Ce blog est pour le lecteur qui apprécie l'ironie, l'humour, qui est à l'affût de pensées faciles, d'idées saugrenues, d'inventions bidon, de conseils bizarres et qui n'est pas horrifié par le sarcasme, l'irrespect. Il est à éviter pour les conformistes, les dominants, les dominés.


vendredi 26 décembre 2025

JUSTINE ET JULIETTE

La binarité qui associe le vice et la vertu donne aux pages qu'a consacré le marquis de Sade à Justine et à Juliette une valeur qui dépasse la morale et touche à l'éthique. Elle n'a jamais été remarquée tant ses lecteurs habituels ont, par une malsaine perversion, focalisé leur attention sur les descriptions cliniques des malheurs de l'une et de la prospérité de l'autre. Un esprit averti, une conscience éclairée, une raison critique ne tombera pas dans le piège facile  de la tartuferie hypocrite et si, par miracle, les trois sont réunis, il sera aisé  à ce cerveau distingué de donner aux malheurs de la vertu et à la prospérité du vice la place qui leur revient dans l'attribution des mérites.

Dès lors, il convient de s’interroger non sur la prétendue immoralité de Juliette, mais sur la nature même de la vertu dont Justine se fait l’icône sacrificielle. Car une vertu qui ne protège pas, qui n’élève pas, qui n’éclaire pas, mais condamne à la souffrance  et à l’humiliation, mérite-t-elle encore ce nom ? Sade ne glorifie pas le vice : il en révèle la froide efficacité dans un monde indifférent à toute prétention morale. Il ne condamne pas la vertu : il en expose l’inanité lorsqu’elle se réduit à une fidélité aveugle à des principes que la réalité  dément. Ainsi, la prospérité du vice n’est pas une apologie, mais un constat, les malheurs de la vertu ne sont pas une tragédie, mais une démonstration. La leçon n’est pas que le mal triomphe, mais que le bien, lorsqu’il se veut absolu, devient une naïveté dangereuse, voire une complicité involontaire avec la cruauté du monde.

Le vice, fait de jouissance, de libertinage et de cruauté et la vertu, faite de soumission, de pureté et de courage, ne sont chez Sade que des instruments pour ébranler les fondements  d’une société qu’il veut détruire. Ceux qui consentent à suivre cette lecture remarqueront que les vertus cardinales  sont aux prises avec des vices capitaux et que, dans ce duel, la vertu ne se contente pas de souffrir : elle sanctifie la douleur, l’érige en mal absolu, en preuve de mérite. Le vice, lui, provoque la douleur, s’en nourrit parfois, mais ne l'exalte jamais. Sade ne glorifie donc ni le vice ni ne condamne naïvement la vertu : il montre que toute vertu qui sacralise la souffrance fabrique du malheur, tandis que le vice, tout en restant un mal, refuse de transformer la douleur en dogme. Ainsi disparaît l’illusion morale, laissant la réalité de la souffrance et de la jouissance au premier plan, seule mesure du réel. 

PS: toutes les vertus engendrent frustration, inquiétude, angoisse par voie directe ou indirecte donc induisent une souffrance.

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