La mèche lente est allumée, l'explosion se rapproche et personne n'a conscience que nous sommes dans les mois qui précédèrent 1789. La situation reproduit, au poil près, ce que nos aïeux ont vécu: même gouvernement d'incapables, même endettement abyssal, même division de la société en blocs irréductibles, même montée des tensions. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, l'issue est inéluctable.
Résumons chacune des similitudes:
1- il y avait l'aristocratie et le clergé qui se partageaient le pouvoir et le tiers état corvéable qui ne supportait plus l'inégalité. Il y a aujourd'hui une aristocratie des riches qui met le pouvoir que lui procure son argent pour faire l'information par la possession des médias, choisit le gouvernement pour maintenir ses privilèges. Le clergé est devenu laïque et sa fonction serait le service des citoyens. Il est devenu un problème quand, ayant pris conscience de sa puissance, il a transformé sa mission et, par le phénomène bien connu de la trahison des intentions, a considéré que le public devait être mis à son service. De serviteur, il est devenu maître et dicte sa loi, pour son bénéfice. Son appétit insatiable régente l'état dont il est le salarié. Le reste de la société assure leur train de vie, contraint et forcé par un arsenal de mesures qui restreignent sa liberté de faire, de dire et maintenant, de penser différemment de ceux qui disent détenir la vérité du moment. Cette majorité jusqu'alors divisée et se neutralisant au point de se rendre impuissante s'est sédimentée à ses deux extrémités en deux partis qui, sans ressembler aux jacobins et aux girondins, vont unir leur volonté d'éliminer le système en place, l'extrême gauche voulant la tête du capitalisme libéral qui fait la fortune des riches et l'extrême droite remettre à l'honneur des valeurs tombées en désuétude, la sécurité par exemple. Le temps des barricades et des fleurets non mouchetés approche.
2- le contexte se prête à la reconstitution. Les figurants occupent déjà la scène. Le décors est en place. On dit même que l'Élysée est un néo-Versailles. Les personnages s'agitent. Une fois de plus, le présent rejoue le passé. Marie-Antoinette est remplacée par Brigitte. Cette dernière jouit de la même détestation. Les libelles orduriers qui accablaient la pauvre autrichienne sont remplacés par des injures, des calomnies, des caricatures. La haine est la même. Le roi qui était l'élu de Dieu est aujourd'hui un président élu par une minorité du peuple. Le parrainage n'a pas la grandeur du prédécesseur mais semble lui suffire pour assoir une légitimité défaillante. Lui aussi pâtit d'une désaffection quasi absolue et est obligé d'être plus souvent à l'étranger pour parler de politique étrangère qu'à domicile pour diriger l'intérieure car sa parole est couverte par les quolibets depuis qu'il a réduit, par des décisions imbéciles, la politique en une farce tragique.
3- la situation financière a le même caractère catastrophique. Le royaume vivait à crédit et le service de la dette absorbait la moitié de l'impôt. L'évasion fiscale atteignait des sommets: noblesse et clergé refusant de payer l'impôt alors qu'ils contrôlaient 80 % des richesses. La république vit aussi d'emprunts depuis des décennies et le tempo s'est accéléré avec l'arrivée aux commandes d'un financier ne sachant pas compter, une nouveauté. Louis XVI a vécu l'évènement car son temps de roi a cristallisé tous les composants. Son incapacité par manque de volonté, de courage, de clairvoyance n'a pas permis aux ministres (Turgot, Necker, Calonne) qui avaient vu le péril grandir d'effectuer les réformes. Le refus était aussi celui des deux ordres qui, en fait, avaient le vrai pouvoir et ne voulaient pas que l'on touche à leurs privilèges. Ce sont les mêmes qui aujourd'hui, sous une autre identité, se dressent, défilent, protestent, paralysent le pays quand un ministre ose vouloir allonger d'un an l'âge de la retraite, supprimer un jour de congé payé, diminuer le pillage de la sécurité sociale, les faire travailler 35 heures, oserait demander aux parents de surveiller leurs enfants, aux enseignants d'apprendre à lire et à écrire aux élèves, aux retraités de cotiser pour leur santé, etc..
4- Le royaume a soutenu la guerre d'indépendance de l'Amérique d'une façon que Trump n'imagine pas: la contribution de la France aux insurgés a été massive en hommes et en argent. Elle a été estimée à 1,5 milliards de livres tournois qui servirent aux dépenses militaires, à de prêts, à des fournitures et à la logistique de 1878 à 1883. Cet argent (18 milliards d'euros) fut emprunté, fit exploser le service de la dette qui devint insoutenable, fut le prétexte à la convocation des États généraux et on sait ce qui s'ensuivit. Notre engagement dans la guerre d'Ukraine a aussi un coût payé par la dette et répond à des arrière-pensées théoriques aussi utopiques.
Tout est prêt, les conditions idéales sont réunies, les responsables connus, les avertissements formulés, les précédents documentés. Ceux qui savent, le disent n'ont pas le pouvoir ou sont paralysés par les contre-pouvoirs. Les français pourraient ne pas rejouer 89. On sait qu'ils ne saisiront pas leur chance. La chronique d'une révolution annoncée a débuté.
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