comment ? Comment ? Criez-vous. Simple. Il faut arrêter d’envoyer des vœux à Pierre, Paul et à ses sœurs et concentrer le feu de l’action sur l’année elle-même, la responsable de tout. Voyez l’année qui va finir. Tous les quotas de guerres, de crises, de faillites, d’attentats, de morts, de coups d’état, d’épidémies de faim, de choléra, d’incendies, d’inondations, de tremblements de terre, de chômage brut et technique, de hausses de prix, de baisses d’activité, d’inflation, de stagnation, de déflation et, maintenant, de récession ont été pulvérisés. Et ceci malgré des vœux qui, fin 2012, nous avaient promis une année heureuse, prospère avec un beau soleil mais avec ce qu’il fallait de pluie, de travail, de chance et, surtout, la santé. Donc on change tout, on laisse tomber les vœux privés et on s’adresse directement au responsable, à qui organise la chienlit générale et nous conduit au chaos, à la ruine, au naufrage, à la grande débâcle. L’année à venir doit être consciente de ce qu’elle fait afin d’abandonner les mauvaises habitudes prises depuis si longtemps, rappelez-vous Hiroshima, 39 et avant, 17, 1870, la guerre de 100 ans, le Moyen-âge, les sept plaies d’Égypte, l’agonie des dinosaures, etc. Toutes ces années qui nous en ont fait baver, qui ont accumulé les catastrophes et qu’il a fallu passer l’échine tremblante, dans la boue, le froid, le désespoir, la mort. Combien d’années terribles depuis le début ? Toutes. Aucune belle époque ne l’a été.
 
Que lui dire ?
 
D’abord la remercier d’être fidèle au rendez-vous et de ne pas se laisser décourager par la mauvaise qualité des évènements de l’année qui s’achève.  Le procès permanent qu’elle subit doit être pénible à vivre mais, sa responsabilité était engagée puisqu’elle leur offre l’hospitalité. Elle doit admettre que ceux qui en souffrent sont en droit de s’en offusquer. Bénéficiant de la loi d’amnistie traditionnelle on l’oubliera pour se concentrer sur l’année à venir afin de ne pas disperser les forces. 2014 doit travailler à améliorer ses performances et réussir là où les précédentes ont échoué. Il lui suffira de suivre mes recommandations :

1. Elle doit retrouver une dignité et arrêter de subir des mauvaises influences. Le passé doit être oublié afin qu’elle ne cherche pas à l’imiter, ce qu’elle fait depuis trop longtemps. Elle ne doit pas regarder en arrière mais se concentrer sur ce qui va arriver afin d’essayer de l’améliorer. Pour cela, elle doit fermement s’engager à arrêter d’avoir des fréquentations douteuses et ne sortir qu’avec de la qualité éprouvée. Ne rien acheter à la sauvette, prendre des garanties, privilégier les marques connues et la qualité supérieure.
 
2. Elle doit aussi ne pas croire tout ce que les orateurs, même très bons, prétendent. Apprendre à discerner le vrai du faux, les diseurs de vérité de ceux de mauvaise aventure.

3. Elle doit discipliner son climat et arrêter d’augmenter la température de l’eau et de l’air. Cela donne soif, dessèche la peau et fait trop marcher les climatiseurs avec les risques que cela comporte pour les ours blancs et les phoques qui ne savent plus où se mettre.

 4. Elle doit normaliser sa pression afin d’éviter les excès qui favorisent la stagnation du ciel bleu, une mer d’huile, suppriment le vent et même les courants d’air. Cela entraîne une pollution qui oblige à marcher à pied. De la même façon, les basses pressions seront à éliminer en raison des tempêtes tropicales, des cyclones et autres ouragans qui font beaucoup de dégâts un peu partout.

5. 2014 devra réfléchir avant d’agir, en choisissant, par exemple :

·         des endroits inhabités pour faire tomber la foudre ;

·         de faire trembler la lune plutôt que la terre ;

·         de faire pleuvoir là où la nappe phréatique a besoin de remonter ;

·         de déclencher des épidémies dans les armées en campagne, plutôt que dans des camps de réfugiés ;

·         d’être enfin raisonnable, en se comportant en année responsable :

·         du temps qu’il fait, avec du beau temps ;

·         du temps qui passe, avec du bon temps ;

·         en ne créant pas des conditions de vie difficiles ;

·         en favorisant la solution des problèmes ;

·         en retrouvant les chemins de la prospérité ;

·         en autorisant une prise de conscience des responsables.
 
La santé doit rester prioritaire car elle permet de bien profiter de la vie : jouer au tennis, faire de la pêche sous-marine, visiter un musée ou s’éclater au hip-hop est difficile, voire impossible avec une perfusion au pli du coude.
 
2014 doit être une année où rien ne sera à risque et avertie qu’on attend beaucoup d’elle. Elle doit savoir qu’elle restera sous surveillance armée, que tout incartade sera sévèrement réprimée et que sa récompense, si elle a tenu ses promesses, satisfera son attente.
 
La carte type pourrait être de la sorte :
 
Chère année nouvelle,

Nous t’attendions avec impatience. Tu es une année bienvenue qui, j’en suis sûr, nous changera de la précédente qui a très mal fini pour n’avoir tenu aucun compte des avertissements.
Nous te demandons d’être :

F lucide, réfléchie, transparente, généreuse, de bon conseil, de bonne santé et de ne nous préparer aucune mauvaise surprise.

Moyennant quoi, je crois pouvoir te parcourir en te laissant tranquille.

Respectueusement,

Un compagnon de route.
 
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vendredi 20 décembre 2013

LA JUSTE MESURE

Pour résorber le chômage, amorcer la réforme fiscale, assurer l’égalité homme-femme, faire avancer la parité, en finir avec l’esclavage domestique, le président de la République, sur proposition des ministres concernés, a décidé que la femme au foyer percevra le juste salaire de son travail.
Elle qui cuisine, lave, repasse, balaie, nettoie, fait les lits, les courses, s’occupe des enfants gratuitement, sans un remerciement, recevra dorénavant des gages à la juste mesure de son labeur.
Elle joue au quotidien, en permanence, le rôle qu’au 19ème siècle, avaient, dans les riches maisons bourgeoises, la gouvernante, le cuisinier(e), assisté du rôtisseur, du saucier, du pâtissier, aidés de deux ou trois filles d’office. Elle fait la lingère (et la repasseuse), la chambrière et le valet de chambre et, souvent, la bonne d’enfant, la répétitrice, le précepteur. Elle cumule ainsi 13 emplois, en plus d’être la maîtresse de maison.
Et, pendant ce temps-là, monsieur parle, discourt, dicte des lettres qu’il signera plus tard sans même les relire, prend quelques décisions, assiste à des réunions, lit son journal (technique) et se prélasse derrière son bureau en attendant que le temps passe.
Il sera désormais obligé de payer le service rendu par sa femme au foyer. Ce foyer qu’elle entretient, dont elle fait briller les parquets, resplendir l’argenterie et en fait le lieu où l’époux a toutes les aisances, sans fatigue, sans dépenses.
Le travail de la ménagère dans la maison est un travail obligeant à connaître de nombreuses spécialités acquises au prix d’un long et dur apprentissage. Elle a dû acquérir des connaissances hôtelières, maîtriser tous les métiers de bouche : découper un gigot, désosser un lapin, lever les filets, monter les œufs en neige, affiner le fromage, etc. Sur le marché, chez les commerçants, elle doit éviter de se faire gruger. Elle soit savoir reconnaître le poisson frais, débusquer la pomme pourrie, choisir la salade fraîche et ne pas se laisser servir du pain rassis.
Avec cette formation digne de Polytechnique, elle pourrait prétendre à un salaire cumulant tous les métiers qu’elle exerce, comme monsieur Jourdain faisait de la prose, et les gains du conjoint n’y suffiraient pas. Le président, dans sa sagesse, a décidé qu’il sera la moitié du sien afin que chacun soit traité de façon égalitaire. Bercy jubile car avec les prélèvements sociaux, l’impôt sur le salaire de 2 millions de femmes au foyer, le déficit français va passer sous les 1%.
Le ministère de la femme triomphe et madame Belkacem, la passionaria de l’égalité des sexes va entrer dans l’Histoire.
Le ministre du travail quitte sa mine blafarde et se retrouve avec 2 millions de travailleuses supplémentaires.
La ministre de la Santé frotte ses mains soyeuses car le nombre de femmes au foyer sous antidépresseurs va chuter et c’est tout bon pour la S.S.
Nous ne doutons pas que cette grande réforme sera accueillie avec enthousiasme par la moitié de la population appariée, actuellement confinée dans les cuisines. N’ayant plus besoin de l’aumône d’une pension de réversion, avec sa juste retraite, ayant par la force de la loi conquis le droit à un statut social gratifiant lui donnant une place émérite dans la société civile, la femme au foyer, travailleuse oubliée, méprisée, ravalée au rôle d’esclave moderne voit ses mérites récompensés et devient la dernière victoire de la Révolution de 1789.

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mardi 17 décembre 2013

L’ÉTUDE DU JOUR

Nous étudierons aujourd’hui l’intelligence versus la bêtise.
Pour quelques uns, l’homme serait devenu intelligent à la suite d’une opération du Saint-Esprit (le surdoué de la Trinité). C’est une légende urbaine et rurale qui perdure depuis longtemps malgré l’absence de compte-rendu de l’intervention. Pour tous les autres et surtout depuis Darwin, c’est l’aboutissement d’une évolution aléatoire, chaotique. Elle a conduit l’amibe initiale - probable fruit du hasard plutôt que de la nécessité - à l’individu d’aujourd’hui. Il y eut quelques étapes qu’il faut mieux oublier. L’intelligence au début en était à ses balbutiements. Elle a appris à l’ancêtre hominidé à grogner puis à articuler, à parler, à écrire, à compter, etc.
Dès que la plénitude de son intelligence lui a été acquise, l’homme (entré très vite en concurrence avec la femme, très douée également) a inauguré le cycle de ses bêtises. Cette confrontation n’a pas cessé et fait sa singularité.
Nous avons, d’un côté, une capacité d’analyser, de déduire, de comprendre, de distinguer le bien du mal, le beau du laid, de rêver, de chanter, d’inventer. De l’autre, une tendance à se battre, à trahir, à haïr, à détruire, à salir, à l’erreur, en un mot, à faire des bêtises. Il faudrait être très intelligent pour expliquer cette dualité et très bête pour ne pas s’en étonner. Nous nous contenterons d’en parler.
Nous n’appellerons pas à l’aide l’IRM fonctionnelle, les neurosciences, la linguistique, la philosophie, etc. Il n’y aura pas non plus l’historique des études menées depuis l’apparition de l’intelligence pour stigmatiser la bêtise. La disparition des documents écrits dans des langues inconnues par les professeurs des civilisations qui n’ont laissé aucune trace ne m’a pas permis de commencer ma réflexion comme je l’aurais souhaité. J’ai résisté à la tentation de créer les documents manquants. Je me bornerai donc à des réflexions éparses et ramassées ici, puisqu’il faut bien finir ce qui  a été commencé. La différence fondamentale est temporelle. L’intelligent est un intermittent de la bêtise alors que celle-ci est permanente et ne fait jamais relâche. Elle est définitive. L’imbécile, le con, l’idiot, le stupide est incurable, tout ce qu’il fait est marqué du sceau de son imbécillité, de sa connerie, de son idiotie, de sa stupidité : il épouse une acariâtre ; choisit un métier qui va disparaître ; achète une décapotable, part en vacances le 1er août. L’intelligence est, elle, inconstante, avec des trous, des absences, des pannes que la bêtise éclaire de toute sa puissance. Au point que, chez certains la bêtise finit par dominer et avoir le dessus.
Napoléon est un exemple caricatural. Il a tous les talents. Son intelligence est supérieure. Il domine ses contemporains. Il est visionnaire. Il commet, pourtant, bêtise sur bêtise. Trop pressé, il voit trop grand, va trop loin, et, misère, il ne sait pas se reposer, digérer, arrêter. Tous les conquérants ont cette folie : Alexandre, Attila, Hitler.
Le philosophe, parangon de l’intelligence transcendantale a des croyances imbéciles, des faiblesses coupables, se fourvoie dans un gouvernement, perd son temps en parlottes, fait des ménages dans les croisières. Le savant, après sa grande découverte, arrête de chercher, de réfléchir, court après les honneurs, les prébendes, les académies et donne son avis dans tous ses domaines d’incompétence.
Le propre de l’intelligence est de douter. La bêtise ignore l’hésitation. Elle fonce, sûre d’elle-même. C’est une raison de sa séduction car ses solutions erronées, ses prétentions abusives, ses idées courtes entraînent l’adhésion des foules imbéciles qui s’y reconnaissent. Elle ne se donne même pas la peine ou l’ennui de combattre d’intelligence. Pourquoi se fatiguerait-elle à débattre puisque tant de grands esprits s’empressent à son service, obséquieux, ravis de mettre leur intelligence à ses pieds. L’histoire ancienne et récente regorge de ces hommes et ces femmes intelligents, traitres à eux-mêmes pour un plat de lentilles. Ils se justifient en feignant de croire qu’ils obtiennent alors les réponses à leurs questions d’hier et que, ne s’en posant plus, ils ont trouvé la sérénité. On est inquiet pour eux car un esprit intelligent ne peut cohabiter avec la bêtise sans souffrir, se mépriser et se détruire.
J’ai gardé pour la fin les deux interrogations que, futé, vous vous aviez en tête : Qui, de l’imbécile ou de l’intelligent est le plus heureux ? Qui est le plus dangereux?
Mais comme la réponse ne fait pas de doute, les questions sont superflues.

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jeudi 12 décembre 2013

LES EXCUSES DU JOUR

Les éditions Galimarion refusent de publier mon travail. Vous ne pourrez donc pas vous offrir, en cadeau de fin d’année, le livre utile, capable de rendre service, d’éclairer l’avenir.
Ce ne fut pas un travail facile. Je l’ai mené avec rigueur et vigueur, n’épargnant aucun sacrifice, faisant les efforts nécessaires, me confrontant aux expériences les plus éprouvantes :
-      un stage de 6 mois comme brancardier dans un service d’urgence à l’AP ;
-      un remplacement de veilleur de nuit dans une maison de retraite, au 5ème étage. Il est appelé, par le personnel, « le mouroir »;
-      un bénévolat pour secouriste lors d’un tremblement de terre en Transbiélokystan ;
-      un reportage de 15 jours avec une équipe de pompiers désincarcérateurs sur l’autoroute A33 ;
-      un emploi d’agent de sécurité pendant un mois dans un service d’urgence d’un hôpital de banlieue ;
-      une simulation d’infarctus pour être hospitalisé dans un service de soins intensifs en cardiologie.
Il y eut beaucoup d’autres expériences sur le terrain, chaque fois qu’il est propice à des situations pouvant devenir rapidement hors contrôle.
L’enquête m’obligea à lire beaucoup, à visiter des centres spécialisés, à recueillir des témoignages de rescapés d’un crash d’un avion de ligne, d’une avalanche, d’un tsunami, d’un EMI.
Il y eut aussi 2 rencontres impressionnantes. L’une avec un médecin belge spécialiste de l’euthanasie à domicile, l’autre avec une équipe suisse s’occupant aussi de faciliter le dernier voyage dans une clinique réputée. Ils m’autorisèrent à assister à leurs interventions. Leur intelligence, leur humanité, leur clairvoyance, leur courage, leur sagesse me laissèrent une impression qui n’est pas près de s’éteindre.
Après plusieurs années d’effort, le matériel était réuni et je me suis attelé à la rédaction. Un an d’écriture et j’en avais fini. J’avais trouvé un titre alléchant :! « Les mille et une morts ». Je le préférai, finalement, à ce qui fut un moment mon premier choix « Comment vous allez mourir ». Trop direct, trop brutal, il risquait d’heurter la sensibilité de ceux qui conservent, malgré le développement bienheureux des soins palliatifs et le concernement enfin éclairé du personnel soignant pour la fin de vie, une appréhension légitime pour le dernier évènement de leur vie et qui préfèrent faire semblant d’oublier qu’il arrivera.
Vous avez compris que mon ambition était de combler une lacune et d’apporter – enfin – la lumière sur la manière dont nous vivrons nos derniers instants. Notre société est trop lâche, trop hypocrite, trop peureuse pour aborder ce problème de façon ouverte, franche, sans complexe ni tabou et surtout sans peur.
Je ne laisse rien dans l’ombre, je détaille les symptômes de chaque pathologie et son évolution jusqu’au terme. Je décris les états physiques, le mental, les douleurs associées, les effets positifs et négatifs des traitements et enfin et surtout je ne laisse aucune ombre sur les 5 dernières minutes. C’est là que le suspens est à son comble, quand le rideau va tomber, que les lumières s’éteignent et que l’éternité va commencer.
Le moment est unique, le plus important de la vie. C’est en le connaissant qu’on le supportera au mieux car il ne surprendra pas.
Ce livre, qui ne paraîtra pas, aurait apporté de précieux renseignements aux esprits curieux, à ceux qui n’aiment pas l’imprévu et savent qu’un voyage est d’autant meilleur qu’il a été bien préparé.
Enfin et surtout, il aurait eu un effet préventif. La description réaliste des morts brutales, sauvages, subites et qui fauchent sans prévenir aurait pu éviter – peut-être – les dépassements de vitesse, l’alcool au volant, des faux exploits sportifs et mortels, des voyages lointains inutiles, dans des pays instables, sur des avions pourris, dans des endroits où l’on reçoit des balles perdues, où l’on est kidnappé puis exécuté, où l’on attrape des sales maladie dont on ne guérit pas.
Sachant quel genre de fin procure un cancer du poumon, une insuffisance respiratoire, le fumeur y aurait trouvé sans doute des raisons d’arrêter de s’intoxiquer. Le buveur qui boit sans modération, après avoir assisté par procuration à la mort d’un cirrhotique dans le coma hépatique, serait enclin à mettre de l’eau dans son vin. L’hypertendu observerait mieux son traitement s’il apprenait comment meurt un hypertendu qui se néglige. L’obèse se donnerait des raisons pour mieux manger et ne pas risquer de devenir diabétique s’il savait comment le diabète se complique et fait mourir, etc.  
Toutes mes excuses pour vous avoir mis l’eau à la bouche alors qu’il n’y aura rien à boire.
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LE CONSEIL DU JOUR

La colère est mauvaise conseillère. Les individus coléreux sont donc particulièrement dangereux. Combien de décisions imbéciles, d’erreurs incroyables, de catastrophes inexplicables ont-elles été prises sous son emprise et expliquent :
-      Que le président a dissous le Parlement, donné l’ordre, déclaré la guerre ;
-      Que le conducteur a accéléré ;
-      Que le policier a tiré ;
-      Que le juge a condamné l’innocent ;
-      Que ce fut le coup de trop, le mot de trop.
N’est-il pas urgent de demander à l’Institut Pasteur de mettre au point un vaccin contre la colère?

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mardi 10 décembre 2013

LE FAIT DU JOUR

Le temps passe, la roue tourne, l’argent file, l’eau coule, la terre ferme, la pluie tombe, le feu couve et vous n’arrêtez pas.

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LE CONSEIL DU JOUR

Tous les fous qui souffrent d’un complexe de supériorité ne sont pas dangereux. Certains font rire, comme le petit con qui se prend pour un grand homme. D’autres sont inquiétants, comme le directeur de conscience qui se fait inquisiteur, l’empereur qui se proclame fils de dieu ou le moustachu qui se veut le petit père du peuple. Une catégorie se croit dotée d’une perspicacité transcendantale qui la doterait de qualités étonnantes. Ils discerneraient le sens caché du silence entre deux mots, comprendraient le double langage des gestes et des mimiques, connaîtraient le message des rêves. Ils interprètent l’hésitation, la répétition, le bégaiement, le lapsus. Ils ont découvert l’agencement de l’esprit, ils savent pourquoi et comment se construit la pensée et s’organisent les idées.
Si vous voulez garder votre intégrité, préserver votre santé, fuyez ces philosophes psychanalystes autoproclamés. Parents infantiles se prenant pour des sages, ils se veulent des chirurgiens de l’âme. Ils la videront de ses trésors et la rempliront de leurs prétentions, eux qui se disent capables de sonder l’insondable, de comprendre l’incompréhensible et d’expliquer l’inexplicable.


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lundi 9 décembre 2013

LE LIVRE DE VOS NUITS NOIRES

Steve Kong, l’auteur le plus prolifique, le plus lu de la galaxie, vient de frapper non pas tant l’imagination de ses milliards de fanatiques que leur cœur, leur rate, leur estomac et, surtout, leur système limbique, au profond du cerveau, centre de l’émotion et de la peur.
Les autres distillent une aimable anxiété, lui, il transfuse une horrible angoisse, dès la première ligne de la première page.
Avec la suite - 20 ans après - de son best-seller le plus horrifique, vendu à 2 milliards d’exemplaires, il vient de provoquer la panique à tous les étages des cliniques psychiatriques.
Les personnages démoniaques pris au piège d’une intrigue diabolique se débattent dans un suspens infernal que les lecteurs ne peuvent supporter. Ils se refugient dans la catatonie, la narcolepsie, les drogues dures, la fuite en avant, la descente aux enfers. Ils sont bons pour la camisole de force, la cure de sommeil, les électrochocs. Les plus touchés en finissent au 2ème chapitre, le plus solides tiennent jusqu’à la fin mais, dans un état, qui fait du marathon une promenade de santé. Pour moi, Steve Kong est à Stephen King ce que le cobra est au lombric.

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dimanche 8 décembre 2013

LE CARPIN

Le mariage de la carpe et du lapin donne un hybride sol-eau appelé carpin.
Il galope entre deux eaux et frétille dans le pré. Il se chasse au chien d’arrêt ou se pêche à l’asticot ; se cuit au court bouillon, se rôtit à la broche, se sert en matelote, en gibelotte.
Avec sa belle fourrure et son absence d’arêtes, l’ami des bêtes aime le caresser et le gourmand le déguster.

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samedi 7 décembre 2013

INOUBLIABLE


Surgie d’un futur improbable, la cause inconnue provoqua des effets si terribles que leurs conséquences déclenchèrent à leur tour, mais dans un ordre qu’aucune raison - si dérangée fût-elle - n’eût pu y trouver une cohérence logique, un chaos indescriptible, qui dépassait l’imaginable.
 
La fin, imprévisible, avec un retournement aussi délirant que l’action depuis son début, sonne le spectateur éberlué. Plus tard, il se demande s’il a rêvé, vécu un cauchemar onirique ou une expérience extrasensorielle.
 
Aucun film n’aurait donné de telles sensations, laissé de telles impressions. Seule une représentation théâtrale, avec la présence charnelle, la confrontation directe avec la réalité des décors, du bruit, des odeurs pouvait créer une magie aussi crédible.
 
Merci à la superbe troupe de la Comédie de France de nous avoir offert cette tragi-comédie en 5 actes et en alexandrins. La force des vers, la fougue des acteurs, la subtilité de l’allégorie, la beauté de la mise en scène sont au service d’un auteur inconnu et qui veut le rester. S’il continue, il fera de l’ombre à Shakespeare et oublier nos classiques. Inoubliable, vraiment.

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LE CONTE DU SAMEDI

Je viens de vivre une première qui fera date. Enfin un service public s’engage dans la lutte contre le réchauffement planétaire. - Un aparté : est-on sûr qu’il n’est pas interplanétaire, intergalactique voire cosmique ? Sans que je leur en parle, les américains préparent un débarquement sur Mars pour poser quelques thermomètres et en avoir le cœur net.
 
Ainsi donc un mardi matin d’une semaine trépassée, la dernière, je m’étais levé dès matines, poussé par je ne sais quelle urgence ou prémonition. J’ouvre les volets, m’accoude à la croisée - un moment pour poète insomniaque - la campagne dormante s’enveloppait d’une brume vaporeuse qui flouait le relief rugueux de ma devanture champêtre.
 
J’admirai d’un œil endormi cette nature encore morte et, au moment où j’allais refermer la fenêtre pour retourner me coucher, ayant oublié le pourquoi de mon lever précoce, dans un bruissement d’ailes, de claquements de bec, un roucoulis à réveiller le cochon qui sommeille chez qui vous voulez, vint se poser, avec la délicatesse d’un vautour-albatros atterrissant sur un écueil du détroit de Behring, un gentil pigeon voyageur. Il livrait à domicile un pli urgent posté la veille à Maubeuge. C’était le premier essai du nouveau service de Chronopost, inspiré du bon vieux temps de la marine à voile. N’entamant pas les ressources fossiles, le pigeon voyageur est le transporteur idéal avec son émission de CO2 de 0,5 mg aux 100 Km. Silencieux (sauf à l’atterrissage) à peine polluant (et son guano est un excellent engrais), joli à voir, il a tout pour lui. Cerise sur le gâteau, il est à usage unique, le prix du pigeon étant compris dans celui du timbre. Il tombait bien, moi qui tançais mon épouse depuis quelques jours pour qu’elle me prépare un pigeon en croûte de sel. Une spécialité qu’elle  réussit à merveille une fois sur deux et celle-ci, statistiquement, était la bonne.
 
Tout le monde est content :
-       la lettre arrive à bon port ;
-       la planète conserve ses hivers ;
-        la poste supprime le préposé ;
-       le pigeon n’a plus à se soucier d’un retour fatigant ;
-       et moi, et moi, et moi qui profite de tout ça!

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jeudi 5 décembre 2013

UNE BATAILLE MAJUSCULE

La guerre d’extermination des petits contre les grands ne finira donc jamais.
L’épisode le plus tragique a été, faut-il le rappeler, l’extermination des dinosaures, au début du tertiaire. Des hypothèses farfelues avaient été émises : changement climatique, chute d’un météorite, etc. En réalité, la responsabilité incombe à une variété de fourmis, les ponéroïdes, prédatrices carnassières qui, un jour de disette, ou, je le crains, par haine jalouse s’attaquèrent aux œufs de nos reptiles géants. Leurs sucs acides dissolvaient la coque de l’œuf et elles transféraient blanc et jaune dans la fourmilière, condamnant à l’extinction en 3000 ans toutes ces bestioles pacifiques et sympathiques qui faisaient l’orgueil et la beauté de la faune de l’époque. Aujourd’hui, sous nos yeux effarés, c’est à la lecture, à la littérature, à la grammaire de notre langue que l’on s’attaque puisqu’un manifeste signé d’un quarteron d’universitaires sectaires et dévoyés vient de réclamer l’éradication de la majuscule et l’utilisation exclusive de la minuscule.
Se déclarant héritiers des sans-culottes, des communards et des soixante-huitards, ils exigent l’abolition de la majuscule, symbole de l’oppression des riches, des capitalistes esclavagistes, des 100 familles milliardaires qui possèdent la France. Il faut en finir, proclament-ils, avec la morgue affichée par la taille de la première lettre du premier mot de la phrase, figure emblématique de la caste dominante. Toutes les têtes qui dépassent doivent être coupées, comme au temps béni de la Révolution de 1789 pour qu’aucune ne puisse se prévaloir d’une supériorité due à son rang.
La pétition a été reçue avec enthousiasme par tous les syndicats d’enseignants. Les étudiants de Normal Sup’ ont défilé rue d’Ulm derrière un drapeau rouge en chantant la carmagnole. L’Académie Française n’arrive pas à fédérer les opposants à cette mise au plus bas niveau. Le président, empêtré dans ses guerres coloniales, débordé par une jacquerie en Petite Bretagne, a réuni en toute hâte une commission sous la houlette d’Attali renforcé de Minc et de BHL pour éviter d’avoir à donner un avis. À côté de ce qui s’annonce, la bataille d’Hernani ressemblera à celle des petits chevaux. Il faudrait, pour que la majuscule résiste à l’offensive, que le père Noël choisisse son camp. Un espoir subsiste selon les résistants au nivellement : qu’il appelle le Saint Esprit au secours, lui qui certainement n’aimerait pas être écrit comme l’esprit de vin et commande aux cavaliers de l’Apocalypse de charger les barricades minuscules.

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dimanche 1 décembre 2013

LE PORTRAIT DU JOUR

Vous aimez les idées reçues, lisez les journaux bien pensants, écoutez les discours, les sermons, les homélies, respectez l’ordre établi par la hiérarchie. Vos enfants feront l’école de Guerre, l’école des Hautes Études, l’école du Louvre, Normale Sup’, le grand Séminaire. Ils iront à l’Académie Française, au Conseil de la Magistrature et finiront à la Curie romaine ou au Panthéon. Avant ces temps, le code Napoléon comme cale-pied, la Bible pour oreiller, vous veillez au grain, attentif aux éclats, aux vivats, aux extras.
Si vous êtes tout ça, félicitations, vous venez de vous faire tirer le portrait et tailler un costard.

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LE FAIT DU JOUR

Le passé explique le présent. L’Histoire le prouve :
-      Le choix d’une cuvette sans accès explique la défaite de Dien-Bien-Phu ;
-      La faiblesse de Louis XVI, les privilèges et la bêtise de la noblesse et du clergé expliquent la Révolution ;
-      Le choix du Front Populaire de conquérir les congés payés en 1936, alors que Hitler préparait l’Allemagne à conquérir l’Europe, explique la déroute, l’armistice, l’asservissement ;
-      Le refus de travailler, d’évoluer, de critiquer, de réformer explique le déclin, le chômage.
Fort de tant d’exemples, l’avenir devrait être visible et lisible dans notre présent et il devrait être possible de le changer pour éviter les catastrophes à venir. Cela se peut, se fait, mais ailleurs, pas ici. C’est ça l’exception française…
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